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  Tragédie en V actes

 


  I


  Voilà, nous en sommes ici
de notre parfaite évolution en marge des autres animaux
qui n'ont ni dieux, ni économie mondialisée
ni guerre
ni science du rire.

  J'en ai connu des grands, des Hommes
leur misère flagrante, rayonnante
leurs amours torves, les passions qui ne les sauvèrent pas.

  J'ai combattu ma cervelle, lutte qui n'est pas achevée
j'ai passé par des crises plus ou moins drôles
parfois les doigts de velours du vent enivrant ont daigné caresser mon front
fugitivement
j'ai cru en un possible accomplissement.

  Il a fallu plier la tôle de mon éducation
se voir immonde, lécher la solitude
boire à la coupe du mépris
et décapiter quelques pulsions

  Et si Satan était venu me trouver?
je lui aurais tout donné, y compris le sang des autres. Le vôtre.

  Sans savoir vraiment pourquoi, je me suis expulsé des cuisses humides
de celle qu'on nous apprend à aimer, à qui il faut se soumettre.

  Je suis descendu.

  Nous sommes de ceux que la conscience enferme, quand elle existe
vie vaine
vrombissante
extase
juchée sur la colonne vertébrale, deux yeux résident
ils ont le pouvoir de nous faire pleurer
en dedans
ça irrigue des plantes internes
ça irrite nos parois rudimentaires

  Je remonte, parfois, pour garder le contact avec notre poison.

  Le Grand Projet existe peut-être
vu que nous sommes là
à écouter de la musique
je ne sais pas, peut-on savoir?

  Quand l'aurore écartèle mes paupières
je me demande ce qu'il faut trouver
alors bien sûr, il y a la lumière sablonneuse à travers les nuages
des éclairages nouveaux... ? ...

  Sous le béton rugueux qui nous recouvre
qui sait si il n'y a pas VRAIMENT quelque chose
preuve d'un divin oubli, à accoucher en se concentrant fort.


  II

  Nul plaisir ne tient face à la survie dans la montagne;
nul mouvement face au tonneau de Diogène qui roule en montant sa pente
ayons le courage de ne pas aimer
d'être nus
scrofuleux
et puissants dans l'insuffisance
de tuer les erzatz parasitaires qui embouteillent nos globes occulaires.

  J'ai déshabillé une statue
ses organes étaient bien vivants
et inutiles sous le plâtre.


  III

  Pourtant il y avait des satisfactions
des voiles rejetés qui découvrent une chair émouvante
preuve que quelque chose EXISTE
qui répond aux codes de nos trois cerveaux compilés
un esthétisme sordide
avec sa langue de serpent
qui chatouille nos muqueuses abâtardies
qui ne l'a pas entrevu?


  IV

  J'oublie le Beau
chaque jour
et puis: une note se fiche dans un espace laissé vacant
des myriades d'impulsions crépitent
une sirène
horrible
se cure les doigts de pieds et mâchonne la peau morte de ses escarres
cette vision est atrocement palpitante
v'là que la bouche bien pleine de tissus morts
elle se prend à chantonner un truc médiéval
que ma mère chantait aussi
et je chiale
après avoir séché mes larmes (car je n'y voyais plus rien -mais devais-je voir?)
cette salope a plongé dans le petit lac formé par mon émotion
alors je fouette l'onde
je plonge des mains perdues
et mon limbique floué
préfère oublier
de nouveau.


  V

  A la victoire que je ne déflorerai pas de mes yeux envieux
je lègue un tas
difforme
en crise
de pensées rebattues, d'avant-bras
de verres vides
et d'amours rejetées

  Le silence des mots pénètre nos couches superposées
comme la flèche de la télévision
mais le divertissement est tellement Malin
ce combat est inégal.

  J'aimerai trouver à dire cette chose sur laquelle l'âme pourrait broder
quelque ressemblance mêlée d'espoir
dessiner un canevas prometteur
le plan
du hack de l'Esprit
libre.
















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