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16 août 2012 4 16 /08 /août /2012 13:17

 

 

  Est-ce normal
d'envahir le paradis ?
je déteste la perfection, et donc, la mort

  Jouir est horrible
Dieu épargne les fleurs
j'aime mieux la caresse des mouches
que celles des femmes
sûrement parce que je ne dois rien aux mouches

  Est-ce normal
d'envahir le paradis ?
fabriquez-vous une âme et crevez, si ça vous enchante

  La machine est là
prête à nous broyer
la beauté ne sauvera rien du tout
et c'est tout le privilège
de la Beauté

  est-ce normal
d'envahir le paradis ?

de chercher le germe dans l'étron
l'odeur au bout de la rue
la fille dans l'homme
le sourire du trou noir

on décore bien sa cellule en prison

  J'ai le droit imprescriptible de massacrer la poésie

de me charger de foutre
d'aimer en silence et de haïr en fanfare
de ne pas être compris
d'envahir le paradis
d'être Juif et Ziklon
de ne pas faire jouir une femme
de trembler devant l'harmonie
de vous amener là où je n'ai rien trouvé et de vous fourrer le nez dedans

  J'ai le droit imprescriptible
d'envahir le paradis,
de le décréter cloaque
et de revenir pourrir
parmi vous.

 

 

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Published by ignatius
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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 12:13

 

 

 

  Lucas voguait parmi les étoiles refroidies, considérant l'abîme sans fond de l'espace. La lune, pleine, fidèle au ciel, se laissait grignoter par les nuages voraces, comme par une brume acide. Mais toujours, elle réapparaissait une fois le cortège glouton passé, vierge, neuve, intacte, solide bout de matière blanchâtre, éternelle. La beauté majestueuse de l'espace avait toujours fasciné Lucas. C'était un rêveur, un contemplatif.

 

  Il était allongé dans son lit, sur le flanc, visage tourné vers la fenêtre.

 

  « […] Cher Satan, […] je vous détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné. »

 

  L'héroïne fusa comme un laser de bien-être à travers ses veines, et explosa en un feu d'artifice de doux poison au milieu de ses pensées cotonneuses.

 

  Ça faisait maintenant huit jours que Lucas n'avait plus mis un pied dehors.

 

  « Je t'aime, ma chérie. »

 

  Les paroles de Lucas retombèrent, éparses, silencieusement, comme des feuilles d'arbre à l'automne. Au cœur de la bulle de vide ainsi soulevée, Lucas entendit perler les premières note du nocturne N°1 en si bémol mineur de Chopin. Une mélodie de l'âme à nue qui pleure pudiquement en se remémorant des souvenirs à minuit, puis qui s'enivre d'elle-même dans la brise légère. D'ailleurs, Samantha pleurait souvent en écoutant ce nocturne ; c'était son préféré.

 

  Lucas se retourna brusquement dans son lit. Il faisait maintenant face à un tas chaotique de paquets de chips plus ou moins vides, d'emballages de Steriboxs gueules béantes, de quelques boîtes de ravioli, de pois-chiches, de bouteilles d'eau minérale et de coca, plusieurs rondelles de citron, et de... il envoya tout valser d'un large geste du bras. Une conserve de pois-chiches se vengea en coupant l'avant-bras de Lucas au moyen de son couvercle denté. Lucas saignait, mais la douleur disparut aussitôt. Il trouva ce qu'il cherchait.

 

  Ouvert, écorné, blessé lui aussi, gisait « Romance sans paroles » de Verlaine, dont le quatrième de couverture était maculé de sauce tomate séchée. Lucas se redressa sur le rebord du lit, le livre à la main. Son regard fixait un immense monticule d'ordures, entre le mur et la télé. Il lut à voix haute. « Beams ».

 

  « Elle voulut aller sur les bords de la mer,
Et comme un vent bénin soufflait une embellie,
Nous nous prêtâmes tous à sa belle folie,
Et nous voilà marchant par le chemin amer
.

  [...] »

 

  Il posa le recueil sur la table de nuit. Les poèmes de Verlaine se trouvèrent en bonne compagnie : trognons de pomme, tablettes de Crunch entamées, diverses factures et du courrier non ouvert.

 

  Des petites fées planaient dans l'air chaud et puant, comme des libellules brillantes.

 

  « Merci mon amour. Je t'aime, tu sais, souffla la voix de Samantha.

 

  - Je t'aime comme jamais, répondit Lucas, en levant les yeux vers le ciel irradié de lueurs lointaines. »

 

  Lucas se laissa tomber à la renverse, bras et jambes en croix, sur le lit dégueulasse. Il ralluma un pétard qui agonisait dans le cendrier. Il eut à peine le temps d'attraper un sac plastique et de vomir dedans. Fumer un joint donne des nausées aux héroïnomanes, mais le plus étonnant, c'est qu'ils aiment ça.

 

  « Tu ne m'abandonneras pas, hein Lucas ?

 

  - J'en serais incapable. »

 

  Une sirène d'ambulance perfora le calme bleuté de la nuit. Elle passait juste au bas de la rue. Son gyrophare transforma une seconde la chambre en aquarium, en profondeur océanique, puis disparut.

 

  Téléphone. Lucas sursauta. Personne n'appelait jamais.


 

  « Salut p'pa ! Comment ça va ? »

 

  Une voix surexcitée. Une voix de mec bourré, exalté, dans un maelström de cris, de rires comme des pans de montagne qui se décrochent, tout ça enveloppé dans un « boum boum » continu, insupportablement continu et saturé. Lucas ne comprenait pas la différence entre une guerre et ce genre de fêtes. Son fils devait comprendre, lui, vu qu'il adorait ça.

 

  « Très bien, Matisse, très bien. Et toi ? On dirait que ça va, tu fais la fête je suppose... tu sais l'heure qu'il est ?

 

  - Ouais, il est tard, 'scuse moi, mais chuis trop heureux ! Fallait que je t'appelle ! Je viens de gagner le meeting de tuning ! J'ai fini premier au concours SPL !

 

  - SPL ?

 

  - Oui ! C'est d'la balle ! J'ai sorti 138,7 db avec mes quatre subwoofers de 46 cm !

 

  - Ah... génial...

 

  - Tu dis quoi ? J'entends rien !

 

  - Je dis : bravo fiston...

 

  - Putain j'entends que dalle, y a trop d'noise ici ! Bon écoute, embrasse bien maman, je reste pas, c'est la folie là ! »

 

  Clic.

 

  Lucas lâcha son portable qui alla s'enfouir quelque part au sol, dans un des tas de merde.

 

  « C'était notre fils, Sam. Il est toujours aussi con. Il va bien. Il a gagné je sais pas quoi. Il t'embrasse fort... »

 

  Les yeux perçant la même montagne de déchets (celui entre le mur et la télé), Lucas, un vague sourire aux lèvres, se laissa emporter par le souvenir de la dernière fois que Sam et lui avaient fait l'amour. C'était ici-même, dans le lit, en missionnaire. Mollement. Sans fougue. Mais avec beaucoup d'amour. Les longs cheveux blonds de Samantha ruisselaient sur l'oreiller. Samantha avait les cheveux très doux, très légers, bouclés. Lucas aimait les caresser lorsqu'ils faisaient l'amour. Il se revit dans ses yeux. Il se souvint de ses petits gémissements. La saveur des lèvres sèches de Samantha se déposa, par la magie de la mémoire, sur la langue de Lucas. C'était la dernière fois. C'était il y avait plus de trois mois.

 

  Une larme de bonheur se dessina sur la joue de Lucas. Il ouvrit le tiroir de la table nuit, farfouilla parmi un fatras de sachets ziplocks et en sortit un rempli de poudre blanche. Il glissa la pointe d'un petit couteau à l'intérieur, et préleva un peu de coke. Il fit un trait en forme de serpentin sur le coin de la table de nuit. C'était de la très bonne coke, elle lui anesthésia immédiatement tout le conduit lacrymal.

 

  Un cri effraya la rue. Lucas ferma les yeux, pris par la montée de la drogue. Il s'alluma une Craven A, but une lampée de Perrier tiède, puis marcha en direction de la fenêtre.

 

  Rien. La façade de l'immeuble le regardait, muette, sombre, grumeleuse, tombale. L'air chaud errait sur le trottoir. Le disque lunaire, maintenant délaissé par les nuages, fuyait vers d'autres villes, d'autres gens, désintéressé par ce qu'il advenait de celle-ci et de ceux qui l'habitaient. Il y avait d'autres histoires d'amour à observer, ailleurs, par d'autres fenêtres, mais étaient-elles aussi belles, intenses et durables que celle qui l'unissait à Samantha ? Ils s'étaient rencontré en cure de désintoxication, vingt ans plus tôt, et immédiatement, ils avaient su. Matisse était arrivé très vite, Samantha refusant de prendre la pilule. Et puis, ce n'était pas plus mal : à l'époque, grâce à la cure, ils étaient clean. Ça n'avait d'ailleurs pas duré longtemps.

 

  Lucas souffla un baiser depuis sa main en direction du tas d'ordure, toujours le même. Un couple de cafards, peut-être amoureux également, foncèrent dans ce vivier de nourriture. Lucas voulut les écraser, mais il réagit bien trop tard. En remontant l'édicule des yeux, il aperçut quelque chose se mouvoir sur une vieille part de pizza. Il s'approcha. C'était un ver. À cette distance, il constata que ces profiteurs étaient nombreux. Il y en avait au moins dix dans son champ de vision. Probablement des milliers en-dessous, dans la cathédrale. C'était dans l'ordre des choses. C'était la vie.

 

  « J'ai envie de toi, dit Samantha. »

 

  Lucas pensa à la pourriture, à la poussière, à ces choses qui s'agglomèrent dans l'espace pour former des planètes, des ceintures d'astéroïdes, il pensa aux pouponnières d'étoiles dans leur robe verte. Il aurait aimé être dispersé dans le vide stellaire avec Samantha et tous leurs déchets, et que par accrétion, par effet de la gravité, toute leur matière dansât en spirale autour d'un astre et finît par s'unir éternellement en formant une petite planète, ou même un caillou, quelque chose de lié par l'amour gravitationnel. Lucas était le riche héritier d'une famille d'industriels, mais il ne disposait pas des millions nécessaires à une telle opération.

 

  Les planètes, les vers, les cafards, la lune disparue, le corps de Samantha, l'héroïne, les brûlures de la vie, la poigne cuisante de l'air, sa propre transpiration, leur fils débile, le SPL, l'amour infini, les trognons de pomme, Verlaine, un aboiement dans la nuit, la fusée qui aurait envoyé leur dépouille dans l'immensité, tout se mélangea dans l'esprit de Lucas et forma la couche insalubre dans laquelle il s'endormit.

 

  Ce fut la police qui le réveilla. Il était question d'une convocation au tribunal. Il ne s'y était pas présenté. Ils venaient le chercher. Lucas était encore trop dans le cirage pour tout comprendre. Il vit les flics tourner dans la chambre comme de gigantesques mouches à merde. Mais des mouches à merde un peu précieuses : elles étaient horrifiées par ce qu'elles voyaient et sentaient. Il entendait quelques adjectifs du style : « Immonde ! », « Gerbant ! », « Incroyable ! », et des : « Mais comment c'est possible ? ». Les flics ne savaient pas où donner de la tête. Ils parlaient de faire venir une brigade spéciale pour décontaminer et finir les recherches. Ils étaient dépassés. Un des flics sortit le tiroir de la table de nuit et présenta les divers ziplocks à Lucas, qui ne broncha pas. Puis l'un d'eux hurla : « PUTAIN ! REGARDEZ-ÇA LES MECS ! ».

 

  Lucas ferma les yeux. Le flic avait certainement découvert le corps putréfié de Samantha sous le monceau d'ordures. Elle avait fait une overdose deux mois plus tôt. Il allait falloir s'expliquer, mais personne ne comprendrait. Personne.

 

 


 

 

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Published by ignatius - dans Nouvelles
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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 13:09

 

 

  Et pourquoi pas crever hier
quand on avait encore le temps
de croire aux possibles matins
après l'obscurité purulente d'étoiles

  de croire aux toujours aux jamais
des promesses qu'on fait à minuit
lorsque la rue est un empire
et que nos yeux par quatre asservissent l'univers

  Et pourquoi pas crever hier
sur la terrasse en bas du vide
quand nous croyions, idiots, célestes
que notre amour ciment étouffait tout le reste

  et croire au diable, à sa bonté
aux instants qui éclairent la nuit
à l'éternité déployée
dans un seul mot chauffé au creuset des folies

  Hier, hier,
c'était hier
à la seconde même
quand je crois que tu m'aimes
que s'ouvre un espace
une faille de San Andras
minuscule, irréelle
où s'engouffrer à tire-d'ailes

  Hier, c'était
hier -minute !
minute !
minute...

 

 

 

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Published by ignatius
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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 17:16

 

 

 

   Nicolas Tourneur tira la grille de son commerce en faisant attention qu'elle reste bien dans les rails et ne lui tombe pas sur la gueule comme ça arrivait parfois. Derrière les croisillons de la grille noire, on pouvait lire :

 

   « Fermé du 1er août au 1er septembre, congés annuels. »

 

   Il s'alluma une clope qui eut un goût très caractéristique : celui des vacances. Nicolas Tourneur prit la direction de son chez lui en traversant une dizaine de rues boursouflées par la chaleur. Sa chemise collait à ses bras et sa poitrine, son pantalon à ses jambes, et il transpirait du cul. Sa boutique n'était pas climatisée. Bien qu'il fût content de ne pas l'ouvrir durant les semaines suivantes, la perspective de mariner dans son petit appartement mal isolé lui gâchait son plaisir. Heureusement qu'il avait le gin pour l'aider à traverser ce désert du mois d'août. Nicolas Tourneur n'avait pas de quoi partir en vacances : les locations étaient bien trop chères, et le camping, avec la promiscuité navrante des autres vacanciers pauvres, bruyants et débiles, le dégoûtait totalement. Nicolas Tourneur n'aimait pas trop les gens. Il aurait bien voulu cela dit, mais quelque chose d'inhérent à l'humanité le coupait profondément des autres. Il n'aurait d'ailleurs pas exactement su dire quoi, et il s'en foutait franchement. Il n'aimait pas grand-monde, et c'était comme ça. Il n'avait pas d'affection particulière pour les mammifères, et trouvait assez méprisables ceux qui transféraient leur besoin d'amour sur un chat, un chien, une perruche ou un furet. Bizarrement, les seuls êtres vivants qui trouvaient grâce à ses yeux étaient les insectes. Par exemple, le mode de reproduction des punaises de matelas, avec le mâle qui doit transpercer la carapace de la femelle pour la pénétrer, n'avait aucun secret pour lui. Là non plus il ne pouvait dire pourquoi, mais le fait est, depuis tout petit la vie des insectes l'enthousiasmait. C'était, avec le gin et la pornographie, les seules choses qui l'enthousiasmaient. Pourtant, Nicolas Tourneur se sentait très normal.

 

   Arrivé chez lui, il s'arrêta un instant dans son couloir. C'était la partie la plus fraîche de son appartement. Puis il alla pisser, laissant quelques gouttes d'urine au sol, privilège inaliénable -se disait-il- d'une vie de célibataire.

 

   Armoire à alcool. Verre. Gin. Cuisine. Glaçons. Il retira ensuite sa chemise gluante, son pantalon visqueux, posa son verre sur la table basse et se laissa choir dans son fauteuil, face à la télé éteinte. Le gin chahutait maintenant dans sa gorge, son estomac, puis dans son esprit.

 

   Il alluma son pc portable et finit son premier gin en attendant que l'ordinateur se mît en route. You Porn. Les catégories qu'il affectionnait était « facial », « hard » et « public ». Nicolas Tourneur était partagé sur le phénomène porno, d'une part il trouvait ça bien pratique toute cette débauche de cul, de nichons, de visages recouverts de sperme, mais d'un autre côté il se demandait si ça ne faisait pas qu'ajouter à la trop grande emprise que les femmes exerçaient sur les hommes depuis que le machisme était tombé en désuétude. Pour contrebalancer cette idée, il se branlait exclusivement sur des vidéos où les femmes étaient avilies et dégradées. Mais quand même... tout ça n'était qu'un jeu, un simulacre de domination : l'homme devenait de plus en plus soumis au fur et à mesure que les nanas provoquaient la société avec leur nudité. Selon lui, c'était bien pour ça que les musulmans foutaient leurs femmes sous des tonnes de tissus débandants : pour conserver leur statut et repousser désespérément l'ascension sociale du vagin étouffeur de pénis.

 

   Dans un des platanes qui trouaient le trottoir au bas de chez lui, une cigale chantait, mue par la chaleur et une furieuse envie de se reproduire. Ses cymbales s'en donnaient à cœur joie. Comme chez les oiseaux et les rockers, le chant de la cigale mâle est un appel au coït. Ce sont deux petits clapets disposés devant le larynx qui, en battent très vite -plus de trois cent fois par secondes- produisent ce crissement entêtant et saccadé qui donne souvent envie de posséder un flingue.

 

   Une Tchèque brune, qui avait longtemps tergiversé avant d'accepter de montrer sa poitrine en échange de cinq cent couronnes tchèques, se faisait maintenant prendre en levrette sur un banc public pour deux mille couronnes supplémentaires. La tactique des mecs était simple et imparable : ils proposaient d'abord une belle somme (en l'occurrence près de cent cinquante euros) pour que la nana accepte de lever son tee-shirt, puis une fois qu'elle s'était laissée un peu tripoté les nichons, une somme encore plus démesurée (entre trois cent et huit cent euros) pour sucer l'un des deux, voire les deux mecs (l'un filmait et l'autre parlait). Ensuite, poussée par la situation et l'excitation, elle ne refusait pas un petit coup dans sa chatte. Comme quoi, avec un peu d'argent, n'importe quelle fille devenait une pute.

 

   La cigale redoubla ses efforts au moment même où la nana se faisait repeindre le visage façon « La nuit étoilée ».

 

   Nicolas Tourneur tenait son sexe durci en main, mais n'avait pas eu le temps d'éjaculer. Rasade de gin, autre vidéo, à peu près similaire, mais dans un fast-food. Après avoir joué les prudes et les grandes timides, une blonde pas spécialement belle se faisait prendre comme une chienne dans les chiottes du snack. Et encore mille cinq cent couronnes.

 

   La cigale fit une pause, Nicolas Tourneur éjacula dans un sopalin. Ces mecs sont quand même pétés de thunes, pensa Nicolas Tourneur. Mais quel plaisir de transformer ces filles en putains ! Le plus fun serait que ces billets fussent faux, raisonna-t-il encore.

 

   Son sexe, au gland décoré de quelques miettes de cellulose, à demi gonflé entre ses cuisses, il se grilla une cigarette, puis se resservit un troisième verre en savourant le silence qui retombait dans son appartement. Ça aurait été amusant de faire le tour de l'Europe avec des dizaines de milliers d'euros pour troncher toutes les petites putes qui s'ignorent ! Mais bon... ces femmes valaient-elles d'amasser tout ces billets ? C'était sûrement de faux-billets, ou alors l'un des deux gamins était issu d'une famille pour qui argent ne rimait pas avec travail.

 

   Voilà. Nicolas Tourneur venait d'entrer dans la routine de ses vacances. Une drôle de liberté. Il fit un effort de volonté pour évacuer vite fait le regard introspectif que sa conscience voulut faire peser sur son programme estival. La cigale se remit à l'œuvre. Le soleil et la luminosité auparavant pétaradante se décourageaient peu à peu. Une jeune fille hurla dans la rue :

 

   « MAIS T'ES MON MEC, PUTAIN ! »

 

   Et ça chouinait, geignait, se plaignait. On bave trois fois avec les gonzesses, se dit Nicolas Tourneur, une première fois pour avoir droit à la seconde entre leurs cuisses, et une dernière fois, on ne sait pourquoi, comme ça, parce que c'est dans la nature féminine de faire chier son monde après qu'on les a baisées. C'était la troisième fois qui gâchait tout. Trop cher payé. Le sexe de Nicolas Tourneur avait totalement désenflé et gisait, moiré d'une pellicule de sperme sec, à demi sorti de son caleçon trempé de sueur. En l'observant, il remarqua que ses bourrelets prenaient de l'ampleur.

 

   Il consulta ses mails. Depuis qu'il fréquentait quotidiennement les sites pornos, sa messagerie était envahie de pubs pour des rencontres, du Viagra contrefait ou des techniques plus ou moins farfelues pour se retrouver avec une verge de titan. Une quinzaine par jour, et ces trucs devaient être envoyés depuis des adresses changeantes parce que les placer en « spamm » n'y changeait rien, toujours les pubs revenaient, de plus en plus nombreuses, comme une armée de fourmis sur des restes de repas. Les plus drôles étaient celles qui vantaient un produit miracle pour faire grossir son sexe, parfois de trois centimètres par semaine ! Heureusement que c'est de la connerie ironisa Nicolas Tourneur, sinon l'occident serait rempli de mecs poussant leur queue dans un landau. Ces pubs lui rappelaient celles qu'on trouve dans nos vraies boîtes aux lettres, celles des professeurs marabouts qui assurent le retour de l'être aimé sans délai et sans condition, un désenvoûtement, la guérison des maladies les plus teigneuses, ou une réussite exceptionnelle au travail, enfin n'importe quoi, pourvu que ce soit absurde.

 

   Nicolas Tourneur commanda une pizza merguez champignons, puis, dans le laps de temps qui le séparait de l'arrivée du livreur, se masturba encore une fois devant la vidéo d'une rousse payée et baisée dans une casse de voitures. L'un des mecs avait une queue improbable qui fit d'abord peur à la petite rousse avant de l'enchanter carrément. Quand le livreur se pointa, l'air tiédi du crépuscule pénétrait par la fenêtre entrouverte et se mêlait aux effluves de sudation et d'éjaculations comme un bataillon de mouches virevolte dans des toilettes mal entretenues.

 

   Il mangea sa pizza sous l'œil méprisant d'une lune gigantesque. Le jour crevait aux bras de la ville apathique.

 

   Nicolas Tourneur finit sa soirée en compagnie de limaces de mers aux couleurs flashy comme les bikinis dans les vitrines. Ces limaces étaient à la mode cette année.

 

                                                                 *

 

   Au troisième jour de ses congés, Nicolas Tourneur commençait à se faire royalement chier. Les cartons de pizza s'entassaient dans sa cuisine, il avait passé un rouleau presque entier de sopalin, et trois cadavres de bouteilles de gin réclamaient, à chaque fois qu'il s'approchait d'elles, un enterrement digne de ce nom.

 

   Dès onze heure du matin, chaque jour, une fournaise d'ennui écrasait les rues, les immeubles, les dessous de bras et l'entrecuisse de ceux qui pourrissaient en ville. Pour se distraire, Nicolas Tourneur ouvrit uns à uns les mails stupides qu'il avait foutus dans sa corbeille. Il fut ravi d'apprendre qu'étant le miraculeux chanceux millionième visiteur d'un site de cul, il avait remporté un flacon de Gigax, une gelée rosâtre, vendue normalement quarante-cinq euros et quatre-vingt-dix neuf centimes, capable de faire gonfler votre pénis de trois centimètres en largeur et jusqu'à six en longueur ! La belle aubaine.

 

   C'est vrai que Nicolas Tourneur n'avait pas un très gros sexe. Légèrement inférieur à la moyenne nationale en tout cas. Mais il n'en avait pas trop souffert, vu qu'au final, la taille du sexe est surtout une affaire d'hommes entre hommes. Jamais aucune femme ne lui en avait fait le reproche, et il était même considéré comme un assez bon coup. Les dimensions d'une bite sont en revanche un facteur discriminant, ou au contraire valorisant, par exemple, dans un vestiaire pour hommes. D'où le fameux « complexe du vestiaire » qui encourage certains à se faire rallonger le sexe chirurgicalement, ce qui n'apporte pratiquement aucun bénéfice en érection, mais seulement à l'état flaccide. Mais comme Nicolas Tourneur détestait tous les sports, et particulièrement les sports collectifs, la relative petite taille de son membre ne le traumatisait pas.

 

   Il s'emmerdait tellement que remplir le bon de commande du flacon offert l'occupa d'une manière à peu près satisfaisante pendant dix bonnes minutes. Et puis, qui sait ! peut-être que cette gelée mélangée à de l'eau et versée dans la terre de son ficus le rendrait fort et virile ! Bref, c'était presque rigolo.

 

   Il vérifia tout de même les conditions, pour s'assurer qu'il n'y avait rien à payer, ni aucune arnaque sous-jacente. Encore dix minutes. Non, aucun engagement à racheter du produit, et hormis quelques cases à décocher pour éviter de se faire assommer d'encore plus de publicités crétines, rien ne semblait s'opposer à accepter le petit cadeau de la société ENOZAMA. Envoi sous plis discret assuré.

 

                                                                 *

 

   Le surlendemain déjà, le facteur sonna. Il avait un petit colis pour Monsieur Nicolas Tourneur, envoyé depuis la société ENOZAMA.

 

   Nicolas Tourneur ouvrit le paquet, et sortit le flacon de gelée rosâtre. L'emballage du Gigax représentait un petit bonhomme priapique tout étonné de tenir entre ses mains un sexe disproportionné. Après avoir pouffé un petit coup, il posa le produit idiot sur une étagère et alla se servir son premier gin de la journée. Il joua ensuite au poker sur internet, mais avec de l'argent virtuel. S'il devenait suffisamment bon, il passerait aux vraies mises, et pourquoi pas ? s'il engrangeait vraiment de la thune, peut-être qu'il s'offrirait son voyage en Europe pour baiser des ribambelles de petites salopes comme le faisaient ses deux héros tchèques.

 

   Au bout de quatre heures de jeu, sur les mille jetons alloués à l'inscription, il ne lui en restait plus que cent-soixante. Nicolas Tourneur n'était pas très bon au poker. Et puis ça ne l'amusait pas tant que ça. Sans s'en apercevoir, il avait un peu trop forcé sur le gin aujourd'hui, à chaque nouvelle donne il servait un petit verre, ainsi jusqu'à seize heure de l'après midi où il eut le premier vrai coup de barre alcoolique de ses vacances.

 

   Il rouvrit les yeux dans une espèce de brume de sauna, baignant dans son jus, les membres décomposés, sans aucune force. Il lui sembla que toute l'eau contenue dans son corps s'était évaporée durant son sommeil, ou pire, avait été sucée par une des salopes tchèques dont il venait de rêver. D'ailleurs c'était plutôt un cauchemar, et ça expliquait l'état très désagréable dans lequel il se trouvait maintenant. La pute l'avait chevauché sur le trottoir horriblement brûlant d'une rue praguoise, sous le regard des passants, puis, au moment où tous deux allaient jouir, avait abouché très fort sa ventouse contre son sexe, et contracta son périnée avec une force inhumaine pour aspirer tous ses boyaux et viscères, un peu à la manière d'une araignée avec un pauvre insecte pris dans sa toile. Il se réveilla pourtant avec une gaule incroyable.

 

   La chaleur suffocante pressait de ses mains de feu chaque petite parcelle de matière, chaque molécule d'air de l'appartement. Les feuilles des arbres, visibles depuis la fenêtre, pendaient mollement, tristement, résignées et immobiles au bout des branches qui paraissaient avoir dégouliné des troncs.

 

   Plusieurs cigales sciaient les strates de cet enfer de leur stridulation acharnée et oppressante. Leur chant d'amour n'était que des galets pointus entrechoqués les uns contre les autres, des galets jaunes comme des étincelles. Ce ramdam faisait planer la folie comme une menace sérieuse, comme une division de fantassins au pas de charge. Pourtant, Nicolas Tourneur tenait toujours une gaule de tous les diables.

 

   Il se passa le visage sous l'eau froide et s'en aspergea également le sexe. Il reprenait ses esprits. Mentalement, ça allait un peu mieux. Son sexe, par contre, indiquait avec la même obstination le midi d'un désir tonitruant.

 

   Nicolas Tourneur voulut faire diversion, tromper son esprit. La littérature l'avait toujours emmerdé, mais il n'ignorait pas son pouvoir sur la pensée. Il n'avait que peu de livres chez lui, en-dehors de ceux sur les insectes, bien entendu. Balzac. Bien ça, Balzac, tout le monde dit qu'il est très chiant. On lui avait offert « La peau de chagrin » quelques années auparavant, c'était le moment d'essayer.

 

   « Vers la fin du mois d'octobre dernier, un jeune homme entra dans le Palais-royal au moment où les maisons de jeu s'ouvraient conformément à la loi qui... »

 

   Il continua un peu sa lecture, d'abord content que l'action se passe dans une salle de jeu, pouvant s'y projeter facilement vu qu'il avait passé quatre heures au poker un peu plus tôt. Puis il se découragea, ne poussant même pas jusqu'à l'apparition, pourtant précoce, de la fameuse peau de chagrin dans le récit. Il fut même surpris de trouver Balzac moins chiant qu'il se l'était figuré, mais le problème ne venait pas de Balzac. Après une quarantaine de lignes, sa queue n'avait rien abandonné de son maintient. Impossible de se concentrer. Il reposa le livre en se promettant d'y retourner un jour plus propice.

 

   Bon. Cette putain de queue. Ces putains de cigales. Cette chienne de chaleur. Ces cons de platanes. Cette queue... Cette queue interdisait toute réflexion. Nicolas Tourneur exécuta un mouvement circulaire de la tête, comme pour chercher du secours dans l'espace, une idée pas encore calcinée par la température. Ses yeux s'arrêtèrent sur le flacon de Gigax. Il se leva, prit l'imbécile petit récipient entre ses doigts et considéra une fois de plus le dessin du bonhomme priapique. Pourquoi ne pas guérir le mal par le mal ? De toutes façons, ça ne pouvait pas être pire. Et puis, si l'insoutenable érection perdurait, il n'aurait qu'à se rendre aux putes, aux vraies -pour la première fois de sa vie- et se décharger un bon coup. En fait, c'était stupide d'espérer quoi que ce soit de cette matière rose qui n'était qu'une arnaque, mais sa queue réclamait de l'attention, alors, ok, il lui en donnait.

 

   Nicolas Tourneur dévissa le couvercle, fit ensuite sauter l'opercule qui protégeait la précieuse pommade des méfaits de l'air. En fait, ça ressemblait à un truc pour les cheveux. Beaucoup d'eau, quelques bulles minuscules, un aspect visqueux, et une odeur... une odeur... spéciale. Ça ne sentait pas la fraise comme il s'y attendait à cause de la couleur. Non, ça n'était pas définissable. Pas désagréable non plus. Un parfum vaguement musqué, peut-être aussi de bois et d'iode. Il devait y avoir du gingembre, et... d'autres choses. Il en préleva un peu du bout de l'index. Une sensation de fraîcheur enveloppa son doigt. Précautionneux, il patienta quelques instants pour être bien certain qu'il n'était pas allergique à ce mélange. Cinq minutes plus tard, il décréta que rien d'alarmant ne s'était produit. Et même, ce petit effet réfrigérant, comparable à celui d'un stick anti-transpirant, l'encouragea à s'en passer sur le sexe. Sexe qui n'avait, évidemment, rien perdu de son assurance.

 

   Donc, il s'en badigeonna le pénis, comme expliqué sur la notice. Il fallait être en érection. Pour ça, aucun problème ! Puis, de la base vers le gland. Bien se laver les mains ensuite, pour ne pas s'en foutre dans les yeux par mégarde. Bon. Avant de se sentir vraiment con à cause la situation, la même vague de fraîcheur le parcourut, mais bien plus intense, presque glacée, et toujours aussi agréable, voire apaisante. Étonnement, elle ne partit pas de son sexe pour diffuser de façon centrifuge autour du membre, mais plutôt du ventre, avant de s'étendre à tout le corps. La vague roula en lui jusqu'à ses extrémités, orteils, doigts, tête, puis une seconde suivit, comme un ressac, plus tiède, mais encore plus apaisante. Un surprenant bien-être s'empara de son corps. Une espèce de pellicule de ouate, douce et caressante le recouvrit entièrement, jusque dans ses pensées. C'était comme s'allonger dans l'herbe après la rosée. Par contre, il ne débandait pas du tout, mais cela n'était plus si gênant. Du miel lui coulait dans les veines. Son corps lui disait merci.

 

   Insensiblement, Nicolas Tourneur s'assoupissait. Le soir s'était glissé dans la ville à son réveil. Tout était mieux. Les arbres souriaient. Les étoiles, comme de timides gouttes de pluie, naissaient dans le ciel. À sa grande surprise, Nicolas Tourneur n'avait pas transpiré durant son sommeil. Il était sûr d'avoir rêvé, mais sans aucun souvenir du contenu de ses rêves. Son sexe reposait, à demi gonflé entre ses doigts, comme s'il l'avait caressé sans s'en apercevoir.

 

   Se pouvait-il ?... non, vraiment... étrange... irréel. Pas crédible. Pourtant... bien qu'à l'état de « demi-molle », ou plutôt, de « trois-quart dure », sa bite montrait des proportions peut-être bien inhabituelles... Difficile d'en jurer vu qu'il ne bandait pas tout à fait, mais... Oui, c'était à croire qu'elle avait légèrement gagné en épaisseur ! Nicolas Tourneur se servit un verre de gin en remettant à plus tard l'expertise de son membre. Un deuxième verre éclaircit tout à fait ses idées.

 

   Il regarda alors entre ses jambes, dubitatif. Encore une fois, dans cet état-là, difficile de se faire une opinion tranchée, mais quand même... on dirait bien...

 

   Bien, il ne lui restait plus qu'à prendre le taureau par les cornes. You Porn. Vidéo. Masturbation. Tendu et gonflé dans sa main, peut-être, oui, peut-être que le bazar était un peu plus épais. Mais l'affaire relevait tellement de la croyance, de l'auto-persuasion qu'il rejeta sa conclusion, préférant se laisser aller à son plaisir. Son membre le remercia.

 

   Nicolas Tourneur s'endormit dans une nuit douce comme les bras d'une femme, enfouissant sa tête dans la chevelure soyeuse des rêves.

 

                                                           *

 

   Le jour suivant, la température lui parut moins coercitive. Il déjeuna pour la première fois depuis des semaines. Des tartines, du café, et quelque chose gazouillait en lui. Un fait étrange se produisit. En passant devant le bureau de tabac où il se rendait pour se recharger en cigarettes, il ressentit tout à coup un fort dégoût pour la clope. Il entra tout de même, et, au moment de demander sa cartouche de Marlboro, se ravisa, sortit du commerce, et se trouva ainsi dans la rue sans ses cigarettes. Un immonde goût de caramel bien trop sucré lui avait envahit la bouche juste quand il allait s'adresser au vendeur.

 

   Stupéfié, Nicolas Tourneur s'inquiéta un court instant de ce qui lui arrivait. Mais il se sentait tellement bien ! Il changea son programme et décida de faire quelques pas dans les rues autour de chez lui. Dans une longue avenue droite, une voiture venue en sens inverse se gara à dix mètres devant lui. En sortit une très belle femme brune, du même âge que lui, c'est à dire la petite trentaine. Sans y faire attention, il ne la quitta pas des yeux. Quand il passa devant elle, il eut la délicieuse surprise de constater qu'elle lui souriait ! N'étant pas particulièrement beau garçon, il n'était pas habitué du phénomène. Voulant lui rendre la pareille, il se rendit compte qu'en fait, il lui souriait déjà. Ce mystère résolu laissa la place à un autre. Pourquoi lui avait-il souri ? Jamais il ne s'était amusé à ça avec une inconnue dans la rue. Il le regretta d'ailleurs aussitôt, vu l'efficacité de la chose. La fille maintenant derrière, il en tira une leçon aussi évidente que naïve et implacable : la vie est simple.

 

   « Bien joué » dit une petite voix en lui.

 

   Mais plus l'heure avançait, plus le soleil redevenait agressif. Ou alors, les effets protecteurs de la gelée se dissipaient -si jamais, comme il le pensait, cette crème bizarre abaissait effectivement sa température corporelle.

 

   Une fois dans son salon, il ne put s'empêcher de retenter l'expérience, et se badigeonna de nouveau le sexe de Gigax.

 

   La même magie s'empara de son être.

 

   « Merci » dit une voix en lui. « Branle-moi » dit-elle encore.

 

   Ce fut comme une avalanche. Son sang changé en glace. Ça partait de la voûte plantaire pour remonter jusque dans sa poitrine. Une demi seconde d'éternité, il resta interdit. Bêtement, Nicolas Tourneur regarda derrière lui tout en sachant très bien que cette petite voix ne venait pas d'un être humain glissé subrepticement dans son salon. Sous la plaque de neige effondrée en lui, son cœur se mit à battre bien trop fort.

 

   « Oui, bon, ça va. Arrête de jouer au con. C'est moi. »

 

   Électrochoc de confirmation. Le plus bizarre était que cette « voix » venait de partout à la fois, c'est à dire, c'était une voix intérieure, mais dont l'onde sonore se propageait à l'extérieur, exactement dans le genre de sa propre voix. Nicolas Tourneur prit une grande inspiration.

 

   « Mais... tu parles ?! 

 

   - Je peux aussi chanter. Bon, branle-moi, tu vois bien qu'on bande comme c'est pas permis. »

 

   Ses doigts tremblaient lorsqu'il les posa, tout doucement, avec hésitation, sur son sexe qui, d'un coup -et c'est bien normal- lui parut presque un corps étranger. Cette fois, Nicolas Tourneur n'eut plus aucun doute : sa bite était plus plus épaisse qu'auparavant. Elle ronronna comme un gros chat.

 

   « Je veux des putains tchèques. »

 

   Nicolas Tourneur lança une des vidéos.

 

   « Non, celle-ci est nulle, je veux une chienne qui se fait troncher en pleine rue, c'est bon ça. »

 

   Nicolas Tourneur obéit à sa bite. Ils éprouvèrent un orgasme très puissant, augmenté par la complicité naissante.

 

   Un gin s'imposait. Non, deux. Et puis un troisième pour faire bonne mesure.

 

   Ils regardèrent ensemble les informations. Protégés par la gelée Gigax, la canicule ne dérangeait plus du tout Nicolas Tourneur et sa bite.

 

   « Allons voir ta voisine, ordonna le sexe de Nicolas Tourneur.

 

   - Ma voisine ? Laquelle ?

 

   - T'es vraiment une truffe. La blonde qui a quarante ans, celle qui te tient toujours la jambe pour te parler. Ça fait deux ans qu'elle attend qu'on la saute.

 

   - Ah ! Séverine ! Elle est pas très jolie...

 

   - Elle est même moche, mais toi non plus t'es pas très joli, et puis faut qu'on s'entraîne.

 

   - Mais comment je fais ?

 

   - Quel manche... Tu sonnes, tu lui demandes du café parce que t'en as plus, elle va te proposer d'en boire un avec elle et puis... bon, je vais pas non plus te faire un tableau. »

 

   Nicolas Tourneur alla sonner chez Séverine. Tout se passa comme sa bite l'avait indiqué. Ils baisèrent Séverine à même la table de la cuisine. Quand il entra en elle, Nicolas Tourneur entendit de nouveau son sexe ronronner. C'était assez hypnotique.

 

   « Tu m'impressionnes, complimenta Nicolas Tourneur à l'intention de sa bite, une fois rentrés chez eux.

 

   -Tu t'en es bien tiré toi aussi. »

 

   Sur son fauteuil, comme un roi satisfait revenant d'une campagne victorieuse, Nicolas Tourneur se dit que, tout de même, depuis qu'il écoutait sa bite, la vie était vraiment plus simple. Il se reprocha de ne pas l'avoir fait plus tôt. Mais avant sa bite ne parlait pas ! En fait, si, elle parlait, seulement il ne l'écoutait pas. Il attrapa sa bouteille de gin, qui, d'ailleurs, menaçait d'être bientôt vide.

 

   « Bon, ben si tu m'écoutes désormais, je te le dis sans te ménager, va falloir sérieusement calmer la picole.

 

   - Quoi, se récria Nicolas Tourneur ?!

 

   - Oui oui, tu m'as bien entendu. Tu crois que c'est des fables les méfaits de l'alcool ? Tu vas devenir obèse, fatigué, mou, dans quelques mois on ne bandera plus qu'en piquant du blase, sans compter que tu vas devenir aussi con qu'une truelle. »

 

   Nicolas Tourneur, penaud, ne répondit rien, sachant très bien que sa bite avait raison. Et puis ça le soulageait d'avoir quelqu'un à écouter, quelqu'un en qui il pouvait avoir confiance, vu que ce n'était qu'une dépendance de lui-même. Tout était plus simple.

 

                                                             *

 

   Nicolas Tourneur était heureux, peut-être pour la première fois de son existence. La relation qu'il entretenait avec sa bite lui rappelait ses amis de vacances qu'on se fait étant petit, le côté durable et fusionnel en plus. Trois jours qu'il n'avait plus fumé et ça ne lui manquait pas. Le sevrage alcoolique exigeait un peu plus de temps, tout en prenant également la bonne voie. Le Gigax semblait le préserver de tout manque physique, mais pas psychologique ; en fait ce n'était que l'habitude qu'il restait à éradiquer : le petit verre crépusculaire devant la télé. Mais il faisait des efforts, et sa bite était contente, le flattait, l'encourageait. À Deux, tout était plus simple.

 

   Sans savoir si l'envie venait combler un vide laissé par la diminution drastique de sa consommation d'alcool, ou si elle provenait d'une autre cause, Nicolas Tourneur éprouva un irrépressible besoin d'activité physique. Il alla courir tous les matins, puis s'adonna à quelques pompes et exercices abdominaux. La testostérone ainsi secrétée renforçait son sentiment de confiance en lui. Cette soudaine assurance se traduisit par un fait d'arme, des semaines plus tôt inimaginable pour Nicolas Tourneur : après quelques compliments de sa boulangère sur la transformation radicale qui s'opérait en lui, et que chacun pouvait observer, il lui effleura la main, la remerciant d'un regard très appuyé au fond de l'âme. Deux minutes plus tard, il la prenait debout, jupe relevée, face au four à pain de l'arrière-boutique.

 

   « On s'emmerde un peu ici quand même, confia Nicolas Tourneur à sa bite.

 

   - C'est vrai, les femmes de ton quartier sont vieilles et laides. Dommage que tu n'aimes pas danser en boîte.

 

   - Je déteste ça. »

 

   Sa bite n'ajouta pas un mot.

 

   Le fait est que Nicolas Tourneur faisait les cent pas dans sa tête. Son corps, irrigué par une énergie nouvelle, ne tenait plus en place : il fallait augmenter quotidiennement le nombre de pompes et la durée des joggings. Et plus il produisait des efforts, plus il avait d'énergie, plus la station assise le faisait bouillir. Ses nuits également devenaient plus agitées. Il rêvait beaucoup. De sexe, évidemment, mais aussi de voyages, de découvertes, de contrées lointaines ! Sa nouvelle personnalité exigeait une nouvelle vie. Mais tout ne grossissait pas en proportion : son compte en banque demeurait celui d'un petit bonhomme sans ambition et sans horizon.

 

   Un soir qu'il se passait la gelée miraculeuse, il constata avec effroi qu'il ne lui en restait plus que pour trois ou quatre jours. Alors qu'il passait commande d'une nouvelle dose de Gigax, la bite de Nicolas Tourneur, qui dépassait allègrement les vingt centimètres, prit la parole :

 

   « Il y a mieux à faire.

 

  - Comment ça ?

 

   - Regarde la page ''enquête de satisfaction''. »

 

   « La société ENOZAMA propose à chaque client, à partir de son second achat de gelée Gigax, de participer à un programme d'une semaine paradisiaque en compagnie d'hôtesses sélectionnées par ENOZAMA. L'objectif de ce programme sera d'améliorer et d'optimiser les performances liées à la prise du traitement. Les bénéficiaires s'engagent à accepter que leur témoignage soit utilisé (visage flouté) lors d'une future campagne publicitaire pour le Gigax. Tous les frais, déplacement, hébergement et frais de bouches seront pris en charge par la société ENOZAMA. Une fois par mois, un tirage au sort sera effectué en présence d'un huissier assermenté pour déterminer quels en seront les heureux bénéficiaires. »

 

   La date du prochain tirage au sort renvoyait au surlendemain. Nicolas Tourneur resta un moment perplexe.

 

   « Et alors, s'impatienta la bite de Nicolas Tourneur, tu attends quoi ?

 

   - Je sais pas, je comprends pas bien.

 

   - ''Améliorer et optimiser les performances'', on va niquer, manger et dormir à l'œil pendant une semaine, c'est exactement ce qu'il nous faut. Par contre, on doit tenir une forme olympique : tu vas passer à une heure de jogging et cent-cinquante pompes par jour, on doit se charger de testostérone, je nous veux comme une couille de taureau après le carême !

 

   - Encore faut-il qu'on gagne, tempéra Nicolas Tourneur... »

 

   Durant les trois jours qui suivirent, la bite de Nicolas Tourneur s'occupa de son entraînement comme un véritable sergent instructeur. Il était hors de question de se nourrir de pizzas ou de kebaps, chaque calorie était pesée et mise en rapport avec la dépense d'énergie nécessaire aux exercices physiques. La bite de Nicolas Tourneur avait des talents cachés de nutritionniste. Elle ne lui passait rien. Une après-midi qu'ils se promenaient tous deux en centre-ville, Nicolas Tourneur s'arrêta devant une boulangerie, lorgnant avec appétit du côté des quiches lorraines.

 

   « HORS DE QUESTION, vociféra sa bite ! »

 

   Désormais, elle lui interdisait également la masturbation. Il fallait conserver toutes ses forces pour la semaine paradisiaque. Elle lui autorisa cependant de tirer un coup avec Séverine, mais sans éjaculer. Mais sa bite ne faisait pas que le houspiller, pendant le jogging, par exemple, lorsqu'elle sentait que Nicolas Tourneur arrivait à bout de forces, elle le stimulait :

 

   « Allez mon petit taureau, courage, ne faiblis pas, pense à toutes ces belles chattes que tu vas exploser dans quelques jours ! Tiens bon ! Allez, plus que dix minutes! T'es un chef, un maître-queue ! »

 

   Toutes les nuits, Nicolas Tourneur rêvait de sa semaine paradisiaque. Privé d'orgasme, il vivait une tension constante , aussi bien mentale que physique.

 

                                                             *

 

« La société ENOZAMA est heureuse de vous informer que vous avez été tiré au sort pour participer à notre programme qui se tiendra du XX/XX au XX/XX. Un car vous attendra à la gare routière pour vous acheminer en direction du centre ENOZAMA le plus proche de chez vous. Départ prévu à zéro heure et dix minutes, le XX/XX. »

 

C'était pour dans deux jours. Nicolas Tourneur hurla de joie.

 

                                                               *

 

   À la date prévue, pour l'heure dite, Nicolas Tourneur arriva à la gare routière, un sac de sport à l'épaule. Son sac contenait sept caleçons et deux boîtes de dix préservatifs. Le conducteur, un gros type jovial d'une cinquantaine d'années, reportait sur une feuille le nom des passagers lorsque ceux-ci montaient dans le car.

 

   Le conducteur démarra. Ils n'étaient que sept participants dans le véhicule affrété par ENOZAMA. Chacun s'était assis le plus loin possible des autres comme pour éviter toute conversation embarrassante du type « votre bite vous parle à vous aussi ? ». Nicolas Tourneur aurait bien aimé savoir, mais il fit comme tout le monde, et alla se mettre dans un fauteuil bien à l'écart des autres mecs. Tous avaient la trentaine. Beaucoup de questions se bousculaient dans la tête de Nicolas Tourneur, certainement les mêmes questions que celles qui gravitaient dans l'esprit de tous les passagers. Mais personne n'osait prendre la parole. Et puis il y avait des chances que le conducteur ne fût au courant de rien, hormis la destination.

 

   « On en a pour cinq heures, à peu près, déclara la bite de Nicolas Tourneur, il vaut mieux se reposer. »

 

                                                                    *

 

   C'était dingue. Trois jours que Nicolas Tourneur était au centre ENOZAMA, et il ne voulait déjà plus en partir. Cela se présentait comme une clinique privée dans les Alpes, au milieu de vallées luxuriantes, de champs de fleurs et de rivières. À leur arrivée, chaque heureux bénéficiaire fut pris en charge par deux magnifiques hôtesses. Après avoir conduit Nicolas Tourneur dans son propre baraquement, ressemblant aux petits bungalows qu'on trouve au bord des plages, elles l'emmenèrent faire une prise de sang et un test d'effort. Deux petites heures plus tard, les réjouissances commencèrent, et sans préservatif ! C'était sûrement pour cette raison qu'il fallait faire une prise de sang. Tout était très bien organisé, il n'y avait qu'à se laisser guider. Les hôtesses, une brune et une blonde, étaient aux petits soins (tous les soins), toujours gentilles, et toujours disponibles. Le centre, bâti comme une petite ville, comportait plusieurs quartiers, apparemment trois, dont l'accès était réservé en fonction du grade obtenu par les heureux bénéficiaires. Comble du bonheur, tout était fait pour que jamais un participant mâle n'en croise un autre. Pour un misanthrope comme Nicolas Tourneur, c'était la cerise sur le gâteau. Une vraie semaine paradisiaque.

 

   « Quand est-ce que j'aurai droit au grade 2, demanda Nicolas Tourneur à son hôtesse blonde ?

 

   - Demain, mon bel étalon.

 

   - Et ça change quoi ?

 

   - Vous aurez six hôtesses pour vous, trois par jour sur deux jours.

 

   - Et le dernier jour pour le dernier grade, c'est ça ?

 

   - Exactement.

 

   - L'apothéose, jubila Nicolas Tourneur !

 

   - Exactement, l'apothéose » confirma l'hôtesse blonde en prenant en bouche le sexe de Nicolas Tourneur, sexe qui se mit à ronronner comme un gros chat. 

 

   Il la baisa ensuite pendant plus de deux heures ! L'arrêt de l'alcool et du tabac, associé aux exercices physiques, en avait fait un vrai hardeur. Il songea d'ailleurs à se reconvertir une fois de retour chez lui.

 

   Une seule pratique sexuelle manquait à Nicolas Tourneur : aucune des deux filles qui s'occupaient de lui n'acceptait la sodomie. Il pria le soir-même pour que parmi les six femmes que lui autorisait son futur grade 2, une au moins lui offrît de batifoler dans son petit cul.

 

                                                          *

 

   Nicolas Tourneur était bien au paradis. Dieu n'habitait pas loin. Le Seigneur avait entendu sa prière. La deuxième des nouvelles hôtesses, celle de l'après-midi, une incroyable rousse longiligne gaulée comme une reine de beauté, n'eut qu'une objection lorsque Nicolas Tourneur glissa un doigt dans son petit trou :

 

   « Vas-y si tu veux, mais promets-moi de ne pas le dire aux autres, je suis nouvelle ici, mais je sais qu'on a pas le droit.

 

   - Pas le droit ? Comment ça, je croyais qu'on était au paradis du cul !

 

   - Si personne le sait, c'est pas grave. Vas-y mon beau, enfonce-la moi bien profondément. »

 

   Nicolas Tourneur ne s'attendait pas à ça. Lorsque il posta son gland contre la dernière intimité de sa belle rousse, son sexe fit « flop » : il désenfla d'un coup, comme s'il refusait d'entrer par cet orifice-là !

 

   Nicolas Tourneur s'empourpra, très gêné par cette panne soudaine. La superbe rousse le suça, le branla, et, quasi instantanément, il retrouva son érection coutumière. Ils réessayèrent, et, de nouveau, le sexe de Nicolas Tourneur fit « flop ». Ils se contentèrent alors d'une banale levrette. Cette fois-ci le bazar fonctionna correctement. Une fois qu'ils eurent fini, Nicolas Tourneur voulut en savoir plus sur cette mystérieuse interdiction. Mais la rousse splendide resta très évasive sur le sujet, arguant qu'étant nouvelle ici, elle n'avait aucune information particulière.

 

   Après le départ de la rousse, et avant l'arrivée de la troisième hôtesse, Nicolas Tourneur engueula copieusement sa bite :

 

   « Oh ! C'est quoi ce plan que tu m'as fait ?!

 

   - J'avais pas envie, c'est tout, lâcha impétueusement le sexe de Nicolas Tourneur.

 

   - Comment ça ''pas envie'' ? Elle est bien bonne celle-là ! T'es que ma bite ! C'est encore à moi de décider comment je veux baiser !

 

   - On va pas se prendre le chou maintenant, il reste que deux jours, profitons-en au mieux, louvoya sa bite.

 

   - Non mais, on est deux dans cette histoire, quand même ! Je suis pas à tes ordres !

 

   - Ben si, un peu. Ça fait des semaines que tu m'obéis, et tu n'as jamais été aussi heureux. Tu veux que tout redevienne comme avant ? »

 

   Nicolas Tourneur ne trouva rien à répondre. Sa bite avait raison, une fois de plus. Et puis, c'était la première fois qu'il s'en rendait compte, mais... avec ses nouvelles proportions, son sexe lui faisait un peu peur... Il se sentait inférieur à lui, et surtout... moins intelligent. Ce complexe d'infériorité engendra une difficulté originale : Nicolas Tourneur n'osait plus se laisser aller à des pensées entrant en contradiction avec les idées de sa bite, vu que celle-ci lisait dans son esprit. Un sentiment de tristesse l'envahit. Il s'allongea sur le lit, et contempla son plafond, à la recherche d'une idée indécelable, une idée de contrebande que sa bite ne remarquerait pas. Comme un plan à peine esquissé. Évidemment, ça ne marchait pas. La tristesse se changea en découragement. Nicolas Tourneur eut l'impression que sa bite rigolait du fin fond des abîmes de son âme.

 

   La troisième hôtesse frappa à la porte alors que le crépuscule prenait possession de la vallée.

 

   « Entrez » fit Nicolas Tourneur, d'un ton résigné, sans joie.

 

   Une brune diabolique apparut. Sa chevelure immense grouillait dans le vent du soir en cinglant une peau diamantine qui recouvrait ses formes d'Archange du sexe et de la Mort. Ses lèvres, pleines et impudiques, rouge sang, semblèrent à Nicolas Tourneur l'incarnation même de la violence. Elle était seulement vêtue d'un petit short en jean, horriblement court, et d'une chemise à l'étoffe si légère qu'on ne voyait que ses mamelons, pointant comme des canons depuis le dôme lourd et charnu de sa poitrine. La brune diabolique referma la porte, et la pénombre coula de nouveau dans la chambre de Nicolas Tourneur.

 

   « Bonsoir bel homme », susurra la brune diabolique entre ses lèvres immondes. 

 

   Nicolas Tourneur s'assit sur le rebord du lit avec mauvaise grâce, ou plutôt, avec la mollesse provocante qu'oppose un adolescent à celui qui vient lui faire la morale, ou le forcer à accomplir une tâche désagréable. Mais il bandait, comme de bien entendu.

 

   « Bonsoir. »

 

   La brune diabolique fut décontenancée par l'accueil glacial.

 

   « Vous semblez tout morose, bel étalon... D'habitude je fais plus d'effet que ça ! Mais vous êtes dans le noir... Ça ne va pas ? Vous êtes malade ? »

 

   Pour la première fois, Nicolas Tourneur parvint à réfléchir très vite, sans réellement formaliser sa pensée en mots, à l'instinct en somme. Cette fille était trop belle, bien plus que toutes les petites putes tchèques. C'était un crime de passer à côté.

 

   « Non, non. Pardon, je faisais la sieste. 

 

   (- MENTEUR, s'indigna la bite de Nicolas Tourneur !)

 

   - Vous êtes sûr ? On ne plaisante pas avec ça. Si vous êtes malade, il faut vous soigner et vous reposer. »

 

   Elle porta sa main au front de Nicolas Tourneur.

 

   « Tu vois, fit Nicolas Tourneur, je vais très bien. »

 

   Et il se leva en laissant ses doigts serpenter en remontant le long des cuisses de la brune diabolique. Au fur et à mesure que la pulpe de ses doigts arrivait près de la naissance des fesses odieusement galbées de la fille, sa caresse se changea en griffure, d'abord légère, puis de plus en plus profonde. Il empoigna les deux pommes de son cul à pleines mains tout en glissant derrière elle. Sa bite ronronnait, tendue comme rarement entre les deux globes parfaits de la brune diabolique.

 

   « Mmmmmmm, apprécia celle-ci. En effet, vous ne paraissez pas du tout malade ! »

 

   La main de Nicolas Tourneur fit le tour des hanches de la brune diabolique et alla se plaquer entre ses jambes, paume contre son mont de vénus. Il pressa doucement le petit renflement tiède et déjà humide à sa base. La fille écarta sensiblement les cuisses. De son autre main, il lui saisit sa chevelure de Méduse et tira sa tête à lui pour l'embrasser fiévreusement. L'entrecuisse de la brune diabolique ruisselait tandis qu'il malaxait ses lèvres entre ses phalanges.

 

   « Vous savez y faire, murmura la brune diabolique en fondant littéralement entre les mains de Nicolas Tourneur. »

 

   Celui-ci relâcha son étreinte et reparut devant la fille, ses yeux fichés dans les siens. Il lui imposa le regard le plus brûlant et le plus intimidant qu'il pût. Sa poitrine tutoyait celle de la brune diabolique. Seule une mince pellicule de chaleur séparait leurs deux corps. La bouche de Nicolas Tourneur fondit sur la nuque de la fille. Il planta l'extrémité durcie de sa langue à la base de son cou, là où la chair est la plus fine et délicate. La fille gémit et frissonna en s'abandonnant totalement à l'emprise de Nicolas Tourneur.

 

   « Mais vous êtes un vampire, monsieur ! » souffla la fille, mutine et emportée par le désir.

 

   La langue de Nicolas Tourneur creusa un sillon jusqu'à l'oreille de la brune qui tremblait maintenant de tous ses membres.

 

   « Je vais te baiser comme une véritable petite putain, menaça, sulfureux, Nicolas Tourneur, sur un ton aussi doux que péremptoire. »

 

   Et, de fait, il lui attrapa de nouveau les cheveux, la poussa contre le mur face à lui, écarta ses jambes d'un petit coup de pied, abaissa le petit short en-dessous des fesses de la fille, sortit son sexe terriblement gonflé, et l'enfonça d'un coup, sans autre préliminaire, dans le gouffre moite et offert de la brune. Il la baisa ainsi, comme une pute, du plus brutalement qu'il pût, pendant plus d'une heure, jusqu'à ce que la brune demande grâce. D'elle-même, la fille se mit à genoux pour le finir à la bouche et recevoir sa semence en plein visage.

 

   Elle le complimenta comme jamais une autre fille. Elle n'avait pas souvenir de s'être fait baiser de la sorte. Nicolas Tourneur était le meilleur coup de sa jeune vie ! Mais la violence de l'acte, la puissance de la volupté qui l'avait saisie la tourneboulait un peu. Elle voulut rester avec Nicolas Tourneur un moment, allongée à ses côté sur le lit. Comme souvent les femmes après le coït, elle se mit à parler, à questionner Nicolas Tourneur sur lui-même, sur sa vie, sur ses goûts, son métier, etc etc.

 

   Nicolas Tourneur redevint des plus moroses. Il ne répondait que du bout des lèvres aux questions fastidieuses de la fille. Elle se colla contre lui en caressant sa poitrine du bout des doigts.

 

   « Tu es de nouveau fatigué mon beau vampire ? Ou tu décompresses après avoir joui ?

 

   - Rien de tout ça. Je crois que je suis amoureux.

 

   - Amoureux ? Mais de qui ? Pas de moi, quand même ! On se connaît depuis moins de deux heures !

 

   - Non, désolé. De la fille rousse que j'ai vue à midi.

 

   (- MISÉRABLE MENTEUR, gronda encore la bite de Nicolas Tourneur !) »

 

   La brune, un rien désarçonnée, probablement vexée, finit par reconnaître qu'elle vivait dans le même appartement que la rousse en question. Nicolas Tourneur fit promettre à la brune de transmettre un message papier à l'élue de son cœur en échange d'une autre baise avec lui. Il écrivit le petit mot et le donna à la fille.

 

   « Au fait, demanda Nicolas Tourneur à la fille qui allait partir, pourquoi est-ce que je ne connais aucun de vos prénoms ?

 

   - Justement pour qu'aucun lien affectif ne se créé, répondit-elle, glaciale.

 

   - Et tu ne veux pas me dire le tien ? Promis, je le garderai pour moi. Je veux savoir le nom de celle avec qui c'était si bon de faire l'amour.

 

   (- FAIRE L'AMOUR ?! MAIS TU ES INFECT ! JE CROIS QUE JE VAIS GERBER, s'offusqua la bite de Nicolas Tourneur !)

 

   - Ici on m'appelle Harmotho... non, je vais te dire mon vrai prénom : Cynthia.

 

   - À demain, ma belle et dangereuse Cynthia...

 

   - À demain mon terrible vampire... »

 

   Elle lui lança un baiser à travers la pièce et disparut dans la nuit, le petit mot dans la poche de son short.

 

   - Qu'est-ce que tu mijotes, enfoiré, accusa la bite de Nicolas Tourneur !

 

   - Je ''mijote'' rien du tout. Je suis amoureux.

 

   - ''Amoureux'' ? Et moi je suis Cléopâtre !

 

   - Bon, écoute, tu as beau être très intelligent, tu n'es qu'une bite, et j'ai la prétention de croire qu'une bite ne comprend pas grand-chose à l'amour !

 

   - Je lis dans ton âme, idiot ! Et je vois bien que tu n'es pas amoureux ! »

 

   Nicolas Tourneur ne répondit pas, et se concentra pour ne penser à rien. Sa bite, elle, fit des efforts perceptibles pour se calmer.

 

   - Excuse-moi. Je suis ta bite. J'aurais pas dû m'énerver. Mais j'aime pas quand je te comprends pas. Dis-moi ce qui se passe, je peux t'aider. Je t'ai dit, je vois bien dans ton âme que...

 

   - Parce que l'âme existe maintenant ? Première nouvelle ! J'adore notre complicité, mais c'est quand même pas ma bite qui va décider à la place de mon cœur ! »

 

   Cette fois-ci, ce fut à la bite de Nicolas Tourneur de garder le silence, visiblement blessée dans son amour-propre. Ils n'échangèrent plus un mot jusqu'à ce que trois petits coups timides se fissent entendre à la porte. C'était la rousse. Nicolas Tourneur la fit entrer. Son visage fin et gracile semblait marqué par la peur : elle était très pâle.

 

   « Je risque gros en venant te voir...

 

   - J'ai crû comprendre. Elles sont bizarres les règles ici. Pas de sodomie, pas le droit de savoir les prénoms des hôtesses, on ne croise jamais les autres mecs, sans compter cette histoire de grades... »

 

   La jolie rousse lui jeta un regard étrange. Triste et compatissant. Un regard qui voulait dire : « Et encore, tu ne sais pas tout. »

 

   Nicolas Tourneur, encouragé par cet aveu muet, reprit :

 

   « Ça va te paraître absurde mais... voilà, quand tu es partie tout à l'heure... j'ai ressenti un vide... »

 

   Il s'interrompit et la dévisagea. L'expression de la rousse se fit plus tendre encore. D'une voix étouffée, qui peinait à sortir de sa gorge, elle avoua :

 

   « En fait, moi aussi je t'aime bien. Et... oui, je trouve ça absurde. »

 

   Elle ouvrit encore la bouche, comme pour ajouter quelque chose, puis se ravisa, et se tut.

 

   « Cet endroit est malsain, continua Nicolas Tourneur. Mais j'ai envie de comprendre. Il se passe quoi au grade 3 ?

 

   - J'en sais rien. Ça fait que trois semaines que je suis là, et avec toi, c'est la première fois que je fais ''hôtesse'', mais la brune avec qui je partage la chambre est plus ancienne, elle. Elle doit savoir.

 

   - Cynthia ? Alors je devrais arriver à la faire parler, assura Nicolas Tourneur, pensif, comme à lui-même.

 

   - Cynthia ? C'est son vrai nom ? Je la connais sous le pseudonyme d'Harmotoé. Comment tu as fait pour qu'elle te le dise ? C'est formellement interdit ! »

 

   Nicolas Tourneur fut bien embarrassé. Il opta pour une tactique risquée.

 

   « Je vais pas te mentir... Voilà... J'ai baisé Cynthia du mieux que j'ai pu pour qu'elle ait envie de recommencer et qu'en échange de ma promesse de la baiser encore, elle veuille bien te transmettre le message que tu as lu. J'ai une vraie attirance pour toi, et je ne voyais pas comment faire pour te revoir. Du coup, on a parlé après, elle et moi, et elle m'a avoué son prénom. D'ailleurs... je voudrais que tu me dises le tien...

 

   - Jeanne.

 

   - Comme la papesse Jeanne ! C'est mignon, Jeanne.

 

   - ''La papesse'' ? Je connais pas. Bon, on fait quoi maintenant ?

 

   - Va dire à Cynthia-Harmotoé que je veux la voir tout de suite.

 

   - C'est dangereux pour nous à cette heure-ci de venir près de ton baraquement ! Et puis... C'est idiot, mais... promets-moi une chose : si tu dois encore coucher avec elle pour qu'elle te dise ce qu'elle sait... je ne veux pas que tu la baises aussi bien ! Je ne veux pas qu'elle jouisse entre tes bras. J'aimerais que ce soit moi -et que moi- que tu baises comme ça.

 

   - Tu parles comme si on allait s'en sortir, Jeanne. »

 

   Elle lui opposa un regard à fendre le cœur des pierres.

 

   « Bon, je promets. »

 

   Jeanne alla transmettre le nouveau message.

 

   « Dis, je vais vraiment croire que tu es amoureux, railla la bite de Nicolas Tourneur.

 

   - Moi aussi, figures-toi. »

 

   Cynthia entra comme un ouragan dans l'appartement de Nicolas Tourneur.

 

   « Putain ! J'ai failli me faire repérer en venant ! Tu as intérêt à me baiser comme la dernière des putes, mon beau vampire !

 

   - Promis, dis-moi d'abord ce qui se passe au grade 3. »

 

   Cynthia devint plus blanche qu'une lune d'hiver.

 

   « Je... Je ne peux pas, bredouilla-t-elle.

 

   - Si, tu peux. Sinon je ne te baiserai pas. Écoute, je me doute bien qu'on est tués, ou quelque chose dans ce goût-là, et je me doute aussi qu'on ne peut pas s'enfuir. J'ai besoin de savoir, et je te jure que je te baiserai après, peut-être encore mieux que tout à l'heure.

 

   (Nicolas Tourneur entendit le silence sidéré de sa bite.)

 

   Cynthia le scruta un long moment, puis, face à son assurance et sa détermination, finit par lâcher le morceau :

 

   - Au grade 3, commença-t-elle... Bon, déjà vous ne mourez pas. Enfin, pas vraiment. Elle fit une pause, observa la réaction de Nicolas Tourneur, qui restait impassible. Au grade 3, donc... Vous choisissez une amazone, enfin une femme, quoi et... je sais pas comment te dire ça... Tu connais la baudroie des abysses ?

 

   - Ah, putain, acquiesça Nicolas Tourneur, j'imaginais des trucs, mais ça... Oui, je connais la baudroie des abysses. Mets-toi à quatre pattes et abaisse ton short. »

 

   Il était impossible de tenir deux promesses contradictoires. Nicolas Tourneur trancha le nœud gordien en se disant que, quitte à finir comme il le savait désormais, autant se faire bien plaisir une dernière fois, même si ça l'ennuyait réellement de ''tromper'' Jeanne.

 

   Il baisa Cynthia comme un condamné à mort.

 

                                                          *

 

   Après la cérémonie, Jeanne, cachant ses pleurs, sortit dans le soir timide. Le bleu du jour s'effilochait doucement sur l'herbe verte, et une brise légère faisait danser mollement les tiges des fleurs. Elle marcha un moment, chamboulée, hagarde, jusqu'à une petite rivière. Là, elle s'assit, le bout de ses petits pieds menus dans l'eau glacée. La lune irradiait, triomphante, dans le ciel maintenant de carbone.

 

   « Je t'aime, Jeanne » fit une petite voix entre ses jambes.

 

   Jeanne ne répondit rien, et pleura très fort, n'ayant plus à contenir son chagrin. Des lucioles zigzaguaient dans l'air, éclaira

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 19:49

 

 

  Cette nuit, Dieu m'a dit
fais reconduire ton RSA
n'arrête pas totalement de boire
continue de baiser par-ci par-là
rêve encore de pluie de chignoles musicales
entends le crissement des squelettes dans ta tête
dérive en maniant ta barque tout près de la folie
mange des fruits (c'est bon...)
imagine des poèmes pour les poissons surgelés
nourris aussi ton chat
prélève ta dîme dans le trésor du monde
roule-toi dans la fange et laisse-toi caresser par les mouches
va au bord des fleuves et questionne-les
appelle ta grand-mère, elle s'inquiète
écris tes putains de livres
danse au creux des rues en souriant aux clodos
garde ta montre bloquée à 17 ans
n'oublie pas que tu as une âme

  mais ne me demande jamais quoi que ce soit.

  Dieu n'existe peut-être pas, mais il est cool.

 

 

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 16:11

 

 

  Je suis bien aujourd'hui que je n'crois plus en rien.
Ce matin, le soleil, si bas, chétif et pâle,
faiblard et affalé dans un ciel diamantin
semblait une âme idiote alanguie et banale.

  Tout l'horizon, débile, aboyait, petit chien,
sur l'atonie de l'homme et sa faiblesse étale.
Oh ! J'étais aussi nul et fade : un vrai humain ;
mais les dieux ne s'adonnaient plus à leur cabale !

  Me voici libre, enfin ! ayant crevé les yeux
d'un vilain tas de chairs aux injonctions de gloire
et tissé sur mon coeur tout un linceul merdeux.

  Qu'il est beau ce cadavre : amis, bonheur, fierté !
Tranquillement, je valse en gardant en mémoire
comme une plaie ouverte au goût de liberté.

 

 


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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 17:05

 

 


  Des équivalences. Pas des miroirs, pas d'autres âmes aux os couverts de saleté, non, une équivalence, pour  se projeter et se métamorphoser. Le monde avait déployé tant de clones aux mêmes langages qui communiquaient jour et nuit en s'échangeant des formules toutes faites et impersonnelles que l'individualité me paraissait engloutie dans un gigantesque programme de relativisation, de réduction totale de l'être, d'anéantissement méthodique de la magie. La plupart des mots s'étaient vidés comme de petits insectes aux boyaux liquéfiés et aspirés par une araignée géante.

  Au-delà du langage, même mon sexe n'était plus qu'un instrument de mort, une sorte de levier pour se propulser dans le néant d'une humanité dissoute, un océan visqueux de chattes rasées, de tétons durcis, brillants comme des clous sur la route d'une Inde bien trop connue.

  Je veux partager avec vous cette idée monumentale d'une équivalence. Les fleuves avaient été décrétés impassibles par un voyant. Mais une autre tragédie restait possible, une autre fin, une existence chargée du foutre de la vie, aussi ténébreuse que le souhaite l'enfance dans ses rêveries déployées, quand le nocturne, tapi au coin de la pensée fait naître des ombres qui échappent à toute mathématique horrible, à toute géométrie désesperante, et surtout qui s'affranchit du cycle et de la norme, qui ne répond qu'à ses propres lois, une vie telle que nous l'espérions lorsque les griffes obscènes de la réalité imposée n'avait pas lacéré notre absolue soif d'autre chose ; lorsque nous construisions nos chefs-d'oeuvre de guingois, de traviole, nos édifices mentaux maladroits, imparfaits et uniques !

  Quelque part, en Afrique, arrachée à la terre, coule une eau incroyable accouchée d'une erreur, c'est un enfant mystique : un fleuve monstrueux, anormal, sans logique et dont le delta broie toute règle établie. Il rejette en un souffle au nord du Botswana ses immenses salins, étoilant d'un dédale hirsute, gris et bleu le désert morne et plat. Souvent, Okawango, je m'imagine errant, heureux et enivré parmi tes aléas...

  C'est un accident géologique, un tremblement de terre qui en est à l'origine, qui a livré à ce fleuve sa singularité et l'a fait dévier de son cours originel pour aller le perdre dans le Kalahari. Les dieux regardèrent cet évènement les bras ballants, d'abord incrédules, puis effrayés que les forces qu'ils créèrent eux-mêmes pussent engendrer de telles aberrations. Et l'océan Indien n'entendit plus jamais parler d'Okawango, le fleuve qui ne trouve pas la mer. Je me plais à penser qu'un petit Daimôn t'a insufflé cette idée, flot étrange, et que tu n'as pas souffert de cette malédiction, mais qu'au contraire, tu l'as choisie. Souvent, Okawango, je m'imagine errant, heureux et enivré parmi tes aléas...

  Mais le Kalahari n'a jamais vu mon corps, les mille bras du fleuve abreuvent d'autres vies. Dans les déserts brûlés d'une Afrique interdite, l'aigle pêcheur, l'ibis, l'éléphant, le lechwe, la hyène et le varan, le topi et l'hippotrague, le gnou, le grand koudou, trompette, barrit, crie, hurle en ce labyrinthe improbable et unique où des tribus Bushmen, suivant l'éclair, la pluie, chantent dans leur Kwengo un poème en clics-clocs.

  Par l'erreur, l'accident, le singulier, ce qui échappe au commun, un monde est créé, bizarre et magnifique.

  Jamais tu ne trouveras l'océan, bel Okawango, fleuve maudit et majestueux, et je me reconnais en toi : tu es assez dissemblable pour que je t'admire. Tu fonces, tête baissée dans l'irrationnel, tu plonges tes doigts dans l'ailleurs et en tires ta magie, ta personnalité ! L'océan ne sera jamais pénétré de tes eaux, et tu t'exiles en poussière qui se répand dans l'air ou dans le sable, qui est une autre poussière, et tu baises ! Tu baises comme personne -ou mieux ! comme Onan, éjaculant dans la terre et méprisant Dieu ! Je suis certain, Okawango, qu'en t'enfonçant dans le desert pour y croupir, chacune de tes mollécules, avant de s'évaporer, éclate de rire !

 

 

 

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 16:58

 

 

  C'est toujours après les voyages immobiles
d'une illusion à l'autre
quand les transports sans corps te laissent au seuil
des flashs bleus et rose de l'éveil
tes paupières tombent en poussière
comme une créature fantastique aux rayons du soleil

  c'est toujours après les voyages immobiles
lorsque tu dois mouiller tes globes cernés de cendres...
il faudrait de la magie, un miracle chrétien
petit vampire païen, pour te ressuciter
est-ce que ton âme existe ? il fait peur ce matin :
pourras-tu encore contempler la beauté ?

 

 

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21 juillet 2012 6 21 /07 /juillet /2012 14:23

 

 

  L'horizon des connaissances
où tout se résorbe, 13.7
comme un bon vin
m'inquiète et m'affole
m'attire et m'aspire
comme le goulot infundibuliforme d'un alcool dangereux
ah se tremper dans la lie, le dépot, la toile qui nous lie
et revenir plus ignorant encore...

  L'horizon des connaissances
si loin et si vieux
là-bas les lois ne tiennent pas
je suis léger léger, poussière
pas encore humain et c'est si bon
d'imaginer les ébauches, les premiers traits
du grand bordel
qu'on cherche pourtant si souvent à oublier

  au fond d'une bouteille.

 

 

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 11:44

 

 

  Elle disait :
pas moyen de faire de l'argent avec ça

les papiers froissés roulant dans la nuit
la première larme solaire au matin
le crissement des os qui se rappellent d'autres os
amours parasites, ver lacté qu'on reconnaît en nous
l'éphémère conscience d'un Tout rassurant

pas moyen, c'est perdu encore plus beau sans objet ça
échappe aux causes aux conséquences
aux plans à l'architecture à la société aux démons
y a que Dieu qui peut comprendre ça s'il se décide
un jour à ouvrir les yeux
comme un orgasme du bas en haut

pas moyen c'est foutu encore plus beau
impossible de vivre et monnayer le fil invisible

  elle disait :
pas moyen de faire de l'argent avec ça
les ombres du coin des yeux quand le crépuscule
luit, violet à tout horizon
si on s'aime c'est sans savoir pourquoi
à s'en déformer la cervelle
l'idée d'un fleuve un peu magique
nous sommes des Okawango, la tête enfouie dans le sable
en route pour le néant
pas moyen de monnayer
le geyser chaud et froid dans sa poitrine
pas moyen de monnayer
le lien, le souffle
c'est juste... quoi ? un héritage.

 

 

 

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