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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Pizzicato sur les ligaments

Magie en suspension

 

La brume est un bel habit
pour la nuit fade et banale
elle confère une forme d'idéal
fantasque, un rideau occi

tout s'enveloppe de grâce
même les mauvaises faces,
les tâches diffuses s'effacent
nimbées du voile sorcier

impressionisme habile
la magie redevient facile
les murs rèches semblent ductiles,
sous cett' voûte effilochée

Dieu du ciel et des matières
on se sent déjà poussière
proche des anciens systèmes:
terre, eau, en un seul germe.

 

__________________________________________

 

Crimes et châtiment

 

la mort n'est pas si triste
mais elle a de jolis yeux
c'est suffisant pour pleurer
la beauté masochiste

le choeur dans la poitrine
d'un aréopage absent
des vides qui se devinent
par le silence déchirant

tout cela est suffisant
pour partir les pieds devant
pour les années à venir
être son propre vampire

j'ai volé leurs mots, leur voix
pour ma métamorphose
dans mon coeur placé ces choses
qui ne m'appartenaient pas

je ne suis pas un poète
et cet organe qui palpite
je l'ai trop souvent maudit
pour m'en tirer à crédit

la mort n'est pas si triste
et je la paierai content
de mon sourire trismégiste,
ce que j'ai de plus méchant.

____________________________________________

 

Contractuel bonheur

 

J'ai invoqué quelques démons
sympathiques et sirupeux
à l'oeil glauque mais amoureux
comme la fée verte des chansons

Ils débarquent à la nuit tombée
pour m'abandonner aux aurores
quand les vivants remplacent les morts
qui avec nous viennent danser

ce pacte était innocent
signé du sang de ma bouche
le sang qui coule d'entre mes dents
sur un papier de chair louche

ces démons au pouvoir certain
cranent maintenant dans mon crâne
ils gueulent dans mes membranes
un murmure très ancien

c'est le chant indescriptible
qui perfore toutes les émotions
un vrombissement de passion
à ébranler les fondations

et comme les atomes fissibles
en mutant deviennent instables
je me déforme à leur contact
c'est la dure loi de ce pacte

nous mourons ensemble à grands pas
d'une danse désarticulée
j'ai de la chance, je le sais
la vie me brûle car je suis moi

et eux
et vous
un choeur affreux
de promesses scandées, de visions
des cisailles
dans les vertèbres
l'existence marche vers le funèbre
avec cette gaité aveugle
c'est la terrible condition
supporter ces voix qui meuglent
et me tuent chaque jour un peu.

 

_______________________________________________

 



  Le sang trop vite sèche, c'est à cause du vent
la moindr' flamèche s'étouffe, je crache en respirant.

plus le choix, plus le temps d'attendre
que prenne le bois dans l'acier:
mieux vaut oublier les forêts de métal
restons-en à l'organique organisation du corps humain
avant sa disparition
voulue par ce vent en mouvement
avant que les croûtes même ne fondent en un amas nutritif.

Tout cela ne durera pas bien longtemps
l'absolu est au bout du serpent
le serpent est décidé, vigoureux
son contact nous relie à l'éternel

qu'insinue-t-il? sa langue. On frémit au toucher
et lui fait semblant d'écrire le destin au dos des murs de chair
qui nous font de l'ombre
mais l'ombre, c'est bien.

Il y a des canons, des formes classiques
une mer à atteindre, l'horizon plié par le jugement de Pâris,
une guerre en gestation qui donne des coups de pied;
c'est trop d'hommage pour la plupart des gens.

Revenons au serpent qui souffle sur nos étendues maladives
les ouvertures expirent;
un liquide rubescent s'écoule en lettres instructives
il faut accepter cette loi vampire:

  le sang sèche trop vite, c'est à cause du vent
la moindr' flamèche s'étouffe, je crache en respirant
ces postillons de vie qui se fichent et crissent,
promesses calcinées, blasphématrices.

Notre reptile aime les peaux neuves
les formes qui passent dans les herbes
habile mange-fleuve
il se confond en sifflement au verbe puissant

  C'est lui, le fautif, lui qui lèche
la beauté qui souffre et transpire

  Le sang trop vite sèche, c'est dû à ce serpent
il mange l'idéal, il crache en respirant.

Il faut pardonner? Admettre les lois fondamentales?

On se dissout dans le banal:
mais au reveil,
il n'en reste que du sidérant.

 

 

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