Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Angoissés par la lumière
nous regardions passer la nuit
muets comme des réverbères
abreuvés d'un grisant ennui
et quand les chimères nous frôlaient
nous prenions vie quelques instants
golems hirsutes et titubants
on s'en allait tout recracher.
La magie paraissait possible
affalés dans la solitude
de récits moins vrais que la bible
qui imbibaient nos habitudes.
Sous le plafond de nos amours
craquées au passage du temps
nous rejetions tous ces déments
communiant aux sons du jour
toi dans le soir tu m'apprenais
à nourrir mes rêves de gloire
d'un conte merveilleusement noir:
le douloureux destin d'Orphée.
La magie paraissait possible
depuis le lit de nos espoirs
malgré l'enfer inextinguible
augmenté par cent-mille miroirs.
Mais quand dans l'ombre on se levait
pour remâcher notre poussière
on voyait pousser sur nos nerfs
les chaînons de l'éternité
et notre chair rognée de mythes
dégoulinait de perles empires
fascinantes gouttes aérolithes
que nous ne pouvions réunir.
Mais la magie était crédible
en referment les pages impies
qui nous avaient fait insensibles
au plaisir de risquer nos vies.
_______________________________________________________
Stress et paillettes
Je tire mes angoisses des plus merveilleux songes
aux coulures verdâtres comme d'anciens décombres,
des univers surgis hors des jaspes de l'ombre
et en ruines ils s'entassent où mon esprit s'allonge.
Dans cette citadelle aux murailles élégantes
qui lacèrent en tous points un monde à peine éclos
je parcours éveillé le monstrueux enclos
de mes mythomanies réelles et obsédantes;
Parfois ma ville bouge et fuit en une comète,
sa traine de rocs gelés constelle alors la route
que je dois deviner tous les sens en alerte
ou demeurer serein dans ma folie dissoute.
_______________________________________________________
Poème Positiviste
La nuit n'existe pas
c'est un champ mythomane créé de toutes pièces
et surgi à grand-peine
dans notre esprit demi-pièce de puzzle
La musique n'existe pas
elle respire l'inconsistance des désirs éperdus
rats crevés qui flottent à la surface-miroir
de notre haine silencieuse
Le vin n'existe pas
il coule d'arbres poussés dans les contes pour enfants
depuis une pomme flétrie
qui nous a mangé nos dents et les organes de la digestion
L'effort est un leurre
incrusté dans nos tissus à la mémoire de nos enfants
qui se rateront, eux aussi, en hommage à leur lignage
et pourtant, nous les aimerons.
L'esprit n'existe pas
pas même à moitié, je vous ai menti au nom de la Vérité
et cette moitié prétendue
oblique les contre-vérités qui nous abreuvent à l'âge adulte
Les Muses, les nazis, les juifs, les philosophes, les peuples, les fleuves,
les maladies, les causes premières, la pluie, les craquements dans les branches d'arbres, LE sexe, et j'en passe;
foutaise!
rien de tout ça n'existe: je le jure.
Il va falloir tout inventer.