Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Abime floride
La route est pourrie
pleine de fleurs éclaboussées
au destin peu enviable
sécables et peu jolies
le ravin invite à y pousser
ses bons sentiments
à s'y jeter tout en restant en haut
pour observer la déferlante de toutes choses inutiles
ce corps, les envies d'exister, de se fondre au soleil
de se laisser bouffer par les vers sympathiques, non mesurés
qui gigotent d'insatiable appétit
Oui, le ravin invite,
j'ai reçu le bristol ce matin
une certaine esthétique
une calligraphie recherchée
l'oblique d'une bite
tout est à jeter
en gerbe
pas pour le geste, pas pour la beauté de l'Art
juste parce qu'il est trop tard
Le train, le temps a passé
on a roulé sous les ponts
contemplé le vide florissant;
les fleurs n'ont plus de parfum
juste des pétales infâmes
le goût du dédain
Ces fleurs n'ont plus de parfum
ni âme ni esprit
toute chose infinie est bonne à jeter
sur le route noueuse
et au coeur du ravin.
_________________________________________________
Quelque part
Ca doit venir de quelque part
cette teinte rouge azur
qui emplit les interstices
entre les mots
entre les doigts
qui filtre entre les os
et qui dure, qui dure
Ca doit venir de quelque part
tout autour
des danseurs sans malice
des robots vivants qui gravent l'air lourd
de leur pas sans fondement
sur un chant presque mécanique
atroce et inaudible petite musique
Ca doit retourner quelque part
vers vous qui êtes seuls
abandonnés par l'inconnu
les yeux crevés de ce que vous n'avez pas vu
cette magie dans un linceul
De Nerval, Maldoror
du poète qui se tait
des strophes sympathiques
des veines connectées
au champ lymphatique
aux limbes des caducs
Ca retournera aux enfers personnels
aux matières
dont on ne peut rien faire
et à toutes celles qui n'en veulent pas.
Allées venues de haut en bas
des hara kiri
du rat qui rit dans les conduits crissants
Ô massives lacérations
Ô lacrymales incisives
Ô liquides métamorphoses
C'est de là qu'on ne revient pas
de la douce apothéose.
________________________________________________
A Loxias
C'est pas si facile de te crever encore
ô ma force
lyrisme grotesque
d'une joie hurlée la voix cassée
C'est dans les vasques
que je danse
dans les yeux étonnés
devant des seins de madones modernes
sous le rire des sternes
Il faut verser au sol
tout l'alcool
et battre des pieds
déranger les absents
qui n'ont plus jamais tort
les crever encore
s'enticher du crépis
du H2O à mes paupières
aimer la psychanalyse
et l'adultère
Dans une faune désignée de skinheads
de romantiques corsetés
face aux bas érectiles
dans la puissance des fragiles
je me retourne le ventre
j'articule des onomatopées:
-Opa! Opa! Opa!
Et même si c'est un peu tragique
ben faut croire que j'ai pas honte!
que c'est beau, et même que j'y trouve mon compte
Tu es là toi, avec tes mots d'ailleurs
tes obliques tordantes
ta saveur
tu es là toi pour bien longtemps, jusqu'à l'inflation finale
du rubicon cuisant
du dieu chaud et noedal.
________________________________________________
Bon, le sens nous échappe-t-il encore?
l'eau se barre entre nos doigts
la lumière se répercute en silence
tout vient et file vers l'abysse
l'abysse, comme on se le figure
le deuxième à droite, sur les six cent soixante-six
c'est pas si dur,
on sait tous compter jusque là
jusqu'aux covalences
de nos gueules sensibles
de nos interconnections qui ne riment à rien
il y a un sens, mais ça n'est pas bien crédible
c'est à créditer sur le compte
de nos approximations amoureuses
d'un élan vers le vide vitupérant
des déclarations calamiteuses
la communication n'est pas inutile
à la reproduction, aux mains-courantes
donc pour remplir les trous, ok
mais ça ne fait pas sens.
Heureusement, la thermodynamique
la science de l'évolution trouve une direction
mais à y voir de plus près
ben non, ça n'avance ni ne recule pas
identité des mouvements
dans ces circonstances-là, comment croire à nos cervelles?
le sens s'échappe, y'a même plus de réel
quelques équations subsistent, un temps encore.
Tout cela finira mal, mais cela finira-t-il?
rien n'est moins sûr, s'il n'y a ni début ni fin
si c'est un amas entrelacé... il reste toujours les miroirs
le talent de certains pour les perspectives,
les anamorphoses
les délimitations sophistiques
Aristote et sa trinité
l'absolue nécessité
d'observer ce qui se décompose.
_______________________________________________
Il faut être dur comme des diamants
se souvenir qu'on était charbon
qu'on a souvent flotté à la surface
des rivières opaques et dégueulasses
Il faut des doigts comme des faux
pour se ficher dans l'écorce
se péter les veines cave
tirer le bon vin et se saouler de sa force
Oh mais ça ne mène à rien!
ou à se percer la sclérotique
sans dire quoi que ce soit
ou se perdre en jugements esthétiques
Être un chiffon brûlant
au cul d'un mâtin
gueuler avec les autres chiens,
c'est amusant, oui, amusant
mais ça ne mène à rien
-"Dis ma soeur, as tu une âme?
-"J'en presse le jus pour cette épigramme:
Descends-moi en flamme,
ainsi l'enfer satin".
_________________________________________________
Traditions
C'est classe tous ces clashs d'atomes
les frou-frou en gesticulation
en gestations autonomes
au coeur des lasers indolores
un magicien semble s'éclater
il écrase ses doigts sur des molécules stables
et disparait dans une pénétrable fumée
y'a aussi des toupies un peu ébrechées.
A côté, les existences se sucrent l'estomac
ce rituel mérite le respect
il y a des tribulations de l'un à l'autre espace
des regards à ne pas croiser, regards coma
Silence surfait, sorcellerie!
les êtres se figent, le manitou sourit
puis remet en branle le séisme organisé
tohu-bohu des origines ou final syncopé?
en tous cas la nuit synthétique prend fin
les étoiles se ramassent à la pelle
des semblables s'observent, s'interpellent
le chaos se répand, le haut ciel revient.