Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Sonnet à l'Okavango (II)
Demi dieu distordu en folle géographie
d'une vallée d'Afrique, bouffant la terre jaunie
de ses mille langues qui lèchent le Botswana,
souvent, je m'imagine parmi ses aléas
Dans un Kalahari crevé partout ailleurs
il crache ses salins en postillons fertiles:
le sable, son linceul, imprégné de sa bile
permet aux créatures de vivre dans l'erreur;
Sa fin labyrinthique est une aberration.
L'acacia parasol, le marula et le saul,
ces géants se gobergent de ses excretions
Et gnou, et grand koudou, gens parlant le kwengo,
dans leurs cris, leurs clic-cloc, s'étonnant de ce drôle
chantent tous la déroute du seul Okavango.
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Leitmotiv
Nous sommes solides
à l'épreuve des dragons visqueux
de leurs crachats acides
et de nos désirs scabreux
Il ne faut rien y voir d'encourageant
c'est comme ça
la chair élastique claque
et ne rompt pas
Quand nous concevons
surgissent les fantomes opaques
les ténèbres des ténèbrions
Et après, il faut sortir l'angoisse
dans des rues toujours aussi sordides
on se répète qu'on est solides.
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Tentation de voyage
C'est flippant
dans l'iris
allées-venues des repères perdus
C'est pas pour dire
mais on va nulle-part
pas besoin de ticket m'sieur
Laissez-nous là.
Sans crainte pour vous
on s'la garde, bien au chaud sous le pull
on veut de la peur
pour en rire
plus tard
Si on arrive juste là, à nos pieds.
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Boîte de Pandore
N'ai rien à dire de fondamental au regard des équations qui sous tendent
notre univers
N'ai pas de considérations géostratégiques de premier ordre
du genre à bouleverser l'équilibre des forces en présence
N'ai rien reçu de Dieu, type message à transmettre depuis une montagne
au sommet rare en oxygène; même les drogues n'ont pas joué ce jeu avec moi
Je c'est vous
c'est nous ou moi
Croule sous les injonctions à la première personne et celles des deux Moi
Ai un Père, ai hérité de ses notions, ai crainte de décevoir
Ai un cousin, un aïeul, un prof, un frère, qui lui, a tout embrassé d'un
regard, dois le tuer. Ou vivre avec cet oeil d'Abel qui attend l'heure du
crime, au choix.
Ai besoin de thune -ah oui?
Ai cette vision d'un ectoplasme dense et dévorateur qui sera là quand
'entendrai le glas, s'il se fait entendre.
Ai peu d'espoir.
Ai mes gènes qui gueulent, à heures fixes.
Ai des factures
Ai étudié l'éventualité du suicide, sous ton ses angles, y compris
comiques. Ai trouvé peu de raisons d'y aller, peu de raisons aussi de ne pas
y aller. Des choses infinitésimales pèsent parfois, selon les saisons.
Ai posé les questions de gosses, ai pas été convaincu des réponses.
Ai trouvé l'amour, ai perdu l'amour
Ai une mère aussi, le début et la fin, semble-t-il.
Ai des avis sur beaucoup de phénomènes, la plupart de ces avis sont
instables, et le dernier qui parle a souvent le dernier mot.