Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Magie en suspension
La brume est un bel habit
pour la nuit fade et banale
elle confère une forme d'idéal
fantasque, un rideau occi
tout s'enveloppe de grâce
même les mauvaises faces,
les tâches diffuses s'effacent
nimbées du voile sorcier
impressionisme habile
la magie redevient facile
les murs rèches semblent ductiles,
sous cett' voûte effilochée
Dieu du ciel et des matières
on se sent déjà poussière
proche des anciens systèmes:
terre, eau, en un seul germe.
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Crimes et châtiment
la mort n'est pas si triste
mais elle a de jolis yeux
c'est suffisant pour pleurer
la beauté masochiste
le choeur dans la poitrine
d'un aréopage absent
des vides qui se devinent
par le silence déchirant
tout cela est suffisant
pour partir les pieds devant
pour les années à venir
être son propre vampire
j'ai volé leurs mots, leur voix
pour ma métamorphose
dans mon coeur placé ces choses
qui ne m'appartenaient pas
je ne suis pas un poète
et cet organe qui palpite
je l'ai trop souvent maudit
pour m'en tirer à crédit
la mort n'est pas si triste
et je la paierai content
de mon sourire trismégiste,
ce que j'ai de plus méchant.
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Contractuel bonheur
J'ai invoqué quelques démons
sympathiques et sirupeux
à l'oeil glauque mais amoureux
comme la fée verte des chansons
Ils débarquent à la nuit tombée
pour m'abandonner aux aurores
quand les vivants remplacent les morts
qui avec nous viennent danser
ce pacte était innocent
signé du sang de ma bouche
le sang qui coule d'entre mes dents
sur un papier de chair louche
ces démons au pouvoir certain
cranent maintenant dans mon crâne
ils gueulent dans mes membranes
un murmure très ancien
c'est le chant indescriptible
qui perfore toutes les émotions
un vrombissement de passion
à ébranler les fondations
et comme les atomes fissibles
en mutant deviennent instables
je me déforme à leur contact
c'est la dure loi de ce pacte
nous mourons ensemble à grands pas
d'une danse désarticulée
j'ai de la chance, je le sais
la vie me brûle car je suis moi
et eux
et vous
un choeur affreux
de promesses scandées, de visions
des cisailles
dans les vertèbres
l'existence marche vers le funèbre
avec cette gaité aveugle
c'est la terrible condition
supporter ces voix qui meuglent
et me tuent chaque jour un peu.
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Le sang trop vite sèche, c'est à cause du vent
la moindr' flamèche s'étouffe, je crache en respirant.
plus le choix, plus le temps d'attendre
que prenne le bois dans l'acier:
mieux vaut oublier les forêts de métal
restons-en à l'organique organisation du corps humain
avant sa disparition
voulue par ce vent en mouvement
avant que les croûtes même ne fondent en un amas nutritif.
Tout cela ne durera pas bien longtemps
l'absolu est au bout du serpent
le serpent est décidé, vigoureux
son contact nous relie à l'éternel
qu'insinue-t-il? sa langue. On frémit au toucher
et lui fait semblant d'écrire le destin au dos des murs de chair
qui nous font de l'ombre
mais l'ombre, c'est bien.
Il y a des canons, des formes classiques
une mer à atteindre, l'horizon plié par le jugement de Pâris,
une guerre en gestation qui donne des coups de pied;
c'est trop d'hommage pour la plupart des gens.
Revenons au serpent qui souffle sur nos étendues maladives
les ouvertures expirent;
un liquide rubescent s'écoule en lettres instructives
il faut accepter cette loi vampire:
le sang sèche trop vite, c'est à cause du vent
la moindr' flamèche s'étouffe, je crache en respirant
ces postillons de vie qui se fichent et crissent,
promesses calcinées, blasphématrices.
Notre reptile aime les peaux neuves
les formes qui passent dans les herbes
habile mange-fleuve
il se confond en sifflement au verbe puissant
C'est lui, le fautif, lui qui lèche
la beauté qui souffre et transpire
Le sang trop vite sèche, c'est dû à ce serpent
il mange l'idéal, il crache en respirant.
Il faut pardonner? Admettre les lois fondamentales?
On se dissout dans le banal:
mais au reveil,
il n'en reste que du sidérant.