Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
La lune pleure
Le lune est bleue,
le ciel de marbre;
sur l'astre glabre
danse un étrange feu
La blonde cyanosée,
embrasée, est seule;
féline elle feule
son chant étranglé
Ronde orpheline
tu dodelines
draconitique
triste et apathique
Cette lumière
qui t'ensorcelle
nuit-rouge révèle
ton récent calvaire
Lune bleue irisée
de stries liquides,
Belle scarifiée,
tu tournes à vide
Ton ivresse veuve,
ellipse d'un tourment;
tu rêves maintenant
d'une amour neuve...
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Un coup à prendre
La mort est un processus qui se répète
inlassable, elle nous plonge sous terre
nous chope par la tignasse et tire
les os suivent en craquant, le corps crépite
En trombes de poussière on s'agite
la gueule remplie de vers, de tourbe et d'ariette,
les petits airs gais et fétides qu'on expire
justifient la macabre gymnastique
Alors on voit, on revoit le soleil
extatiques, béats contemplatifs
il y a l'écorce, le crépi vert
de quoi s'étouffer de visions vermeilles
Ah chaque jour revivre,
puis expirer en condensations sirupeuses et remonter vers
le matin sifflant sur nos tifs
yo yo du sang, gravitation à se muer en givre
Fondre de nouveau quand le bleu enveloppe
nos ellipses orbitales
ces organes fatales
qui nous laissent souvent en syncope
J'ai le hoquet de la mort et de la vie
ma respiration trépigne
elle attend la maligne
ce soubresaut, cette mortelle manie
encore je crève
et puis c'est la relève
j'aime, je vois ce monde
et ce soir, toujours, je tombe.
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Tous au Diable
J'ai besoin de nourriture
de corps démembrés
de somptueuses pourrritures
pour exciter mon destin vicié
Estomac de monstre antique
je ferai peut etre des enfants
afin de me remplir le grinçant
de moëlle substantifique
Chronos, Atrides, Incas
comme je vous entends
cet appétit des plus brûlants
est le plus criminel repas
Nous serons jugés à la balance
des âmes perverties
maudits pères invertis
qui savourons notre infâme pitance
Oui, il faut que nous tuions
ceux qui nous aiment
les Belles, nos rejetons
ou nous nous glaçons du carême
C'est un bien triste sort
qu'il faut humblement supporter
à moins de s'adonner à la douce mort
qui viendra plus tard nous enivrer
Mes fils, mes amis, mes frères
n'ayez contre moi le regard endurci
car si je vous ingère
Diable en aura plus tôt de moi merci.
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Mauvais je
La haine, la colère, mes émotions chéries
à mettre en équation avec la pure beauté
des séquences de douze, de huit
des tresses entrecoupées, armées
Faire le mal, des mots durs, buter la naïv'té
enlacer une femme, frapper
pourquoi est ce que je bande quand je deviens violent?
ça plait, Nature: coeur en ciment.
Origine lointaine, c'est tout ton mystère
atroce réalité, enfouie
dans les strates du crime, passionnant calvaire
je vais, je viens, ah... Ca ceint!
L'incarnat irrigué de puissance solaire
des folles me disent lumière, ah bon...
Cinq pas sont à faire pour aborder le meurtr'
un deux trois quatr' cinq
Parfois je suis un pleutre, je crains la poésie
je décompte le temps
J'aurais voulu être bon, n'être que douce saveur,
pourtant: je suis un mal heureux.
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Regression
le flux frémissant du temps
m'effraie souvent aux abysses matinaux
quand la lumière poussive
s'affale sur nos orbites
reviennent ces souvenirs comme des pubs
d'un autre siècle
anachroniques et décalées
des envies de Père Noël
ce n'est pas à pleurer non
parce qu'on est transfiguré
canal lacrymal muré
et les cheveux blancs en ordre de bataille
le limbique nous ordonne
des vasodilatations émotives
des voyages sans objet
juste pour le plaisir d'être effaré
les enfants nous passent le fil
de l'épée, de l'aiguille entre les pores
c'est le mal tout puissant
des avenirs décharnés
la nuque contorsionnée
vers le passé cousu de fil blanc
haut-le-coeur
et souffle entrecoupé de hurlements atones
et la terre tourne
on dit qu'elle tourne
ou bien c'est l'univers qui nous dépasse:
il fuit à rebours dans la glace
on se préserve de la folie
pour d'obscures raisons sociétales
alors que les imbrications de la conscience
tendent vers cela
la folie n'est jamais douce
mais c'est un rempart sensitif
unique lien genitif
d'avec le passé immonde
je cherche ma forme ancienne
dans une maison délabrée
elle doit s'y trouver à l'aise parmi la poussière
ma vieille peau humaine...
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Manifestation
Tonnent encore ces éclairs de voix
dans ma conscience sale, usée
entre les croûtes nuageuses et méningées
de la magie mal finie en moi
Il y a comme un séisme constant
fourmillement aux pattes de plomb
sur cette route tectonique qui transpire
des flaques synaptiques
L'orage est magnétique, teintes violacées
un visage de mort, serein
aux traits secs et entrelacés
gravite en mille contrepoints
On voit que la terre s'élève par endroits
elle dessine des inconnues
dans les craquelures plongeant en coupes
c'est énigmatique et chairs frissonnantes
Le haut, le bas
communiquent leur vivante électricité
je suis au milieu
ce doit être une erreur
mais je suis là, il faut bien assumer
mes souvenirs hasardeux
l'émotion chaleur
Une bible est tombée
ou a jailli du sol
averse de sang stratifié
sur les pages de terre molle
qui saura lire
réecrire, répondre aux lourds questionnements?
la tempête emportera toutes ses hésitations.
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Jérémiades
Mon adn est modifié, altéré, transmuté
à cause d'un regard, de quelques mots-poison
je suis un mutant au devenir incertain
un amour nocif irrigue mes veines saillantes
ce que je fais ici, parmi vous
est si incongru
si dépourvu de sens commun
ma grand-mère dirait que je travaille du chapeau
si encore ce chapeau m'appartenait
il me semble qu'un instant
j'ai été parcouru d'une vibration rare
chérie tant que je l'ignorais
aujourd'hui c'est un bazar
une conflagration triste, un bordel récurrent
j'ai le souvenir d'une améthiste
un éclat précieux que vos yeux ont raté
plus que le souvenir, j'en conserve le poids
la présence en creux
un débit énorme sur mon compte en banque émotif
je vous le dois ce débit
et je ne sais de quel or rembourser
la bourse est si volatile
mon talent à versifier, versatile et putatif
Villon se fit pardonner d'une ballade inoubliable
mais moi, je n'appartiens déjà presque plus à votre race
nos points communs ne sont pas flagrants
je tombe en disgrâce
avec un sourire que je voudrais charmant
si la corde devait bientôt m'enlacer,
priez dieu ou qui de droit
que j'eusse pu au préalable vous payer de ma dette abyssale.
Ecrire est une atrocité
c'est un crime contre ses tissus
contre ceux qui ont le tort de nous aimer
à l'encontre de ce qu'on a pas vu
Ecrire est une banalité
comme la mort quotidienne
un vol à l'étalage des perceptions incolores.