Je chéris le 6 mars comme un jour très rare dans l'année, non content d'être unique commes tous les autres (ce qui n'est pas un paradoxe), il a vu naitre Michelangelo buonarotti, Savinien de Cyrano de Bergerac, et mourir Mme Bertrand, odieuse et adipeuse boulangère qui hantait autrefois la place en bas de chez moi. Je m'en fais une joie, chaque année, l'anticipant dès le 4 au soir, et jouissant de ses harmoniques bénéfiques jusqu'au 7 à midi (c'est très précis ces choses-là). Inutile de spécifier, à titre d'exemple, que je ne suis jamais si fantastique amant (sans calembour) que durant ses soixante-six heures. Après avoir disposé dans tout mon logis des pétales de rose goût préservatif -ou bien l'inverse- j'attends la venue des femelles de mon espèce, qui, connaissant l'aubaine, se font tourner le mot.
Et bien croyez-le ou non, mais depuis hier, je vis barricadé. Non pas que j'aurais mal géré un afflux de diablesses supérieur en nombre aux autres fois, ou que je fusse tombé sur une qui m'aurait terrassé de ses assauts trop répétés sur une partie de mon anatomie que la mère de Brassens lui aurait défendu de citer ici, non rien de tout cela n'est la cause de mon enfermement volontaire. Une femme n'en est même pas à l'origine.
Il s'agirait plutôt d'un homme. Mais n'allez pas croire ce que j'imagine que vous vous appretez à croire. L'homme en question est un mathématicien, et ne supputez rien de dégueulasse, ni à géométrie variable là non plus. Cet enfoiré de mes amis -tous mes amis sont des enfoirés, c'est un qualificatif qui va avec le titre- au détour d'un café qui semblait tout à fait inoffensif m'a durablement pourri l'existence.
Après avoir évoqué quelques uns des fameux problèmes dits du millénaire, qui valent un million de dollars chacun, et que nous résolverions sans peine si nous ne craignions la trop lourde notoriété qui va avec, cette espèce de rognure de pomme de Newton me fit part de son passe-temps actuel, son petit hobby à lui qui lui occupe l'esprit dès qu'il a fini de refiler des complexes polynomiaux à ses plus jolies élèves.
Un jour Mr Golomb -lui aussi mathématicien- se posa une de ces questions débiles qui nous font tourner une gifle à nos gosses quand leur cervelle dégénérée et perverse se laisse aller à pareille divagation.
Soit une règle, c'est à dire une distance linéaire sur un plan, sur laquelle on place un nombre N de marques, à des positions entières, de façon à ce que chaque couple de marques mesure une distance différente de tous les autres couples de marques. C'est la règle de Golomb. Et là, on pourrait passer à autre chose, mais on le fera pas.
Alors, trouver une règle de Golomb pour un petit nombre de marques, c'est assez facile, mais trouver toutes les règles possibles pour un grand nombre de marques, c'est un sacré casse-tête. C'est pourquoi je vous recommande, au cas où vous n'auriez pas compris exactement de quoi il retourne avec ces règles, de ne pas relire cet article, de rester dans le flou salvateur qui est encore le votre, comme j'étais hier encore dans la méconnaissance insouciante et bienheureuse de ces règles qui peuvent être optimales si ce sont les plus petites pour un ordre donné, ou parfaites si elles permettent de mesurer toutes les distances entières qui séparent la première de la dernière marque.
Voilà donc ce qui occupe également mon esprit, au point que j'ai repoussé toute tentation érotique de mes méninges, clos mes volets pour plus de sérénité, et tué mon chat parce qu'il me tournait autour sans respecter la suite fibonacci.
Comme il serait idiot de terminer cet article indigeste sur une touche d'humour, je vous conseillerais plutôt de vous construire un petit ordinateur quantique, qui pourrait bien résoudre un des sept problèmes à un million de dolllars, mais je vous laisse découvrir lequel.