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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 10:42

 

 



  Il est voûté sous la pluie poussive. Ses yeux s'abîment dans une menthe à l'eau. Il ne boit même plus d'alcool. C'est un souffrant. Un malade chronique, un humain à l'échelle de l'humanité. Un sacré bipolaire. C'est aussi un poète, un vrai malheureux, un inquiet, un terrassé, un moribond, les doigts écorchés par tout ce qu'il a saisi du monde. Je le croise souvent dans un cercle littéraire où on lit de la poésie. A chacune de ses interventions, on a l'impression de faire tourner les tables, que sa voix vient "de profundis", que c'est une prosopopée qui s'exprime là, juste pour nous, qu'elle fait un effort incroyable pour revivre sa voix, qu'elle sort des ténèbres d'une sépulture ou plutôt d'une agonie et que, peut-être, ça lui coûtera ses dernières forces. Alors on écoute bien religieusement. On tend l'oreille. On se recueille sacrément. Si c'est un truc qu'il a pour absorber l'auditoire, c'est efficace. Mais non, même pas. Il EXPIRE vraiment ses paroles, c'est une lutte, pour lui, de parler. C'est pas du cinoche! Et en plus, c'est des paroles de morts qu'il nous livre : Rimbaud, Verlaine, de Nerval, Artaud... alors ça fait ton sur ton, c'est raccord. Une fois seulement il a lu un de ses trucs, un poème de jeunesse, je m'en souviens plus bien, sauf que ça semblait moins mortuaire que sa gueule d'aujourd'hui.

  Les poètes sont des tartines beurrées de merde, et ils épongent, ils épongent en jetant vers l'absolu un regard avide.

  Il est tout de blanc vêtu, il s'entraîne à être un ange. Ou bien il répète la mort du cygne. Je lui trouve quelque chose de beau, d'anachronique. C'est plus trop la mode des "Maudits": aujourd'hui on considère la réussite comme l'accomplissement d'un parcours mystique. Lui il est de l'ancienne école, et son école abandonnée est percluse de courants d'air, délabrée, les vitres sont brisées mais ne laissent presque plus passer la lumière à cause des toiles d'araignées, épaisses comme des câbles surgis de l'outre-monde. L'intérieur doit être suffocant. Acre. Fétide. Noué. Congestionné. Foutu. Pas même bon à recycler, les matériaux sont d'une autre époque. Le genre de bâtisses qu'on rasera bientôt.

  Je sais même plus comment il s'appelle.

  La place Pie est peu aguichante. J'y vois que des cons qui font semblant d'être heureux. Je préfère encore l'éclopé, le mec en sursis, dégarni, sec comme une fleur de pissenlit après la tornade. Voilà, comme il faut bien le nommer, on va l'appeler Squelette de Pissenlit, ça lui va bien. Je m'arrête devant lui. Il prend la pluie, stoïque, figé, ça lui passe au-dessus on va dire. J'y fais une gueule radieuse en la regrettant aussitôt: peut-être que ça va l'agresser. Trop tard, il excave deux yeux translucides de sa rêverie profonde.

  -"Salut, j'y fais".

  Un autre ange passe, ça prend du temps: ses ailes sont flétries et alourdies par la pluie.

  -"Oh, salut..."

  L'ange revient, il avait oublié un truc.

  -"... Je me souviens de ton nom tu sais".

  (Ben j'ai rien demandé surtout...)

  -"Tu t'appelles Benjamin, on se voit souvent au club où tu lis tes poèmes.

  -"Ouaip, c'est ça. Tu y vas ce soir?

  -"Je sais pas, peut-être... et toi?

  -"Ouais, c'est dans une heure. On s'enfile un ou deux verres, et on y va
ensemble si tu veux. Mais je sais pas si je lirai.

  -"Pourquoi?

  -"Pas envie, je trouve que c'est de la merde ce que je fais en ce moment.

  -"Mais non, tu es brillant en littérature, tu connaîtras la gloire".

  Hou putain, là je m'inquiète sévère. S'il en est à faire des prophéties, c'est p'têtre bien qu'il va crever sous peu. La gloire! ah ah, elle est bien bonne.

  Qu'est-ce qu'il est décharné, sec, dur et noueux! comme un vieux spaghetti oublié au fond de la casserole. Mais je le trouve de plus en plus beau. Beau comme l'échec, beau comme la torture, beau comme la souffrance érigée tout en haut d'une falaise, comme la flétrissure de l'essence humaine, comme un souvenir d'existence, dense lourd et léger.

  Il me parle de Novalis, de Dagerman, il me dit qu'il veut plus être publié, qu'il a arrêté d'écrire, que la lucidité est une horreur, une damnation, que la société veut nous buter, qu'elle est méchante, qu'en gros il attend plus rien, qu'il se recroqueville comme une araignée qui n'en finit plus de crever, que que que, qui qui qui. Et plus il parle et plus il croise ses membres les uns sur les autres, et plus le globe cendreux de sa tête plonge vers le sol; il s'anéantit en direct sous mes yeux. Il est de moins en moins audible, et pourtant il parle, il parle, il s'arrête pas, il en a des considérations! La pluie continue de tomber sur sa gueule sans qu'il trouve la force ou l'intérêt de sortir son parapluie.

  Y peut pas s'empêcher de parler de Rimbaud. Je pense que Rimbaud est le type qui lui a fait le plus de torts dans la vie. A mon avis, ils se haïssent mutuellement.

  Le soir mange l'espace petit à petit, il croque les toits, s'engouffre dans les rues détendues autour de nous. La pluie a cessé, il n'en reste que des pépites infimes qui infusent au sol et sur les tables vides. Les rares cheveux qui sortent du crâne de Squelette de Pissenlit ont l'air de se demander ce qu'ils foutent encore là, et d'envisager une fuite prochaine.

  J'aimerais savoir ce qui a fait de lui cet être si sombre, tellement écorché, quelle force l'a poussé dans l'abîme, et le pousse toujours dans cette chute intérieure. Est-ce que c'est la Poésie? "Toute souffrance est bonne, toute souffrance porte ses fruits" dit Houellebecq... les fruits que porte Squelette de Pissenlit me paraissent plus inquiétants et destructeurs qu'une arme bactério chimique. Un poison ronge ses veines, mais quel poison? L'horreur est en lui, elle étoile son regard vert pomme et écartèle, disloque et meurtrit ses perceptions. Je suis sûr d'une chose: ce type a une âme, une âme serrée dans la main en acier rouillé de l'inaptitude au bonheur. La poésie est une grosse salope qui aime s'abattre sur les pauvres types. La poésie est un moignon.

  C'est l'heure.

  Le local de l'asso est une caverne assez glauque où plane un air d'un autre temps. Nous y sommes une dizaine de troglodytes ce soir, assis en rond autour de plusieurs petites tables de jardin, dans le genre de celles qu'il y avait chez nos grands-mères et qui finissaient toujours bancales et oxydées par l'humidité. Au mur, des poèmes manuscrits signés par de grands noms contemporains, presque aucun de ces poèmes ne me paraît valable, ce qui est plutôt encourageant, d'une certaine manière.

  Il y a là un vieux militaire à moitié clochardisé, encyclopédique, grand professeur d'anecdotes, tout brisé du dedans (il se triture souvent les membres en grimaçant de douleur), particulièrement touchant et qui se trouve régulièrement au bord des larmes lorsqu'il évoque ses souvenirs de l'armée. Je ne l'ai jamais entendu dire ou lire un poème. Nous avons un professeur de français à la retraite, plutôt bonhomme et sympathique, un gars assez jeune, d'origine asiatique, que je n'ai jamais vu avant, un parkinsonien publié, poète minimaliste à la diction antique et ronflante, un père de famille ressemblant à un Marc Levy alcoolique, une femme restant en retrait dans un fauteuil et une autre qui doit être la compagne du parkinsonien minimale.

  On se salue bien gentiment. La directrice commence la lecture par quelques textes d'un gars réputé hermétique dont elle trouve le visage très beau sur le quatrième de couverture de son recueil... je comprends mal le sens de cette remarque, mais j'imagine qu'il doit y en avoir un, relatif à une esthétique plus générale, plus profonde.

  -"Benjamin, vous prenez la suite? me fait la directrice.

  -"Je préfère écouter pour l'instant, on verra après..."

  Alors c'est le jeune Asiatique qui prend la main. C'est mièvre. Pas mauvais mais mièvre. Un vers sort clairement du lot, une histoire de langue et de corps qui touchent au degré zéro de ce qui n'est pas advenu, mais je crains qu'il l'ait écrit par inadvertance, tant il dénote du reste. Suivant. Le légionnaire lacrymal voudrait enchaîner avec une nouvelle, mais il ne l'a pas sur lui. C'est con. Il entreprend alors d'en faire le résumé. Manque de pot il appartient à cette race de gens incapables de résumer quoi que ce soit. Il digresse en permanence, fait des arrêts interminables en cherchant un mot qui ne vient jamais, et brise finalement l'attente par le mot auquel tout le monde s'attendait au départ. Au bout d'un temps assez voisin de l'infini, la directrice lui intime de finir la prochaine fois. Suivant. Le père de famille y passe. Mon Dieu, je crois pas beaucoup en toi, d'accord, je suis pas vraiment un saint, OK, je mérite sûrement de visiter le Purgatoire en long et en large, oui! mais ça! putain de merde! pourquoi un tel châtiment! pourquoi faut-il que tout le monde écrive! et pourquoi faut-il que tout le monde veuille qu'on l'écoute! pourquoi n'y a-t-il pas plus de jardiniers, de constructeurs de maquettes en allumettes, de branleurs, d'assassins, d'agents secrets du Mossad, d'oenosémiophile, de narcoleptiques, et un peu moins de plumitifs! Squelette de Pissenlit a les yeux crevés, une bave épaisse, visqueuse, couleur miel/urine lui coule des lèvres, il est à deux doigts de la combustion spontanée. Suivant. Ah, ben c'est à lui justement.

  -"Heuffff, je sais pas trop... j'aimerai vous lire du Artaud, mais je sais pas si ça plaira...

  -"On connaît tous Artaud, on l'a tous lu, oppose le minimaliste antique.

  Et alors, connard, tu sais ce qu'il y a derrière la porte de ta chambre, pourtant tu la pousses des fois, non? tu connais le vagin de ta femme, et tu le fourres encore je crois (quoique...)?! Chopin est interdit d'écoute? Et qui te dit qu'on la tous lu! le cacographe là, à mon avis il en a jamais entendu parler! et toi-même, je suis pas bien sûr que tu l'aies compris le Artaud, le fou électrique!

  La directrice fait sa directrice:

  -"Vas-y, nous t'écoutons".

  C'est un passage du célèbre "Pour en finir avec le jugement de Dieu":

  "[...]Car de plus en plus les américains trouvent qu’ils manquent de bras et d’enfants,

c’est à dire non pas d’ouvriers
mais de soldats,
et ils veulent à toute force et par tous les moyens possibles faire et fabriquer des soldats en vue de toutes les guerres planétaires qui pourraient ensuite avoir lieu, et qui seraient destinées à démontrer par les vertus écrasantes de la force la sur excellence des produits américains, et des fruits de la sueur américaine sur tous les champs de l’activité et du dynamisme possible de la force[...]".

  Et voilà, et merci, et alléluia (si j'ose dire). Enfin un peu de tripes.

  Squelette de Pissenlit croit bon de rappeler:

  -"Artaud a écrit ça en 1947, voilà un visionnaire".

  Et paf. Et il pose son livre dans un de ces silences qui nous imbibent de vérité.

  Le publié ronflant:

  -"Oui, enfin ils nous ont quand même sauvés, les Américains".

  Et ils avaient prévu de changer le Franc contre le Dollar, et ils ont attendu qu'Hitler ait cramé six millions de juifs pour foutre leurs rangers sur notre continent...

  Le prof fait sa lecture pour nous éviter un débat politique idiot et dépassé. C'est bucolique, c'est mignon, c'est chiant. La tension remonte.

  La femme qui est enfouie dans un fauteuil, à l'écart, ne dit toujours rien, elle attend, elle écoute en hochant la tête d'un air approbateur lorsqu'une banalité vient s'effondrer sur la table.

  L'autre femme, celle de notre oncle d'Amérique nous sort son boulot: des broderies de petits mots de rien, style éjaculation précoce de Haïku. D'une brièveté d'onomatopée coupée à la hache à laquelle je reconnais l'exploit de contenir une débordante quantité de matière nulle. Le tout brodé en fil marron sur fond bleu ciel, un peu comme une crotte de bique volant dans un ciel d'été.

  On se passe les broderies du bout des doigts en faisant:

  -"Hum... bien, très bien..."

  Le Grand Poète des éditions chépakwa prend la relève. J'y comprends que dalle, sauf qu'il roule les "r" comme personne depuis le 19è siècle. Mais de quoi kikose? J'en ai aucune idée, je dois être plus con qu'une table de camping.

  Bon. Vomir? Foutre le feu à la salle? frapper tout le monde jusqu'à ce qu'on me tue? Faire l'amour avec Squelette de Pissenlit, là maintenant, dans un coït "long, chaste et hideux"?

  Un mec avait lu un jour des choses de son recueil publié dont le titre était: "Aime-moi comme je t'aime". Et bien voilà, je vais les foutre aussi mal que je le suis: détestez-moi comme je vous déteste, et, enfin, nous serons en symbiose, nous partagerons VRAIMENT quelque chose, parce que, BORDEL, où je n'ai rien compris à rien, ou la littérature c'est CA: PARTAGER QUELQUE CHOSE, et là, désolé, mais on en est très loin. PARTAGER DE LA MERDE PEUT-ETRE, MAIS PARTAGER QUELQUE CHOSE! Se regarder dans les trous du crâne et y voir un truc qu'on connait, ou qui nous interpelle, ou sentir l'odeur très humaine de la merde!

  Ah ah. J'ai ma tablette, internet et c'est parti. J'ai un texte affreux et magnifique. Oui oui: magnifique, rien que ça. Et vomitif aussi, et long, et nébuleux, et j'en salive d'avance. Je les préviens que ça va chier, et pas de l'édulcoré. Entre la nouvelle et la poésie en prose. Ca gêne personne? La directrice m'aime bien (elle doit être folle), elle me dit d'y aller.

  Mmmm plaisir sadique de voir leur tronche se décomposer autant que mon âme flétrissait à l'écoute de leur baratin. Après sept ou huit minutes de cette liqueur, je jette un oeil à notre cheftaine, je lui demande si j'arrête. Que non qu'elle me fait! continuez. Toi, je t'aime. Tu me vois charger mon fusil de balles gros calibre, et tu me souris. Les muses aiment le chant de deux voix qui s'alternent. Je poursuis. Ca sent la viande et la mystique, la haine et l'envie d'aimer, la faim et le dégoût. Détestez-moi autant que je vous déteste, et nous serons en phase, face-à-face, horribles gueules à horribles gueules.

  Je vois mon collègue poète de droite devenir plus sombre et fulminant qu'un sacarabée trempé dans un volcan. Ses tremblements s'accentuent à chaque phrase! Ah ah! pouvoir des mots! A mon tour d'être dieu. De vous faire respirer mon air vicié, gorgé d'un amour insoutenable. Je jubile salement. Sa femme se lève et sort! Elle trépignait depuis un moment, mais là, c'est ma grande victoire! C'est le Panthéon! Elle brise la seule règle des lieux: écouter, respecter le lecteur. Il ne tarde pas à la suivre. Oh, je donnerais cher pour entendre ce qu'ils disent. Oh que oui. Mais il fait froid dehors, vous n'y couperez pas! Quelques minutes et ils sont forcés de revenir, espérant probablement que j'en aie fini. Pas si vite, Poète! il m'en reste des choses à broder moi aussi! et avec du fil intestinal, de la chair, de la vraie, et tout ce que je raconte, c'est du vécu, du pensé, du sacré! oui mon brave monsieur, ma brave madame: du sacré. Tout à fait.

  Vingt-cinq minutes que je les tiens dans mon hideur avouée, brandie comme un malsain sacrement, et puis bon, tout doit s'arrêter, même les tortures les plus raffinées.

  J'y suis. FIN.

  Le scarabée se dresse, sentencieux, pointe son doigt vers moi (oui, carrément, son doigt! c'est le cinématographe!) et laisse tomber son couperet, certainement poli tout au long de mon récit:

  -"Monsieur, vous manquez cruellement de respect pour la femme".

  LA femme! rien que ça, c'est du tout bon. J'entends vrombir l'existence, enfin -et grâce à qui?

  Pour toute réponse, j'aimerais péter, mais bien sûr, ça ne vient jamais quand il faut. Problème de répartie gastrique. Aucun intérêt à se défendre, la littérature existe malgré les incompréhensions, la bêtise, ou les sensibilités dévoyées par les coups bas de la vie; en plus il s'en prend pas à mon écriture, mais à moi. Va, je ne te hais point.

  Tout le monde s'en mêle, les pour et les contre, le chaos menace. J'ai réussi à l'extérioriser! quel salaud tout de même, et vive la poésie! Bon, allez, je suis bon, je me fends d'une de mes phrases faciles:

  -"Je crois que si on ne doit pas tout dire en littérature, on ne doit rien s'interdire.

  -"Alors votre littérature est un chiotte!"

  Décidément, ce pet eut été bien senti... regrettable... Ce triste sire vient de m'offrir mon plus beau compliment; je suis radieux. Mais un peu plus d'attaques me ferait du bien: je zieute vers le fauteuil où l'autre femme sirotait la poésie. Merde! je l'ai fumée elle aussi! je remonte dans mon estime, je suis peut-être pas si naze.

  Je crois que Céline disait un truc comme ça: "l'émotion c'est tout, le reste n'est que bouillie pour les chats et les chiens", enfin je suis pas certain que ça soit du misanthrope de Meudon, mais en tous cas, j'adhère. Scarabée doit préférer la bouillie. Grand bien lui fasse!

  Avant de partir, il tente une vacherie:

  -"J'espère que vous trouverez la paix".

  Ah ah, voilà qu'il veut que je crève! gentil cloporte!

  Les gens se barrent. Reste plus que Squelette de Pissenlit, la chef, et moi. Squelette de Pissenlit recommence avec ses dithyrambes, ça deviendrait gênant... je crois qu'il se projette un peu, à rebours de son talent gâché, de sa lutte perdue; c'est de la procuration.

  Blablabla, Céline, Blablabla, Nabe, Blablabla, l'a eu une vie difficile Scarabée, Blablabla, etc, Blablabla.

  Mains dans les poches, je retrouve la rue, le froid me pince les narines, les réverbères zigzaguent leur bave blanchâtre au sol, des anges idiots aux fenêtres rient sur mon passage. C'est à cette heure que toutes les couleurs mensonges ont disparu, qu'un noir merveilleux et brillant sort de quelque part, et le ciel se couche à terre. Dieu est un poète clochard déchu de son trône, parce que son poème ne lui appartient plus, et nous le jugeons, parfois on lui donne une pièce...

  Troué mais plein de vie, content, percé de certitudes ambulatoires. Ca ne durera pas, ça reviendra, le vent des nausées, la pluie des joies; je suis ordure dans la grande poubelle! chair plastique et peaux de bananes! cette odeur d'amour putréfié, remue-ménage intérieur, tohu-bohu alchimique, peut-on chercher autre chose ici sur le béton des hypocrisies? la poésie peut-elle être ce chien ballon mal foutu qu'on offre aux enfants pour détourner leur regard? c'est de la prestidigitation: regardez ma main qui s'agite dans l'air tandis que mes intestins chient de peur; oh, bravo, bravo! mais un jour, tout névrosés, assassins, consciencieux, ils chercheront un bouc émissaire, et là, ils seront bien heureux de nous trouver!

  Nous sommes plats, frileux, obstrués, léthargiques, notre conscience morale n'est plus qu'une morale de la conscience, et je crains de ne plus vouloir que tempêter, violenter l'âme et la chair. J'ai écrit quelques poèmes jugés "très beaux", ils me laissent tous un goût amer (je sais que Rimbaud est passé par là, avant moi, et avec bien plus de génie). Je n'ai ni amour de la haine, ni haine de l'amour, mais je veux voir quelque chose de puissant dans vos yeux. J'aime sentir le coeur battre.



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Published by ignatius - dans Nouvelles
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commentaires

Langda 19/12/2011 20:19

Eh, moi zaussi j'l'ai lue jusqu'au bout, l'autre jour, avant d'aller au boulot, à 6h et demi, même que. J'ai eu l'impression étrange d'y voir notre communauté d'internauètes, mais je devais
sûrement psychoter.
Bonne nouvelle en tout cas, mais les dialogues du début ne m'avaient pas convaincu, d'un langage trop réaliste, et un peu terre à terre : "- Salut ! Ça va ? - Oui, et toi, ça va ? - Pas mal, et toi
?" ... enfin si j'ose dire. L' "Eternelle passion et tendresse du diable" m'avait fait le même effet au départ, et puis je me l'étais justifié par le fait que la drogue nous faisait joliment
décoller de ce réalisme excessif.

ignatius 21/12/2011 11:56



Oui les dials du début sont horriblement communs, mais c'est tout à fait voulu; moi c'est la fin qui me satisfait pas complètement; il y manque un truc je crois. Bref.Par contre, ben c'est pas
tout à fait la communauté des poètes internautes dont je parle mais plutôt celle d'Avignon (tu sais, en général mes nouvelles ne sont que des transcriptions et légères modifications de scènes
réellement vécues).



racbouni 15/12/2011 23:15

J'ai lu jusqu'au bout. Gut. Danke schön, mein freund.;

ignatius 15/12/2011 23:41



jusqu'au bout? naaaaaaaaan? je suis ultra flatté! lol. 599è comm, tu es passé à deux doigts de la bouteille de champ!!



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