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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 11:41

 

 

   J'avais beaucoup de chairs entre les dents. De la chair vieille, sans plus de goût qu'un bout de carton. Alors, mes gencives saignaient souvent et abondement, la fontaine de sang de ma bouche crachait ses aurores boréales rougeoyantes sur l'émail blanc du lavabo quand j'allais, au réveil, me brosser les dents. C'était la première beauté que m'offrait la vie, dès le matin, mais c'était aussi la dernière de la journée. J'étais le tombeau de Joie. Mes yeux de marbre avaient tant absorbé de lumière et de grâces que j'en étouffais : cette sève stagnait et croupissait en exhalant des sortes de feux-follets qui, tout en irisant mon regard de serpents fous, me rendaient presque aveugle.

 

   Je ne souhaite à personne de parvenir au bout du chemin de ce bonheur, ou bien alors, que Dieu, ou l'Amour, ou toute autre psychose, lui donne également la force de l'Oubli. C'est la onzième muse qu'il faut convoquer.

 

   Le Monde est parfait, par essence et définition, toute inadaptation à l'horreur est une malformation de l'être. Par les plaques métalliques martelées qui tapissent l'intérieur du corps, je sais la Musique, je sais les hurlement sourds que cachent les paupières, je sais les charmes effarants que boyautent nos artères et je sais le mercure qui court sur nos joues quand l'éclat de l'or a brûlé nos rétiniennes perceptions de l'âme.

 

   J'étais le tombeau de Joie : sous le couvercle de ma peau, couinait un affreux poème. Hanté par le souvenir de l'Œuf abandonné par le Chaos, je n'osais plus parler, de peur de détruire l'harmonie : que les pattes de l'araignée viennent perforer l'architecture splendide et douce de l'Amour. Bien entendu, je pleurais.

 

   Toute cette chair entre mes dents. Cette chair trop mastiquée, sans saveur, sans qualité nutritive ; la cavité de mon visage n'était donc qu'une décharge, et les miroirs ne se privaient pas de m'en renvoyer l'image. J'étais vivant, crucifié sur l'ombre ricanante de mon Bonheur.

 

   Mon affreux poème réclamait l'ultime muse, celle de l'Oubli. Que l'Antimuse vienne à moi, et prenne tous mes restes.

 

 

 

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Published by ignatius
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commentaires

Langda 09/07/2012 14:09

La classe ! J'aime beaucoup !
Je suppose que ça ne veut pas dire que tu vas te mettre à écrire de gentils poèmes joyeux ...

ignatius 09/07/2012 14:28



Merci amigo. Ben écoute... on verra bien, si l'Antimuse me propulse dans le cycle de l'éternel retour, je ne ferai pas la fine bouche, je ramasserai ce qu'il y aura germé.



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