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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Poèmes éhontés

 

Le bateau vivre

 

Un bateau a sombré au large
rempli de tous les poètes échevelés
la poésie est elle morte aussi?
l'écume nous le dira

C'était une embarcation fragile
qui voguait trop nonchalement
une vague malsaine et habile
l'a coulée comme du ciment

Certains chantaient, d'autres non
les muets mangeaient les premiers
espérant survivre de part le fond
grâce aux mots nourriciers

Bien sûr il n'y eut pas de survivant
à cause des squales et de l'asphixie
les requins ne respectent pas le talent
et il n'y a pas d'oxygène dans la poésie

Si l'on en croit Lautréamont,
rien n'est perdu, il reste des vérités simples
le sens rotatif du syphon
l'architecture d'un temple

Mais s'ils avaient avec eux
tous les vers, les sons mélodieux, les rimes
l'alchimie des abimes,
au mondes inconnus il faudra dire: adieu.

 

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Prophétie

 

Sur cette plage gît
l'enfant abominable au sourire charmant
il a tué la vie
de sa folle présence, de ses gestes maudits

  C'est dans la cervelle
les organes inutiles, les pensées pourrisantes
les mondes irréels
aurores confondues au sable, à la mer démente

  Sur cette plage gît
tout amas ensemble, dangereux amalgamme
futur déjà sali
et l'écume active lèche d'avance le drame

  Qui vient en reculant
sourde introspection des questions invasives
ce n'est plus un enfant
c'est l'assassin tranquille aux passions impulsives

  mais ce corps est couché
il attend le ressac
la lame aiguisée
qui le mettra à sac
qui lui fera payer
son crime d'orgueil gratuit
qui va l'envelopper
pour les jours et les nuits

  Sur cette plage gît
la mortelle étendue, sa tête déjetée
vers l'horrible sursis
la joie sale, les couleurs et le temps vont passer

  Il sera encore là
coquille vide et nacrée en décomposition
son unique globe flot'ra
sur l'onde intouchable, noyé dans l'horizon.

 

____________________________________________

 

Obsequium amicos

 

Je suis seul aujourd'hui
avec bien trop d'amis
tous ceux-là veulent mon bien
dont je ne ferai rien

ils m'appellent, s'inquiètent
lancent les "quoi de beau?"
tic qui me débecte
ces rapports sont de trop

non aux copains d'abord
aux tentacules du coeur
être seul est un bonheur
une liberté trésor

la franch' camarad'rie
peut servir à l'armée
mais nourrir l'amitié
est une belle connerie

arroser cette plante
chaque jour de preuves
et comme chef d'oeuvre
elle devient grimpante!

pourquoi s'asphixier
de sentiments coulants
quel est cet interêt
qu'ont les gens pour les gens?

 

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Régler ses comptes

 

Les beaux alexandrins ne nous ont rien appris
hors le sel sur la plaie, la maîtrise de l'ennui,
à mourir au milieu pour se sentir revivre
et plonger de nouveau, à la fin, sous le givre

c'est une guerre ordonnée où les héros paradent
en mythomanies fières ébranlées par le style,
en cercles vicieux s'activent au peristyle,
ils attendent leur mort au détour d'une rime fade

On parle d'inspiration, des muses, de leur chant;
mais de l'expiration, du souffle articulé?
c'est aussi un mystère comme les muses enculées

je comprends le mépris, Lepetit arrogant
les poètes constipés, leur sourde déchéance
mathématiques coquettes, vous êtes suffisance!

 

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Tribunal

 

Je me plie à certaines lois
venues du fond de la pensée
trois ou quatre sont valables
les autres sont toutes à jeter

  Je ne sais pas vraiment pourquoi
ma rebellion courbe l'échine
ma cervelle est maléable
je la broie dans la machine

  Il y eut des dieux, des maîtres
quelques fulgurances rescapées
revenues des monts escarpés
comme déferle une avalanche

  Deshérité par mes ancêtres
qui m'ont exclus de la famille
j'm'accroche à l'arbre, à la branche
dans mon cas, c'est une ramille

  L'oeil poissonneux d'Abel nous mate
nous les traîtres, les gais assassins
mirage du Parnasse qui s'entrouvr'
c'est un caveau qui se dilate

  Et la momie, et le vampire
et sangsue et zéphyr malin
et le faune au rire de vouivre
en cercle contre nous conspirent

  -"Sans génie, sans réel malheur
la porte vous restera close!"
le dédain des grands est une chose
qu'on oublie vite face au seigneur.

 

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Complainte

 

Moi aussi je voulais du beau,
du bon, du sang noir crépitant
qui exalte l'invisible
statufier le vent appelant

  Me déchirer en cent morceaux
en prismes d'evanescence
pour les doux regards sensibles
des Belles et de leur démence

  Si, je jure que j'ai essayé
même en me nouant les tripes
en testant tous les principes
et les plus mauvais procédés

  C'est un combat inutile
il est danaïde et futile
mon tombeau rieur est en marche
le plus fun est sa démarche.

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