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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 11:44

 

 

 

     Céline, le plus infect des génies, le plus grand, peut-être, littérateur depuis... peu importe ! Suffit de le lire un peu pour voir. Chacun se fait son idée, là n'est pas la question. Par contre, ce qui est notable, c'est que dans le genre maudit, il a explosé tous les plafonds. On en est gênés, surtout en France d'ailleurs. Faut dire qu'il ravive des sales trucs et pour ça il sera jamais question de pardon ni d'absolution ni quoi ou qu'est-ce : son âme ne sera jamais tranquille. Et le mériterait-elle ? Mais on s'en fiche aussi, nom de Dieu. Ce qui compte, c'est l'œuvre. Et justement, l'œuvre non plus ne sera jamais tranquille. Et c'est bien normal, nous sommes des jeteurs d'anathèmes.

 

     À longueur de pages et d'interviews Céline ne fait qu'une chose : montrer toute la crasse humaine, et la sienne qu'il n'a jamais cachée. On lui demande pourquoi il s'est fait médecin, il répond « si il [l'Homme] souffre il va être encore plus méchant qu'il n'est d'habitude ». Voilà. Céline est un homme effrayé. Et c'est par l'effroi que son génie va lui tomber dessus. Et par ce même effroi qu'il va se maudire, et maudire avec lui toute sa littérature.

 

     À l'école on apprend « Le voyage », facile, « Le voyage ». C'est un Céline pacifiste, qui dénonce la bêtise de la guerre. Prévert aurait presque pu être plus violent, ou Boris Vian. Le vrai Céline est ailleurs. Il est venu après « Le voyage », et c'est tout le problème. Ah ! S'il nous avait digéré sa petite déconvenue du Goncourt donné à l'illustre Mazeline, et pondu un second voyage dénonçant les atrocités insupportables du rhum des foins, il l'aurait eu son Goncourt. Les tartuffes de l'Académie lui aurait refilé, et on aurait perdu Céline, le vrai, celui qui est revenu différent du Voyage, et de Russie. Lui-même rejetait presque son premier bouquin, au succès phénoménal : c'était encore de la littérature. C'était encore des « phrases » comme le lui défendait son grand-père : « Enfant, pas de phrases ! ». Il finira par le prendre au mot, par déstructurer la grammaire. Et c'est là que l'affaire, le processus devient intéressant.

 

     Le style de Céline commence vraiment avec « Mort à crédit ». Les phrases se font bien plus courtes, véhémentes, exclamatives, mais on n'est pas encore dans l'instantanéité de la chronique, formes que prendront ses futurs romans, dont « Guignol's band » où Céline explose proprement la littérature. « Je veux rendre les autres illisibles » disait-il. Bien. En regardant les dates de parution de ses fameux pamphlets, ceux-là mêmes qui le voueront aux gémonies éternelles, on remarque que le premier d'entre eux « Mea Culpa » est de la même année que « Mort à crédit ». Il y dénonce le communisme. On peut donc le lire sans se cacher. Mais il y dénonce aussi la crédulité de l'Homme, à qui on vend n'importe quoi tant qu'on lui dit qu'il est beau, tout plein de bonté à l'intérieur et que ça ira mieux tout bientôt grâce au niveau système. Le bougre de Céline y est encore parfaitement lucide. Je veux dire que son délire judéophobe (pardonnez le néologisme, mais il me semble plus adapté que le banal « antisémite ») ne lui avait pas encore gangrené la caboche. De toute manière on ne lit pas – ou plus – Céline pour ses opinions politiques. Là-dessus ce n'était pas un cador. Lui, ce qu'il avait comprit, c'était l'Homme. Mais revenons au style. À sa « petite musique ». La transformation est opérée dans « Mort à crédit », mais elle ne finira sa mue qu'un peu plus tard. Tout s'éclaire dans « Guignol's band ». Or, entre la rédaction du second roman et de « Guignol », il y a les pamphlets. Les pires pamphlets. « Bagatelle pour un massacre », « L'école des cadavres » et « Les Beaux Draps ».

 

     « [...]À partir de la semaine prochaine, Gutman, après le terme... je ne veux plus travailler que pour les danseuses... Tout pour la danse ! Rien que pour la danse ! La vie les saisit, pures... les emporte... au moindre élan, je veux aller me perdre avec elles... toute la vie... frémissante... onduleuse... Gutman ! Elles m’appellent !... Je ne suis plus moi-même... Je me rends... Je veux pas qu’on me bascule dans l’infini !... à la source de tout... de toutes les ondes... La raison du monde est là... Pas ailleurs... Périr par la danseuse !... Je suis vieux, je vais crever bientôt... Je veux m’écrouler, m’effondrer, me dissiper, me vaporiser, tendre nuage... en arabesques... dans le néant... dans les fontaines du mirage...[...] »

 

     Ce morceau de dialogue est extrait de « Bagatelle pour un massacre ». Et il est magnifique. Et tout le style de Céline est là, et tout l'homme aussi. De son aspiration absolue à la légèreté, la dissolution de l'être – si lourd – dans le néant, la poésie du bonhomme, comment il a massacré la phrase pour en extraire la substance : l'émotion, et pour finir toute la pourriture maladive de Céline. Pour résumer à ceux qui n'auront ni l'audace ni le plaisir de se risquer à lire pareil ouvrage, la bagatelle, on dira que c'est les juifs : rien, pas grand-chose, et le massacre c'est celui à venir, de la guerre qui se prépare, une guerre qui selon Céline ne se fera que pour sauver des juifs.

 

     Et nous y sommes. Dans la liberté d'écriture propre au pamphlet le style de Céline vient au monde. Dans l'horreur de ses élucubrations hallucinées (car Céline y mélange comme c'était la mode à l'époque le juif et le maçon, puis les éditeurs, et pour finir tous ceux qu'il n'aime pas seront taxés de « juifs »), le vrai style de Céline éclot. L'innovation totale. La phrase, le langage écrit, bousculés, renversés, mis à terre. Le génie est là. Il est né de l'effroi et du délire causé par cet effroi. Et c'est en ça que Céline est un Homme avec un grand H, terrible, pathétique et tragique. En un mot : magnifique.

 

 

 

 

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 13:18

 

 

  Claude Le Petit (1638-1662), écrivain et poète libertin

 

 Y en a qui commencent mal. Claude Le Petit, de « Claudio » -le boiteux-, né sans noblesse et sans argent, mais avec, pour son malheur, beaucoup d'esprit, est de ceux-là. Il est (selon moi hein, je dis aussi des conneries) le dernier poète français brûlé pour ses écrits.

 

  Chacun connaît le destin remarquable de François Villon, immense poète médiéval, précurseur de la littérature picaresque et des poètes maudits. Villon et Le Petit ont pas mal de points communs : tous deux sont de basse extraction, et tous deux assassins, l'un d'un prêtre, l'autre d'un moine. Mais quelque chose les sépare au bout du compte : Villon, maintes fois condamné pour des vols et des crimes, se verra sauvé de la mort grâce à sa poésie, alors que Le Petit sera étouffé et brûlé à cause de ses écrits. Ironie du sort (qui touche souvent les écrivains, prophètes sans le vouloir), il l'avait prédit dans cette chanson très mignonne dont voici un extrait :

 

  « [...] Qu'on me frotte, qu'on m'étrille,
Qu'on me berne, qu'on me quille,
Qu'on me brusle, qu'on me grille,
Qu'on me pende ou me pendille,
Je diroy cette chanson :
Le garçon est pour la fille,
La fille pour le garçon. »

 

(Virelay *)

 

  Le Petit est insolent, libertin, sans respect pour les puissants (ce seront des chansons sur les mœurs de la famille Mazarin qui lui vaudront la place de Grève), et un peu trop doué pour les vers. Il est un provocateur né, et ira jusqu'à se moquer des Muses trop sérieuses, qu'il rejette dès les premiers vers de sa « Chronique scandaleuse *2 » (où il se réclame de Saint-Amant pour ridiculiser Paris comme le premier l'avait fait pour Rome) en ces termes :

 

  « Loin d'ici, Muse sérieuse,

Va-t'en chercher quelqu'autre employ !

Je n'ai aucun besoin de toy,

Tu ne peux que m'estre fascheuse :

Va-t'en, je seray satisfait !

[...] »

 

  Certains de ses amis connaîtront le même sort que lui, et il ne manquera pas de leur rendre hommage, comme avec Chausson, supplicié pour sodomie :

 

  Sonnet sur la mort de Chausson (version transcrite en français moderne)


  « Amis, on a brûlé le malheureux Chausson,
Ce coquin si fameux, à la tête frisée ;
Sa vertu par sa mort s’est immortalisée :
Jamais on n’expira de plus noble façon.
     
  Il chanta d’un air gai la lugubre chanson,
Il vêtit sans pâlir la chemise empesée,
Et du bûcher ardent de la pile embrasée,
Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.
     
  En vain son confesseur lui prêchait dans la flamme,
Le crucifix en main, de songer à son âme ;
Couché sous le poteau, quand le feu l’eut vaincu,
     
  L’infâme vers le ciel tourna sa croupe immonde,
Et, pour mourir enfin comme il avait vécu,
Il montra, le vilain, son cul à tout le monde. »



  Le brave homme était drôle, et fidèle en amitié. Son recueil le plus connu est le « Bordel des Muses *3 », qui s'ouvre par « Le sonnet foutatif *4 » un de ses poèmes les plus célèbres, recueil qu'il propose à la fin d'un sonnet de le rouler pour s'en faire un godemichet.



  Les libertins ne sont pas que des vecteurs volontaires de MST, comme les cyniques d'aujourd'hui ne sont que des adorateurs sans morale de leur propre cul. Non. La philosophie libertine prônait que l'on vive sans entrave, comme la philosophie cynique voulait se débarrasser des fictions sociales. Les libertins voulaient vivre et mourir en hommes libres, en accord avec leur pensée. Claude Le Petit y est admirablement parvenu, et puis en mourant à 23 ans, il n'a pas eu le temps de renier ses écrits.

 

 

 

* Le « Virelay » est consultable sur la page Wikipédia consacrée à Claude Le Petit

*2 La « Chronique scandaleuse est consultable sur le site Gallica

*3 « Le Bordel des Muses » a été réédité par la maison d'édition Fissile

*4 « Sonnet foutatif », idem que pour le « Virelay »

 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 08:40



  Il est des patronymes qui semblent déterminer le cours d'une existence.


  J'ai eu affaire avec un dentiste du nom de Douceur qui au lieu de la soigner me détruisit violemment une pré-molaire. Cela dit, il s'exécuta avec le sourire, m'anesthésiant de blagues et commentaires diversement teintés d'ironie. Plus jeune, j'avais alors une dentition sans faille, le destin m'octroya comme professeur de français une certaine madame Conte, qui ne commit en ma présence jamais d'autre erreur que celle, un jour qu'elle était mal réveillée, de confondre chameau et dromadaire. Un Goncourt peut se rater pour si peu, une année scolaire, non. Grâce à elle nous nous familiarisâmes avec Queneau, Baudelaire, la guerre de Troie et nombre de figures de style dont le goût ne m'a plus quitté depuis. Ce fut l'une des meilleures enseignantes qui eût jamais à subir ma présence dans sa classe.


  On voit comme un nom de famille influence diversement ceux qui le portent.


  Ainsi Fernando Pessoa, dont on peut traduire le patronyme par "personne", n'eut certainement jamais l'ambition de devenir quelqu'un. Sinon comment expliquer qu'il se choisît plus de soixante-dix hétéronymes dans sa vie d'écrivain-essayiste-poète-romancier-philosophe-critique? Il aurait rédigé la plupart des blagues Carambar sous le pseudonyme de Toto. Il vécut en bourreau de travail, et, après sa mort on découvrit une malle secrète gorgée de près de trente-mille textes inédits. Si Victor Hugo le carriériste se voyait en "Châteaubriand ou rien", Pessoa le besogneux, le génie schizoïde, avait trop à dire et à écrire pour se préoccuper sérieusement de sa notoriété. La renommée et le rayonnement intellectuel de son pays le hantait plus sûrement; peut-être a-til voulu inséminer soixante-dix auteurs majeurs au panthéon littéraire de sa nation.


  Précisons que le petit Fernando naquit au Portugal, ce qui pousse à l'humilité, il faut bien l'avouer.


  "Être poète n'est pas une ambition que j'aie, c'est ma manière à moi d'être seul", écrivit-il dans les "Le gardeur de troupeaux". Il ne fut cependant jamais seul. Alvaro De Campos, Ricardo Reis, Alberto Cairo, Alexander Search, tous ses doubles avaient leur nature propre, et leur raison d'être, psychologique; chacun a un style différent de l'autre. Pessoa n'avait rarement qu'un avis, et souvent fluctuant: la si puissante vigueur de sa pensée ne se pouvait contenir dans un seul homme. Il a l'intransigeance de Nietzsche, la rigueur de Kant, mais aspire pour lui-même à une sorte de vacuité toute bouddhique, qu'il appelle d'un lyrisme froid et pudique.


  Dans le "Banquier Anarchiste", il déroule sa brillante oxymore sur cent pages, dans le plus pur style des sophistes grecs, et l'on découvre l'articulation d'une reflexion libre, aux retournements fréquents, grisante, subtile et riche en saveurs comme un Porto 1944.


  Rien de ce qui touche au domaine de l'esprit ne désinteressait Pessoa. Il avait un avis sur tout, de la conduite politique de sa patrie, pour laquelle il souhaite, et l'histoire l'aura écouté, un gouvernement militaire, jusqu'à la date astrologiquement la plus favorable pour rencontrer Aleister Crowley, le mage anglais qui était son ami, bien que Pessoa se défendît d'en posséder, "étant à l'abri de toute forme d'intimité".


  On fait tout un plat des "Mémoires d'outre tombe", il se trouve de fameuses agapes fort goûteuses et nourrissantes dans le "livre de l'Intranquilité", son "autobiographie sans évènements".


 Fernando Pessoa vint au monde un 13 juin. Il écrivit un jour:"[...]j'entends passer le vent... et je trouve que rien que pour entendre passer le vent, il vaut la peine d'être né". Nous devons donc une fière chandelle au vent.

 



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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 15:38

 

  Lugubre imprécation scandée du fond des âges, souvent j'entends résonner sur les murs glabres et froids (oui les murs sont sans poils, à part dans les oreilles...) cette célèbre prosopopée:


  "Frêres humains qui après nous vivez

N'ayez les coeurs contre nous endurcis,

car si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous merci.

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six:

quant de la chair, que trop avons nourrie,

elle est piéça dévorée et pourrie,

et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal, personne ne s'en rie,

mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!"


  Il est recommandé de lire cette "Epitaphe Villon" façon éloge funèbre à la Malraux, effet garanti. Hormis "piéça", qui signifie "ici", "devant vous", rien dans ce vieux français nous est obscur.


  François de Montcorbier, dit Villon, fut donc un poète morbido-rigolo du XVè siècle. Il maîtrisait si bien et si finement l'art de la chute qu'il disparut du jour au lendemain. Le 5 janvier 1463, condamné à un bannissement de dix ans, il sème ses contemporains, ce qui nous permet assez opportunément d'imaginer une mort à la con, le 11 juin de la même année par exemple. Je sais, "c'est dur de mourir au printemps", mais pour l'un des premiers poètes maudits de l'histoire on ne s'attend pas à autre chose. Ce que sont les hasards de la vie tout de même! Nous sommes justement le 11 juin, et devant tant d'insistance, je me résous à vous brosser un petit portrait de l'énergumène.


  Le jeune François, intelligent, capable, aurait pu faire carrière comme clerc, ou dans d'autres fonctions prestigieuses. C'était sans compter son penchant naturel pour le meurtre, la rapine et l'aventure, trois hobbys qui font d'ordinaire des militaires hors-pair, alors que cet hurluberlu se piqua de devenir un poète génial.


  De son oeuvre jaillit, encore aujourd'hui, un humour noir féroce, parfois macabre, qu'il entretenait probablement en fréquentant les plus insalubres geôles du Paris de Charles VII. Un attrait précoce pour les actions légalement répréhensibles additionné au maigre patrimoine légué par ses parents le poussèrent à commettre peu ou proue tout ce qui était envisageable en crimes et délits à un individu de sa condition.

  On sait peu de chose de cet iconoclaste, sinon qu'il tuait le temps en lapidation de prètre, cambriolages, divers menus larcins et compositions poètiques de forme testamentaire où il lègue à ses contemporains ce qu'il estime leur revenir: au barbier des rognures de cheveux, à celle qui se refusait à lui son "coeur pâle, piteux, mort et transis", à ses amis des brimborions parfois saugrenus, et à ses ennemis de puissants anathèmes.

  D'après les historiens, qui font rien qu'à médire des morts, Villon collectionnait les vices. La liste en serait trop longue. Pour résumer, disons que c'était une crapule probablement bisexuelle, ce qui, de nos jours, suffit souvent pour atteindre la célébrité. Mais l'époque était rude et l'âge Moyen.

  Sa réputation faite dans les tribunaux, il lui restait à briller auprès des puissants. Il fit coup double à l'occasion de nombreuses condamnations, dont une à mort, inspiratrices de si fameuses suppliques qu'elles le rendirent d'abord libre, puis accessoirement, immortel.

  Villon sait naviguer comme personne entre les mondes qui s'opposent: celui des nobles et des gueux, des vivants et des morts, des pecheurs et des penitents, celui du sérieux et du burlesque, du fin et du graveleux. Il est dyonisiaque mais rarement exalté, décrit une chair putrescente où la vermine festoie,  se montre souvent pitoyable, roublard, abusant de son verbe, c'est un Diogène pénitent qui cherche des fortunes d'un soir. Il voudrait être bon chrétien, renoncer à tout, mais n'y parvient jamais. Il n'écrira pas "Sagesse". Pour lui connaitre des héritiers il faudra attendre au minimum deux siècles, et pas moins que Rimbaud, Verlaine ou un peu moins rongé par les vers, Céline. Les romans picaresques peuvent prétendre également à filiation, il n'y a qu'un simple formulaire à remplir.

  Chacun aura noté que notre époque sinistre hébèrge un quasi-homonyme de François Villon, et qu'il pousse le mimétisme jusqu'à avoir une existence aussi mystérieuse et obscure que son illustre presque-prédécesseur. Cependant, et sans vouloir donner l'impression de m'acharner sur homme apparement en grande souffrance, je vous supplie Mr le premier ministre, s'il vous vient l'idée de publier votre testament avant de disparaitre, ou même après, reprenez dès maintenant les cours de cm1 où il est question d'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir. Au nom de tous les Français, de la République et pour la postérité: "Dieu en aura plus tôt de vous merci".

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 09:49



  La voûte entière est peinte et maculée d'un vague limon blanc-sale, immobile, visqueux, réfractaire à toute lumière. On ne se figurerait pas les limbes autrement. Et bien que Saint augustin les eût créées dans le simple but d'y foutre les avortons non baptisés, qui ne méritent ni l'enfer ni le paradis, je me plais à penser que certains grands esprits, et d'autres plus modestes, y eussent volontiers établi leur éternité sans même prendre la peine de vivre au préalable, ne fût-ce l'espace de quelques secondes.


  L'existence dans son intégralité mal finie ne suffit pas à considérer la somme de misère et de souffrance que vomit quotidiennement notre monde sensible. C'est un peu résumé, mais la pensée pessimiste s'y retrouve. On ne sait pas bien si les pessimistes maudissent le jour de leur venue au monde, ou celui, trop lointain de leur mort inéluctable, mais enfin l'expérience de la vie leur semble masochisme, vaine et surfaite en dehors de la douleur d'être. Ils s'exaltent certes de petits riens, des manifestations de la beauté, des tire-larmes du jour, mais froidement, sans jamais un mot de merci pour Dieu, qui bien entendu est mort, mauvais, ou pire, retiré dans sa confite impuissance.


  "E il naufragar m'è dolce in questo mare", ainsi s'achève le plus célèbre poème des Canti de Léopardi: "l'infinito"; il y évoque sa perception du monde, sa pensée libérée et vagabonde dans laquelle il préfère sombrer lascivement plutôt que de vivre.


  Comme la plupart de mes compatriotes, je ne connaissais pas d'autre Léopardi que ce jeu télé du siècle passé pour lequel il fallait trouver la question à la réponse donnée. Heureusement, une chimère portée par un libeccio perfide m'en feula les grâcieuses sonorités au creux d'une oreille que j'avais laissé trainer un peu n'importe où. Sa puissante tristesse m'a touché. La mélancolie baroque et raffinée de ce martyr des muses se complait et se prélasse dans les langueurs contemplatives avec une élégance rare, et même une certaine dignité: rarement il geint ou se plaint. Ou bien c'est qu'on lui aura marché sur le pied.


  C'est qu'il en a bavé le petit Giacomo: assez moche de visage, toujours malade, noble désargenté, il se calfeutra à l'heure des premières pignoles dans la bibliothèque parentale afin d'y étudier les langues mortes. Les filles ne flanchant qu'exceptionnellement aux vers en grec ancien déclamés par un gringalet neurasthénique, il bu de nombreuses fois à l'amère coupe des amours unilatérales. Ses biographes parlent de transformation poétique ou de conversion littéraire, on peut aussi parler de râteaux bâtisseurs.


  Comme il était friand de ses malheurs, le destin ne manqua pas lui fournir d'abondantes  raisons de se suicider: l'ophtalmie qui le rendit presque aveugle à 21 ans en fut une bien bonne. Mais les Parques ne tranchèrent pas pour si peu le fil de sa vie: il n'avait pas encore sécrété pour ses survivants le "canto nutturno" où il interroge la lune silencieuse; on les remercie de cette délicate attention.


  Léo le taciturne s'en alla un 14 juin; que n'ai-je attendu cette date ou celle de sa naissance, le 29 du même mois, pour célébrer son passage ici-bas? Fêter la naissance d'un véritable pessimiste me parait une blague d'un cynisme scandaleux, je m'y refuse. Nous sommes aujourd'hui le 10 juin, et s'il avait pu crever à cette date-ci, nul doute qu'il ne s'en fût pas privé. Offrons-lui donc, de bonne grâce, ce repos posthume anticipé a posteriori.

 

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 13:29



  La roue du destin est bien imprédictible, qui sait quand elle décide d'imprimer un tour funeste aux évènements? Un beau jour la femme qui vous aimait pour votre argent s'aperçoit que vous n'en avez plus, à cause de toutes vos maitresses qu'il faut bien entretenir depuis que ce cancer qui vous ronge les entrailles vous enjoint de vous reproduire au plus vite dans le plus grand nombre de matrices possibles. Un jour Félix ronronne comme le plus amorphe des chats et le lendemain, alors que le soleil parade dans le ciel, Félix n'est plus qu'un amas viscéral déformé par le pare-choc avant droit d'une Dacia, qui a réussi à prendre la fuite malgré l'indigence de son moteur. Enfin, les exemples se multiplient à l'envi, sans e je vous prie, et d'ailleurs, je n'ai même pas envie, avec un e cette fois-ci.

  Oui, alors que les plus grandes idées se culbutaient dans mon extraordinaire cortex préfrontal, nec plus ultra d'une évolution de plusieurs millions d'années passées sans regarder tf1 (je précise), alors que je rassemblais tout ce qu'il faut pour donner un peu de lustre à ce pauvre lycaon -je comptais par exemple vous emmener d'Arcadie à la corne de l'Afrique, étudier un peu son pelage aux motifs asymétriques et finir probablement par cette terrible question, faut-il prononcer Lycon, Lycan ou Lycaon? C'est comme pour le paon, on sait jamais- je m'appretais à tresser tout ceci donc, lorsque...

  Lorsqu'une toute petite action, bien involontaire, me priva de tout élan. Commes les héros malheureux de cartoon, j'eus la sensation que la montagne se dérobait sous mes pas, et que je ne tenais plus en l'air que par ma seule conviction. Qui disparut bien vite elle aussi. Je m'explique.

  J'avais écrit il y a un mois à un monsieur que je respecte beaucoup, un mail tout à fait charmant où je lui faisais part de mon admirative bienveillance et de mon souhait sincère de le voir continuer son oeuvre encore longtemps. Dans ce style précieux mais non dénué d'humour qui me caractérise, j'évoquais le souvenir preignant de Desproges dont il fut l'ami très proche. Sur les vidéos du Théatre Grévin et Fontaine, les soubresauts de la caméra, les rires qui devancent ceux du public, sont les siens. Il s'agit de Mr Fournier, écrivain, et drôle lui aussi. Touchant également, dans ses livres sur ses enfants "ratés", morts aujourd'hui, comme l'autre. Bien que son son nom soit peu médiatique, Jean Louis Fournier est un écrivain reconnu, et primé, par le jury Fémina. Bref, c'est pas n'importe quel con. Et je le pensais homme à principes.

  C'est donc avec le petit coeur serré d'une gamine de treize ans, trépignant à l'idée de se rendre à son premier concert de Tokyo Hotel, que j'attendais sa réponse. Je laisse un mois pour cela. J'avais rédigé le mail le 4 février, un petit post-it collé à côté de mon écran me rappela ce matin d'aller voir dans une messagerie prévue uniquement à cet effet.

  Rien. Mr Fournier au coeur si grand n'avait daigné donner aucune réponse à mon courrier, et encore moins à visiter ce blog comme je l'aurais souhaité. Alors bien sûr, sur le coup, je me suis dit "quel enfoiré tout de même, je vais aller plastiquer sa boîte aux lettres, puisque j'ai l'adresse". J'imaginais à ce moment-là, l'article assassin, pétri d'amours déçues et motivé par la véxation que j'allais pondre sur cet individu que j'avais auparavant placé si haut.

  Et puis je dus me rendre à l'évidence, Mr Fournier n'est pas un goujât, ce n'est même pas un type trop pressé qui aurait mis longtemps à répondre, c'est moi qui suis un incorrigible crétin infoutu de vérifier une adresse mail. S'il existe un Mr FRounier sur terre, je lui signale que c'est quand même pas bien sympa de ne pas m'avoir remercié de tous ces compliments indus. En tous cas, voilà une humiliation du sardonique destin dont je me serais bien passé. Dire que le dernier des facteurs, le plus analphabête et myope, aurait, lui, fait la correction et laissé la lettre dans la bonne boîte. On vit de ces régressions, je vous jure.

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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 11:43


  Chacun le sait, quand on a pas d'inspiration, on va la puiser là où l'on peut. Le mieux étant de fossoyer la mémoire d'un talent si possible inconnu, afin que le stratagème ne soit pas trop évident.

  Les Romains, qui manquaient d'inspiration sur à peu près tout excépté pour les conspirations, les châtiments cruels et les citations latines, copièrent sur les Grecs qui avaient eux-mêmes largement pompé les Egyptiens, dont on sait pertinemment qu'ils ne seraient jamais venus à bout des pyramides sans l'aide de la potion magique. Il y aurait peut-être même des pyramides Bosniaques et Ukrainiennes plus anciennes que celle de Saqqara! Et au Japon, une Ziggourat ensevelie sous les flots aurait, elle, près de 8000 ans! Il convient de célébrer le génie Egyptien avec plus de modération.
Comme dirait Georges Frêche: ce peuple ne me semble pas très catholique.

 Bref, ex nihilo nihil, in nihilum posse reverti. Et là aussi, "rien ne vient de rien, ni ne retourne à rien", fait immanquablement penser à la formule de Lavoisier "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"! Alors, il l'aurait piquée à Horace? Mais Horace s'est lui-même inspiré d'Anaxagore, de 450 ans son ainé!
 
  Les Shadocks, eux, ne se sont jamais cachés de pomper. C'est, je trouve tout à leur honneur.

  Mais je disais, le mieux est encore d'excaver la mémoire d'un génie passé innaperçu, comme celui de ce bon Will Cuppy. Le bougre est né en 1884, et c'est comme lorsque on lit Voltaire pour la première fois: c'est une écriture de Jouvence à comparer avec certains auteurs contemporains atteints de progéria littéraire; si vieux et si moderne! Cela tient du prodige.

  Will Cuppy demande, et répond lui-même à ces questionnements fondamentaux: "Comment reconnaître ses amis des grands singes"; ou s'attèle à la métaphysique et à l'eschatologie dans son "Comment cesser d'exister".

  J'allais donc m'abreuver sans honte de ses hilarantes chroniques animalières, en priant pour que la proximité de son esprit agite dans le mien les connexions mystèrieuses, qui activées en chaîne produisent ce qu'on appelle le rire, procédant de cette étrange alchimie qu'est l'humour.

  Je rassemblais tout d'abord quelques oiseaux à l'expression si amusante: comme la chauve-souris qui grince pour faire plus sinistre, le colibris qui zinzinule sans explication convaincante, le courlis qui turlute -et pas seulement le soir au bois de Vincennes, la pie qui rappelle quand le faucon réclame, alors que le cygne, en nègre blanc, trompette. Je comptais m'arrêter sur la hulotte, car elle pupute et pardonnez-moi, mais ça me fait rire comme un gosse.

  Alors voilà, entouré d'une ménagerie aux pépiements prometteurs, je me dirigeais vers le saint des saints, la chapelle ardante de mon aréopage célèste, bref une simple étagère en bois, mais sur laquelle repose ce que le neo cortex humain (en existe-t-il d'autres?) a produit de plus drôle ou bouleversant selon moi. Et j'ai un jugement littéraire très sûr, sauf en ce qui concerne Alexandres Jardin, que je ne saurais juger vu qu'on parlait de littérature.

  Je lance donc ma main à l'assaut de cet Everest, approximativement à la lettre C, vu que je connais bien mon alphabet. J'y vois les Céline, Cendrars, et je vais pas vous faire toute la liste jusqu'au D, mais point de Cuppy.

  J'ai donc commis ce sacrilège. Le commandement zéro de la Bible. Tu ne prêteras point de livre des auteurs en C, en D, ni en A, pas plus qu'en B, le R, le H et le T n'y faisant pas exception, à l'instar de ceux en K, en M et en L. Pour le S et le F, il y a bien Schopenhauer et Flaubert, mais il est peu probable qu'on te les emprunte. De tous ceux là, prêtes-en seulement un ouvrage, pour une petite journée, et ta part sera retranchée de l'arbre de vie.

  Je suis bien puni. Ignorant totalement si j'ai fauté pour séduire une belle par procuration ou si j'ai cédé à quelque ami jurant ses grands dieux qu'il rendait toujours les livres, je ne peux m'en prendre qu'à moi même, et courir jusque chez un libraire honnête. Par acquis de conscience je n'ai pu resister à la pulsion d'envoyer un sms d'insultes à toutes les belles de mon répertoire, et aux deux ou trois amis qu'il me reste.

  Prêtez votre brosse à dents, vos caleçons (si on vous le demande...), vos prothèses dentaires ou de hanche, ou même votre petite amie -qui reviendra la queue entre les jambes si elle en a profité pour se faire opérer (on ne connait jamais vraiment les gens), mais un LIVRE! Je vous en conjure, les mains jointes (et c'est pas pratique pour taper au clavier), jamais! ne prêtez jamais de livres! C'est le pire qui survient ensuite! C'est un enchaînement de catastrophes diaboliques!...

  Ou alors, regardez sur la bibliothèque en bordel dans l'entrée, peut-être que l'ami en qui vous avez eu suffisamment confiance l'a remis là en pensant bien faire. Je m'en suis aperçu en revenant de chez le libraire avec mon nouvel exemplaire en main.

  Inutile de vous dire que j'ai envoyé un second sms d'insultes.


 

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 23:50

  pan dans l'oeil

  Egon schiele était un peintre Autrichien à la carrière politique bien moins éclatante que celle d'Adolf Hitler. Si l'on en juge par la tonalité et l'ambiance générale qui se dégagent de ses toiles, c'est même une chance pour l'humanité que Schiele ne se vît jamais en homme d'état. L'analogie peut se retourner: ce fut également une chance pour la peinture et l'architecture qu'Hitler se consacrât exclusivement à la conquête de l'Europe.

  En 1900, Schiele avait déjà dix ans, mais ne tirait aucune vanité de cette précocité. En 1905, son père devenu dément et qui avait pour usage de convier d'invisibles hôtes au diner familial, mit un terme définitif à ses souffrances. On voit par là combien ce dernier poussa son fils sur la voie artistique. Et effectivement, à peine un an plus tard, le jeune orphelin est facilement reçu à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, celle-là même qui opposerait un légendaire: "ça va pas être possible" à l'autre taciturne torturé évoqué plus haut.

  Pour la première fois de son existence, à peine enviable même pour un martyre Chrétien, Egon éprouve un sentiment dont le plus proche équivalent chez l'homme est la joie. Les premiers temps, il doit même se sentir à sa place parmi les autres artistes. Hélas son génie précoce est trop provocant. Ses professeurs le prennent en grippe: "C'est bien le diable qui vous a chié dans mon école!" gémira l'un d'entre eux.

  Son trait psychanalytique exprime certainement déjà toutes ses névroses, et expose de la plus crue et impudique des façons les rapports troubles de l'humain à son corps, à la sexualité et à la mort.

  Sa peinture fait peur, dérange, elle est taxée de pornographie. On aperçoit, il est vrai, par-ci par-là quelque lèvre étonnement rouge au détour d'une cuisse naissante ou d'une jupe relevée. Ce n'est pas une coquetterie d'artiste. Les attributs sexuels jaillissent sous l'oeil du spectateur surpris. Mais l'on est aussi choqué par ses personnages aux membres anguleux, aux os saillants, aux proportions exagérées comme déformés de l'intérieur par une terrible maladie.

  Les plus inquiétants, les plus perturbants à observer sont les portraits qu'il fit de sa petite soeur, et plus généralement des autres enfants et adolescents. Un bébé violâtre est réputé particulièrement effrayant. Vie, sexualité et mort, je me répète, c'est bien: c'est une obsession.

  Les jeunes filles sont tragiquement maigres. Leurs corps maladifs, frêles, souvent opalins, semblent portés par une sensualité à tout le moins embarrassante pour quiconque restreint sa libido au cadre légal. Vingt-trois jours de prison.

  Mais Schiele ne peignait pas que des modèles décharnés nourris exclusivement de racines atrophiées. Certaines de ses toiles transpirent de vitalité, de fougue -généralement dans l'acte d'amour- les courbes anatomiques se dissolvent dans les plis des draps, la symbiose des corps et du décor y est manifeste.

  Et puis il y a ses paysages, ses vues aériennes de petits bourgs dont les toitures géométriques et interminables annoncent l'abstraction qui est en marche à quelques centaines de kilomètres plus à l'Est. Il se dégage de chaque toile de Schiele, une sourde impression de puissance cachée, que ce soit dans ses représentations d'acte masturbatoire, un pont, des maisons, ou bien ses portraits. Quelque chose semble gronder aux tréfonds de ses constructions graphiques, dans la superposition des couleurs: Schiele est bien un Autrichien, un germanique prenant racine dans le mysticisme tellurique propre à cette culture.

  Exceptionnellement, une toile de Schiele prêtera à rire, c'est qu'on l'aura disposée à l'envers, le bas en haut, ou que l'on repensera à une bonne blague n'ayant aucun rapport avec l'oeuvre exposée.

  Dieu, un rien jaloux, il faut bien le dire, refusa d'attendre de lui qu'il se suicidât. Trois jours après le décès de sa femme emportée par la grippe espagnole, Schiele fut appelé au même prétexte à retourner dans les Limbes. C'était le 31 Octobre 1928, c'est con, à 18 jours près il aurait vu le premier Mickey Mouse. Dieu ne l'aimait vraiment pas.

 

 


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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 23:34
sourire

  Les Francs-maçons sont des gens très rigolos. On l'ignore le plus souvent car ils répugnent à partager leurs blagues avec nous les non Francs-maçons, qui, en tant que non-initiés notoires risqueraient de ne pas les comprendre. Les Maçons, susceptibles, se vexent profondement quand on ne rit pas de leurs farces. C'est pourquoi ils se réunissent en tout petit comité dans des lieux parfois gardés secrets, pour se gondoler rituellement en tenue d'apparât avant de finir par un banquet, qu'ils appellent "agapes" pour faire plus sérieux.

  Jusqu'à peu les membres de cette secte étaient pourchassés comme de vulgaires juifs, voire dans les élans synthétiques des plus éminents penseurs de l'extrème-droite -notez au passage l'oxymoron parfait-  se voyaient désignés par le vocable "judéo-maçonnique" comme une entité malfaisante d'obscurs conspirateurs. Ce qui est vrai, c'est que l'obscurité sied en effet assez bien à la conspiration.

  Une idée préconçue sur les Francs-maçons par exemple: tous les Francs-maçons ne sont pas Présidents de la République. Quoique avec Léo Campion, qui ne fut pas le moins drôle des Francs-maçons, ç'eût été à n'en pas douter le plus comique des Présidents; quoique l'actuel n'est pas mal non plus.

  Mais revenons-en à ce cher Léo: rien qu'à voir cette trogne hilare de Travolta extasié, qui est la photo la plus largement répandue du bonhomme, on se prend à rêver quel joyeux grand-père il aurait fait. Et l'on est loin du compte. Imaginez un peu: chansonnier, dessinateur, poète, acteur, humoriste, anarchiste, membre du collège de Pataphysique, tout ça dans une singulière alchimie maçonnique; et en plus on dit qu'il s'emmerdait un peu le soir.

  Renoir, Lautner le firent tourner dans leurs films, Dac le prit comme copain, et tous s'amusaient de l'esprit subtil de ce Guitry supportable. “Un con est un imbécile qui n'a de cet organe ni la profondeur, ni la saveur.”. Du Guitry, en moins mysogine. Ou -une que j'adore- et que n'aurait pas dédaigné Vialatte: "Il y a une statue de la Liberté à l'entrée du port de New York, qui mesure 46 mètres de hauteur. Dès qu'il l'aperçut à l'horizon, Christophe Colomb sut qu'il allait découvrir l'Amérique.”

  Finalement j'en viens à me demander s'il n'y a pas, effectivement, un complot judéo-maçonnique de l'humour. Ou alors, il y a un humour maçonnique et un humour juif qui n'ont rien à voir entre eux, mais quand même, c'est louche. Je me demande ce que Dieudonné en pense.

  Plus facétieux que Maçon, plus anarchiste que moi, pataphysicien et retrophysionomiste, Léo Campion n'aurait été qu'un gars étonnant, si les dieux qui l'avaient à la bonne, ne lui avaient fait don, par-dessus un marché déjà bien achalandé, d'un rare et cinglant talent littéraire. Il suffit de lire les "propos semis-folâtres sur la mort" -à moins d'être mort soi-même, rhumatisant ou pire, Académicien- pour s'incliner spontanément devant l'irresistible faconde de son auteur.

  Malgré tout, Léo Campion est moins connu que Loana, qui n'a pourtant écrit qu'un seul livre, et paraît-il, assez inégal. vous me direz, elle est encorevivante Loana, elle est contemporaine, c'est pour ça. Bon, mais Hitler, lui aussi n'a écrit qu'un seul livre, et il est plus connu que Campion, c'est à désespérer de notre Humanité.

  Au secours.

  Ô public putatif -et ce n'est pas une insulte, frère de route obligeant, bien qu'intangible, de mes pulsions textuelles récidivées, en ce présent qui nous lie les uns aux autres -enfin, c'est une image, n'allez pas imaginer des choses, en cette époque opaque et gluante pour l'homme de goût et même pour sa femme, où les chantres chancreux, télévisuels pour la plupart, du droit canon de l'encéphalogramme culturel plat, nous imposent aux heures des repas des versions remasterisées de la "roue de la fortune" ou de "tournez manège" je vous demande, que dis-je, je vous invoque et vous supplie, de répèter après moi, en l'honneur d'icelui qui en avait:

  "Léo Campion est mort,
poil au croupion".
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