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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 10:36

 

 

  C'est sûr
les zébrures s'envolent
parmi les dieux les toits les cieux
se confondent aux nulle-part

c'est sûr
les volutes me butent
les chaînes de mon cerveau se resserrent
contractées gonflées, sanguinolées
éclatent et c'est joli
sur les murs

je ne peux rien faire
le matin je veux pourrir
et le soir je veux rire
je ne crois pas à l'enfer

quelqu'un a cassé
mille notes parfaites
la symphonie s'est diluée
entre les planètes

il fait beau tu sais
flottons flottons
sans rien dire et sans
nous accroupir
volons volons nous
sommes des ombres qui respirent

  Des enfants traînent leur âme
comme un boulet
léger léger
et c'est notre drame
à travers
l'écran de fumée.

 

 

 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:16

 


  Et je ne peux pas mourir

          hélas
il manque toujours un dernier poème
une dernière fille, un autre sourire
une aube étrange à venir
un frisson sous la peau

  Et je suis au bord du vide
depuis longtemps maintenant
comme tout en haut d'un World Trade Center
          fantôme
et je vois le tracé des ascenceurs
le tracé des phares de voiture dans la nuit
comme un ruban infini

 (La mort embrasse le ciel, les nuages, la galaxie
mes amis, mes frères, le père de mon pote
elle surgit des yeux du livreur de pizza
mais moi
              moi
                         MOI
elle ne me regarde pas)


  Je suis debout sur la plus haute tour de la ville
le World Trade Orgueil
que l'avion de ma lucidité contourne obstinément

  Je sais que par là, ou par ici
une fille aux boucles blondes
          pleure
et je ne peux pas mourir

 

          Hélas

 

 

 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:12

 

 

  Je passe encore mon permis
à trente-deux ans
la classe
n'espace ?
mon permis de capituler
mon permis de ne plus croire aux retro fusées
mon permis de fuir
mon permis de devenir tout ce que je ne veux pas
mon permis d'être sérieux jusqu'à imprimer mon ombre sur les murs

  Je voulais tant être Pac-Man
ou Albator
je voulais cracher des météors

  Mais le monde
la chimie de mon cerveau
mes organes et ma libido

  Mais les fluides
ma mécanique candide
les pigeons à écraser

  Mais les autoroutes
les pays plus douillets
la dernière jetée

  NE ME LAISSENT PAS LE CHOIX
il faut déjà partir pour le Harar
Harar Harar Harar
(mais j'ai horreur de l'or !)
mon manque de personnalité
ne me laisse pas le choix
alors je vais à l'auto-école

et je traverse la rue en fermant les yeux.

 

 

 

 

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 13:28

 

 

      Vienne, 11 décembre 2012

 

      Katia aimait beaucoup ces marchés de Noël pleins de couleurs, de décorations, d'odeurs de bouffe sucrée, ce foisonnement de gens souriants, cette ambiance bon enfant et innocente qui s'en dégageait comme d'un petit paradis temporaire érigé au milieu du tumulte affreux du monde. Elle aimait tellement cette balade qu'elle prenait bien soin de ne pas faire tous ses achats le même jour, repérant ici ou là ce qu'elle viendrait acheter la prochaine fois. Le plus agréable était encore d'y venir après les cours avec quelque copine et de se manger une petite crêpe au nutella en flânant dans les allées de tentes.

 

      Katia lorgnait du côté d'un marchand de bibelots exotiques d'un genre amérindien. Il y avait là des flûtes de toutes les tailles, des zampona (qu'on appelle syrinx ou flûte de pan chez nous), des bonnets bariolés du Guatemala et d'autres trucs, assez moches pour la plupart. Katia aurait bien offert un de ces bonnets aux couleurs pétaradantes à son petit frère, mais craignait que celui-ci ait honte de le porter. Elle s'intéressa aux flûtes.

 

      « Qu'est ce que tu penses d'une flûte comme ça pour Jérémy ? demanda-t-elle à Sophie, son amie.

 

      – Heu... elle est très jolie, oui. »

 

      Sophie voulut ajouter que les parents de Katia lui en voudraient d'offrir pareil instrument qui pouvait rapidement devenir une torture entre les mains d'un gosse de quatre ans, et qu'elle-même s'en mordrait à coup sûr les doigts, mais le vendeur de marrons glacés, ce jeune blondinet tout à fait beau gosse, juste en face d'elle, accaparait toute son attention. Sophie tentait discrètement de se faire repérer. En vain. L'autre ne quittait pas des yeux le cul de la vendeuse de macarons, cul qu'elle arborait sans gêne sous une jupe moulante noire et très courte. Pourtant cette vendeuse devait avoir la quarantaine bien tassée. Sophie maudit intérieurement cette « vieille pute au cul à l'air ».

 

      Le temps que Katia paye sa flûte, le marché de Noël s'était considérablement rempli de visiteurs, de familles souriantes, de gosses bienheureux se régalant de menues friandises. Katia et Sophie n'avaient fait que deux pas quand un homme apparut devant elles, un thermos dans une main et un gobelet en plastique dans l'autre. C'était un type de l'âge de leur père, plutôt bel homme, avenant, blond et assez grand.

 

      « Bonjour mesdemoiselles, ma femme vient d'accoucher d'un magnifique petit garçon et j'ai envie de fêter ça avec la terre entière ! Vous accepteriez de boire un vin chaud avec moi à la santé de mon bout de chou ? » sa voix était agréable, douce et apaisante.

 

      Sophie lança un regard à Katia de l'air de dire « tirons-nous », mais cette dernière ne la consulta même pas avant de répondre :

 

      « Avec plaisir, comment il s'appelle ? »

 

      L'homme plaisait à Katia. Il lui rappelait son père, mais en plus svelte. Il tendit son verre à Sophie, pour qu'elle le tienne pendant qu'il servait les deux autres vins chauds.

 

      « Kevin » affirma-t-il en versant le vin. Kevin était un prénom à la mode. Matisse aurait pu tout aussi bien convenir. La prochaine fois, il le nommerait Matisse.

 

      « À la santé de Kevin ! Fit joyeusement Katia avant de porter le verre à ses lèvres. Sophie l'imita tout en constatant que le beau gosse blond ne l'avait toujours pas remarquée.

 

      La foule se fit de plus en plus dense. L'homme dit encore quelques mots au sujet de son fils, du marché de Noël puis fut soudain happé, digéré par le flux grossissant des visiteurs. La masse de gens s'amalgama pour ne former qu'un ensemble indistinct de bouches, de chapeaux, de vestes, de ventres, de paroles, de rires, et tout se mit à vibrer comme une membrane folle.

 

      Les deux filles sentirent leurs jambes se dérober sous elles, et tombèrent en même temps, presque l'une sur l'autre.

 

      « Mesdemoiselles ! Qu'est-ce que vous avez ? APPELEZ UNE AMBULANCE ! cria le jeune blondinet beau gosse penché au-dessus des deux corps inertes des jeunes filles.

 

*

 

      Valence, 13 décembre 2012

 

      Jean Delgache termina sa journée au magasin d'électroménager du centre-ville, sur la place Leclerc. Le gérant était un gars de soixante ans, bien sympathique, bonhomme, qui lui offrait toujours un petit pastis après avoir passé commande. Cette fois-ci Jean s'en était bien tiré : il avait vendu cinq aspirateurs nouvelle génération, sans sacs, très petits et très puissants, deux machines à laver soi-disant écologiques et horriblement coûteuses -sur lesquelles il margeait beaucoup-, ainsi que divers saloperies bon marché destinées à tenir un an et quelques mois avant de griller. Et l'autre semblait tout content, comme s'il avait conclu l'affaire du siècle, alors que les perspectives économiques de cette fin d'année étaient déplorables, rapport à la crise mondiale. Jean se demanda même si le gérant n'avait pas un peu perdu la boule. La commande explosait de trente pour cent par rapport à celle de l'année précédente à la même date alors que le magasin croulait sous le stock. L'échéancier était à six mois. Peut-être que le gars se savait condamné, qu'il avait un sale cancer ou une merde dans le genre, et qu'il comptait ne jamais payer. Jean s'en fichait éperdument : il n'était que commercial, et son boulot se résumait à vendre, le plus possible, en proposant des modalités avantageuses. Jean n'aimait pas son travail et encore moins l'électroménager. Tout ça ne faisait que participer de ce monde consumériste, idiot, sans autre valeur que la production à outrance, les échanges monétaires et donc, en un mot, à l'asservissement de l'Homme, à sa totale soumission envers un système quasi féodal. D'ailleurs, pensait-il lorsque le gérant servait les deux pastis, ça n'a guère changé depuis le Moyen-Âge. Le capitalisme généralisé, mondialisé, promet une paix relative par le biais des échanges commerciaux. Il n'y a qu'à voir comment l'Europe nous a été vendue : un marché commun contre l'arrêt des guerres sur le vieux continent ! Le même mensonge depuis plus de mille ans ! Un chantage, et vicelard avec ça.

 

      « À la paix dans le monde ! lança, cérémonieusement, Jean Delgache en levant son verre.

 

      − Ah ben ! On est loin de la paix dans le monde ! ironisa le gérant.

 

      – C'est parce que je vends pas assez d'aspirateurs, rétorqua, sibyllin, Jean Delgache. »

 

      Le gérant ne comprit pas du tout cette mystérieuse allusion, mais comme il ne souhaitait pas passer pour un con devant le commercial, il lui renvoya un sourire qu'il tenta de rendre le plus complice possible.

 

      Jean Delgache passa ensuite à sa chambre d'hôtel, un petit Formule 1 près du Rhône. Là, avec l'aide d'un petit réchaud de camping, il réchauffa du vin chaud et en remplit une bouteille thermos. Il ajouta au breuvage quelques gouttes de GHB.

 

      La nuit envahissait la ville. Il était presque dix-huit heures. Les décorations de Noël, comme des constellations stupides, pendouillaient de platanes en platanes, de lampadaires en lampadaires. Çà et là quelque immense sapin recouvert de morvelles synthétiques trônait benoîtement, illuminé d'acné ou empesé de figurines comme des bonhommes de neige, des traîneaux, ou simplement de grosses boules colorées. Et à beaucoup d'endroits les anciennes décorations lumineuses de notre enfance avaient laissé la place aux nouveaux L.E.D, plus économiques, mais aussi plus ternes.

 

      Les familles se pressaient dans les magasins de jouets, de vêtements, les traiteurs. Les odeurs sucrées de gaufres, de crêpes, de guimauve, de marrons chauds recouvraient les rues, comme un voile visqueux et collant. Jean Delgache fila droit au marché de Noël. Il faisait maintenant totalement nuit dans Valence. Comme des cheminées vivantes, les gens crachaient des volutes de vapeur blanche dues au froid piquant porté par le vent sec. Le climat se prêtait de bonne grâce au petit jeu de Jean Delgache. Parvenu dans les travées du marché, le commercial, qui avait troqué sa tenue de travail contre un déguisement passe-partout de citoyen lambda, se dirigea droit vers un jeune couple qui marchait main dans la main. Il ne fallait pas trop se faire voir, éviter les recoupements de témoignages, c'est pourquoi il choisissait ses victimes le plus rapidement possible.

 

      Arrivé à leur niveau, il leur sortit le speach habituel. Cette fois-ci son nouveau-né s'appelait Matisse. Sa femme venait d'accoucher, il voulait fêter ça. Le jeune couple ne se fit pas prier.

 

      Jean Delgache disparut, et les jeunes gens se sentirent défaillir avant de s'effondrer comme des sacs. Un petit attroupement se forma autour d'eux. On fit venir une ambulance. L'incident fut très vite oublié et on recommença ses petits achats de Noël.

 

      Rentré à l'hôtel, il appela sa femme, restée à Lyon.

 

      « Chérie ? C'est moi. Comment ça va à la maison ?

 

      – Ça va mais tu nous manques. Loïc a remporté son match de handball mardi soir, l'entraîneur était très content de lui. Il a eu douze sur vingt à son interrogation de français. Tu me manques beaucoup... j'ai envie de toi, tu sais...

 

      – Tu me manques aussi. J'ai rêvé de toi cette nuit, avec tes bas gris, tu sais lesquels je veux dire...

 

      – Je les mettrai quand tu rentreras et je te ferai l'amour direct à ton arrivée, à peine sorti de la voiture, dans le garage... » et elle laissa traîner sa voix en prononçant « garage » pour laisser l'imagination de son mari se représenter la scène.

 

      Après avoir raccroché, Jean Delgache eut comme une nausée. Il détestait cette femme, sa culotte de cheval, sa bouche toute pincée aux lèvres sèches et trop fines, comme dessinées au cutter, sans compter ses cheveux épais, et surtout... son odeur si particulière, presque chimique, agressive, obstinée et décourageante. Une odeur plastique en fait, un peu le genre qui émane des sièges d'une voiture neuve ou de location. Il réalisa que cette odeur lui rappelait celle de sa voiture, et donc, de son travail. Comment aurait-il pu rêver de sa femme, autrement que dans un rêve policier où il aurait trouvé la méthode infaillible pour s'en débarrasser et ne pas être découvert, le crime idéal, qui n'existe pas ? Enfin, presque pas. Dans tous les cas, ce n'était pas d'elle qu'il avait rêvé. Ça non. Mais d'une de ses clientes, de Lyon, une belle et grande brune au petit cul tout rond. Dans l'arrière boutique, il l'avait prise debout, enfin... il allait la prendre debout, et puis il s'était réveillé comme ça, la queue inopportunément dure et dressée. Quoi qu'il en soit, il ne quitterait pas sa femme. Non pas à cause du gosse, ni de la maison qu'ils avaient achetée, ni de quoi que ce soit de matériel, ni encore pour les « convenances » -ce siècle n'en était plus là- mais juste comme ça, et c'était peut-être encore pire : il ne la quitterait pas parce qu'à son âge il n'avait aucune envie de refaire sa vie, et habiter tout seul serait tout de même trop triste. Alors voilà. Et puis avec son boulot, il ne la voyait pas trop. Les équilibres sont étranges : la femme qu'il n'aimait pas et le boulot qu'il haïssait s'annulaient finalement l'un l'autre.

 

      Il hésita un moment à aller chercher une pute, à Valence il connaissait des endroits. Puis il eut la flemme. Il se branla vite fait dans l'évier, puis descendit boire un cognac dans un petit bar non loin de l'hôtel. Il se mit au comptoir.

 

      Le patron et deux types avec des gueules de joyeux consanguins parlaient de lui.

 

      « Moi, des tarés comme ça, ça me fait gerber dit l'un.

 

      – Entre les Arabes qui posent des bombes, nos footballeurs archi-nuls et les gars qui pètent les plombs comme cet empoisonneur, elle est belle la France, ah elle est belle ! constata, non sans brio, le second.

 

      – Je vois surtout que l'esprit de Noël s'est perdu. Et ça, c'est triste, conclut le barman, qui comme tous les barmans, était très fort en conclusion. »

 

      Jean Delgache écouta, amusé et attentif, les suites du dialogue. L'un des poivrots, semble-t-il de la Municipale, avait quelques infos. Les flics avaient un portrait-robot de l'empoisonneur, et ils ne tarderaient pas à le coincer. L'esprit de Noël pouvait dormir sur ses deux oreilles.

 

      Le commercial but un dernier cognac et partit du bar après que les experts eurent fini de débattre. Il croisa deux jeunes filles sur sa route. Deux filles qu'il aurait pu violer. Mais il eut là aussi la flemme. Le sexe ne l'excitait plus tant que ça. Et savoir qu'il aurait pu les violer suffisait à contenter son sentiment de puissance. C'était comme ces gens qu'il empoisonnait : il pouvait les tuer, mettre autre chose dans le vin chaud, mais le GHB suffisait, c'était déjà bien drôle comme ça. Il était magnanime, quoi.

 

     Ah, on avait son portrait-robot ? Ah, on allait vite le coincer ? Ah, il avait perdu l'esprit de Noël ? Jean Delgache s'endormit le sourire aux lèvres.

 

 

*

 

      « Ils ont rien compris tous ces cons. Bien enfermés dans leur petite vie débile pleine de principes intenables. Je vends des aspirateurs, je vends des aspirateurs, je vends des aspirateurs. Des aspirateurs, aspirateurs. Rien n'a de sens, et tout le monde voudrait que tout soit logique. Quelle bande de cons. Je n'ai aucun mobile. AUCUN MOBILE, bande d'abrutis ! Et je ne tue pas. Ah, ça les emmerde, ça, que je ne tue pas. Certains croient même que je me rate, ou que j'avance pas à pas, que je vais bientôt tuer, quand j'aurai trouvé le bon dosage, le courage ou je ne sais quoi. Bande de ratés ! Le monde entier est raté. C'est tellement bon de savoir que je PEUX tuer, c'est encore plus jouissif de les amener au bord du précipice et de les pousser un tout petit peu, juste assez pour qu'ils aient bien le vertige, qu'ils chancellent, qu'ils voient le fond, que leur sang se glace, et hop ! Qu'ils retournent dans leur vie stupide ! C'est pas moi qui les délivrerai ! Qu'ils se suicident si ça leur a plu ! Je ferai pas le boulot à leur place, mais j'en ai le pouvoir. La société ne protège personne de rien et j'en suis la preuve. Ceux qui ont le pouvoir sont ceux qui organisent le chaos, l'absurdité, le non-sens. Et en plus, c'est drôle. »

 

*

 

      Avignon, 14 décembre 2012

 

      Après sa tournée, vers seize heures, Jean Delgache se rendit dans un grand centre commercial. Il acheta une tenue de père Noël et paya son achat aux nouvelles caisses automatiques. Ah, ils veulent un monde déshumanisé pensa-t-il. C'est tellement pratique. Il regarda les gens autour de lui dans cette petite zone entièrement automatisée : qu'ils semblaient bovins, tous ! Un gentil petit troupeau docile et sans âme, aux mouvements si prévisibles sous la lumière divine des néons. Et la musique en fond ! Cette espèce de mélodie d'ascenseur... C'était un peu le paradis pour tous ces cons.

 

      Il se changea ensuite dans sa voiture, qu'il gara dans un parking souterrain, à proximité du marché de Noël.

 

      Le père Noël s'approcha d'un groupe de trois femmes d'une cinquantaine d'années. Les victimes idéales. À leur âge personne ne leur parle plus dans la rue, excepté pour leur demander de l'argent ou leur offrir un journal gratuit. Elles seront enchantées qu'un homme plus jeune qu'elles les aborde et partage un moment dans le plus pur « esprit de Noël ». Ça ne manqua pas. L'initiative leur parut charmante. C'était avec grand plaisir qu'elles acceptaient de porter un toast à la naissance de Nicolas (Jean Delgache aimait bien adapter le nom de son soi-disant nouveau-né aux goûts générationnels de ses victimes, ça les mettait en confiance pensait-il).

 

      Après que le père Noël se fut évaporé dans la marée humaine, les quinquagénaires tanguèrent, essayant de se retenir les unes aux bras des autres, puis s'affalèrent en un tas informe de sacs à main Zara, de rouge à lèvres carmin et de chairs liposucées.

 

*

 

      Au même moment, à Lyon

 

      « Mmmmmm, vas-y, c'est bon ! Plus fort ! Plus fort ! »

 

      Lucie Delgache, les mains agrippées au dossier du canapé, qui grinçait et couinait lui aussi, bien cambrée, jambes écartées, était en train de prendre son pied avec le voisin du sixième étage, qui la tenait par les hanches, debout derrière elle.

 

      « Dépêche-toi, je dois aller chercher le gosse au sport, ordonna-t-elle à son amant. »

 

      Celui-ci éjacula dans la minute qui suivit, quelques gouttes de sperme coulant sur les bas gris de sa maîtresse.

 

      Lucie Delgache fila ensuite récupérer le fruit de ses amours d'avec son mari. Elle le nourrit de purée saucisses, vérifia ses devoirs, l'envoya se brosser les dents, puis après l'avoir bordé dans son lit, l'embrassa sur le front en lui souhaitant de faire de doux rêves.

 

      Assise sur le canapé de ses ébats adultérins et crépusculaires, elle regardait la télévision. Aux informations on parlait d'un mystérieux empoisonneur des marchés de Noël, un type aux motivations floues qui proposait à des inconnus de fêter la naissance de son fils en partageant un verre de vin chaud. Le vin était rempli de GHB et les victimes innocentes se retrouvaient toutes à l'hôpital. Aucune n'était morte mais une forme de psychose s'installait dans les villes du sud-est de la France. Trois nouvelles femmes venaient de tomber dans le piège sordide, en Avignon, quelques heures plus tôt. Cette fois-ci, l'empoisonneur s'était déguisé en père Noël. Lucie Delgache eut un haut-le-cœur lorsque le journaliste récapitula sur une carte de France l'itinéraire du fou (car, en l'absence de mobile, les médias et la police en déduisaient que ça ne pouvait qu'être l'œuvre d'un déséquilibré). Lyon, puis Vienne, Valence et enfin Avignon. Quatre villes qui étaient du secteur de son mari, et surtout les dates des crimes correspondaient avec celles de son passage.

 

      Lucie Delgache prit son téléphone, le souffle coupé, les yeux tendus vers son écran de télévision. Il se passa de longues secondes pendant lesquelles madame Delgache vit la police arriver chez elle, emporter son mari menottes aux poignets. Elle vit le visage de sa mère, de ses amies, des parents des autres enfant à l'école, celui des acheteurs de son appartement qu'elle ne pourrait plus conserver vu que le crédit était bien au-dessus de ses petits moyens de mère au foyer. Elle vit l'enfer de ses propres yeux, un enfer embrasant d'un coup sa misérable existence, ne laissant que cendres et cauchemars bien réels. Lucie Delgache reposa son téléphone sur la table basse, sans avoir composé aucun numéro.

 

      Elle se rendit dans la salle de bains et nettoya ses bas des coupables tâches de sperme qui avaient déjà séché. Elle réexamina mentalement la situation avant de se rendre à l'évidence qu'elle avait fait le bon choix. Demain elle accueillerait son mari dans le garage et lui ferait l'amour sur le capot de la voiture.

 

 

 

 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 16:59

 

 


  Un peu comme une histoire
dans laquelle on a rien à foutre
je crois que j'aime enfin je crois
que c'est possible
j'ai vu tant de jours crever
de routes étirées au loin
et de diamants briller au bout du chemin
l'Europe s'est emballée
en chevauchant son taureau doré

  un peu comme une histoire
dans laquelle on a rien à foutre
cherche ta place,
trouve un mobile
entre les espaces
et surtout sois habile

  la beauté n'a rien sauvé
pourtant on s'est interrogés
aux expositions la tendance
est aux charades, à la suffisance
nous on voit des charognes
à l'emplacement des rêves d'école
ici la pourriture a la dent dure
alors on en a pris de la graine
nous sommes la génération vaine

  un peu comme une histoire
dans laquelle on a rien à foutre
cherche ta place,
trouve un mobile
entre les espaces
et surtout, sois habile !

 

 

 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 13:52

 

 

  C'est tout ce que j'aime
une lune ébauchée dans le ciel
visage boutonneux d'étoiles
la cohue entre les platanes
cette rue est un flux furieux
au ressac obsédant de gens
je connais je connais je connais
fêtons, les amis, l'alcool et la vie

  c'est tout ce que j'aime et pourtant
mon oeil est étranger
mon corps encombrant
et ma longue langue en béton

  c'est tout ce que j'aime
nous grouillons comme pourriture
des mouches hystériques
tout est bon, même la politique
les ventres ont cent couleurs
les culs parfois trop de rondeurs
il y aurait tant de choses à dire
fêtons, les amis, l'alcool et la vie

  c'est tout ce que j'aime ! et pourtant
  - "Eh ! le poète ? ça va ?"
je ne suis pas le poète, je suis un golem
et je m'inquiète et je vous aime.

 

 

 

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 13:51

 

 

  Ceci est ma table


in nomine patris et fili et spiritu sanctis

  du sel une bouteille d'eau aux trois-quarts vide
quelques grilles de mots
un jeu de tarot
des médicaments
une sacoche à ne pas ouvrir
X bouchons en liège
un demi sandwich près du cendrier
où m'attend un petit joint
quatre paquets de tabac gisant le ventre creux
ici et là des pièces de monnaie
Julio Cortazar, Ernest Hemingway
des stylos un coupe-ongles un ouvre-bouteille
des briquets des télécommandes

  un petit rayon de lumière

  j'entends la rue et la vie
venir picorer mes miettes de pain
si j'ai tout dit
voici mon existence.

 

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 14:55

 

 

  L'amour me gêne

comme un caillou dans ma chaussure

(un caillou auquel on s'habitue trop vite)

 

  et le train démarre

lentement

dans la chaleur d'un été quelconque

 

  et je suis heureux :

pendant plus d'une heure

je n'aurai pas à marcher.

 

 

 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 12:23

 

 

  Et sais-tu pourquoi nous en sommes-là ?

  Bof. Voilà. Tous pareils.

  Au moment précis où l'on s'aperçoit qu'il n'y a aucun espoir
tout devient si beau
inefficace comme des larmes sur un tombeau
je te tiens par la main, toi qui n'as qu'un bras
quelques oiseaux effarés percutent le silence
oh comme j'aime te voir pleurer
au bord du vide
nous lavons nos corps dans le vent de l'orage
peau contre peau
il y a comme une absence infinie
je voudrais tellement me dépouiller (encore plus)

  c'est ténu, pas grand-chose
le saisir, pardon, je n'peux pas
aucun espoir
mais je peux lécher le sel de tes joues
imaginer nos squelettes
parce qu'en fait il n'y a rien d'autre
à frotter
que nos os
peau contre peau
sous l'orage
(et là, je ne me souviens pas de mes rêves)

  la beauté est un archet absent
l'âme cherche sa boite
une seconde une seconde une seconde
ça vient c'est là
et c'est déjà parti
nous n'avons plus
qu'à nous rouler dessus
peau contre peau
sous l'orage
qui ne vient pas
la foudre de dieu s'abatte sur toi !

 

 

 

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 12:24

 

 


  Le blanc du ciel
m'en fait voir
de belles
il faut encore tromper ma cervelle
ne jamais penser à l'espoir

  Amour, tu ressembles au dieu du jugement
qu'aurait sauté pieds joints dans mes alibis

  La neige recouvre doucement
les souvenirs d'un été charmant

  La crasse vole au gré du vent
un sourire sournois et puis s'en va

 

 

 

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Gardons-le pour nous

 

Poisson moisi

 

Cause organique du Mystère

 

Cinq points de suture

 

Mots qui ne trouvent pas l'oreille

 

Face à l'abreuvoir de lumière fade

 

Chemin de l'Affreux Paradis

 

Devant l'ombre de la Perfection

 

Sous peine d'en avoir

 

Joie sans cause

 

Montagne et décadence

 

Six pièces en forme d'échecs

 

Trois fois rien

 

Un sonnet, un hommage et une merde

 

Crépuscule et feedback

 

Deux raisons de vivre

 

Tous comptes rendus

 

Papa et maman ont baisé (sans raison apparente)

 

Manifeste foutatif suivi de trois documentaires

 

Triple effort de guerre

 

A penser à part soi

 

Coming out

 

Apocalypse

 

Hécatombe de regards sous la lune invisible

 

Humains, trop humains

 

Paroles dominicales

 

Renaissance quotidienne

 

Une vie de merde

 

Interrogatoire des âmes

 

Trinité d'une finalité

 

Luttes intestines

 

Effroi lancinant du bien-être

 

Elégance

 

Aller-retour

 

Aveux spontanés

 

Balade immobile dans Babylone

 

Epure

 

Des vies seconde

 

Bluette cuisante

 

CyberLove

 

Réponse à Houellebecq, et à d'autres

 

Les phrases

 

Eau de vie

 

Rupture

 

Ex perfecto nihil fit

 

De petites histoires

 

Eternité

 

Mais la lune...

 

Dépouille

 

Sonnets fantaisistes

 

Deux poèmes métaphysiques

 

Souvenir du présent

 

Grave Bêtise

 

Scénettes ferrovières

 

Oreille cherche musique

 

Simple comme une rivière (triplement sonné)

 

Miroir maritime

 

Concert sans fin

 

Je suis Madame Bovary

 

Buvez-moi (6 intros et 7 sonnets)

 

Vous

 

L'étoile des toilettes

 

Retour de boîte

 

Hommages

 

Le diable, le ciel et les hommes

 

Beauté des échecs

 

La nuit n'en a jamais fini

 

Un matin, une journée, une nuit, une vie, enveloppés d'une malédiction

 

Chansonnette, plus un machin

 

Des minutes, des myriades

 

Voyez ce violon

 

Après

 

1

 

Découverte des astres

 

Cent matins

 

Dissertation

 

L'émoi c'est toi

 

Demi-poème

 

Supplique

 

Tarentelle d'Avignon

 

La belle hécatombe (miroir maritime II)

 

La bande du Big Bang

 

Duende

 

Strange fruit

 

Soumission

 

Nos agapes

 

Tentative de cosmogonie

 

Lourd et léger

 

Hija de punta

 

Ca va, ça va, ça va aller

 

Love letter

 

Looking fort he next rain

 

Partition poétique pour Gnossienne n°1

 

Home sweet home

 

Sonnet sépulture (mignonne)

 

El murmullo silencioso

 

Tentative de Tristesse

 

Las huellas sutiles

 

Partition poétique pour Gnossienne n°4

 

365 jours à regarder des photos

 

Toujours les mêmes...

 

Hommage à I.D

 

Etude n° 827

 

Inquitétude contemporaine sans Dieu

 

L'éphémère

 

Ainsi soit-il

 

Quelques minutes de bonheur

 

Hyperalgie de l'âme

 

window on your world

 

Je suis un constructeur de voitures

 

La marche pathétique

 

Derniers vers

 

Post-apocalypse

 

Saints-Sacrements

 

Particules

 

Combat perpétuel...

 

Une belle journée

 

Goutte dans l'océan

 

Passé, présent, futur...

 

Nous

 

Scène de 18h00

 

Long temps

 

PIOU PIOU

 

Dans la poussière

 

Aucun

 

La victoire ou la mort!

 

En un combat douteux

 

Vagabondage mélancolique

 

Hygiène de la solitude

 

Méthode pour un optimisme réaliste

 

Pile et face

 

Roulez, jeunesses

 

Bilan

 

La belle au béton dormant

 

Vision

 

Tout est parfait...

 

Comme toujours, comme souvent

 

Les amants de Maldoror

 

Zeus révélé

 

Face aux abysses

 

Dilution nocturne

 

...

 

Jadis, j'ai essayé

 

Douleur du retour

 

Echec

 

Prose du mécréant

 

Eros et thanatos?

 

Au-dedans

 

Rencontre solitaire

 

Ad libitum

 

en tous cas

 

Un soir entre potes

 

Romance

 

A hurler dans la foule

 

Je crains de tout détruire dans un accès de lucidité

 

Il le fallait

 

De l'inconvénient de se réveiller

 

Le jour est monté

 

Décalage vers le froid

 

Quarantaine

 

Au-dehors, en-dedans

 

Le mal des aurores

 

Western

 

Ici et là-bas

 

Considérations peu utiles

 

Papillote amère

 

Tragédie avec fin heureuse envisageable

 

Les consolantes

 

Nocturne Eden

 

Parenthèse

 

Iles

 

Je ne sais plus rien

 

Bêtise

 

Arrose l'orage

 

Idéal

 

Eternel retour

 

Circuit fermé

 

Nuit de bitume

 

Et tu l'as injuriée?

 


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