Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Ophélie
Hey! Ophélie tu t'es cassée la gueule!
On voit bien que tu n'as pas glissé
que tes yeux plissés
masquent un jeu puéril
Mais tu as froid
des ramilles te lacèrent doucement du bout des doigts
suis sûr que ça t'excite
que la nature se couche sur toi
L'herbe est belle
le rivage fleuri, bien qu'automnal
ton petit cul sur le flanc
n'est pas bien moral
Qu'est ce que tu attends?
Ophélie!
jolie garce de romans
ta pâleur insulte le fil de l'eau
Des poètes se décarcassent à te donner raison
et jamais plus tu bouges
ingrate catin symboliste,
désirable au coeur de ce bouge bucolique
Hamlet pleurera, on le sait
lui aussi a trop simulé et titillé quelques démons
je te ferai honneur en son nom
Tu n'as plus tort
ne frémis pas
je vais faire ce que je dois
au centre de ta misérable existence.
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Litanie de la foi
Je crois
aux bêtises indicibles
à la suavité épithéliale de certaines femelles
à la chaleur dans le coeur de cible
aux efforts qui ne riment pas
Je crois
aux vagues de pus sur l'océan
à la malice de l'Homme, à l'indélicatesse
au faible pouvoir d'un roman
à la blancheur du lait d'anesse
Je crois
aux coups droits
à la tangeante caresse d'un pétal tombé;
les cassures de rythme me touchent profondément
je crois à la bassesse échaffaudée par le génie
Je crois
qu'on ne peut pas tout dire
mais que rien n'interdit d'essayer, sauf le bout de la langue
je crois à l'inconfort
à la vue qu'on obtient une fois au large
Je crois qu'il y a des dieux bien minuscules
à la sorcellerie tentaculaire de la réflexion
à l'hérésie calculée à l'ombre de concepts enflammés
je crois que le mauvais whisky pique la langue
je ne crois plus à l'
éjaculation
ni à la bonté innée des tout petits enfants
je crois qu'ils crèveront
en devenant adultes et synaptiques
je ne crois plus au talent
aux molécules qui font maigrir sans tuer
je ne crois plus non plus
au soir qui
tombe
chaque matin on s'aperçoit, déçu, que tout cela est faux.
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Dans ma mouille
Pleut le crachin du Lumineux sur le toit d'en face
ça appelle la pupille
puis on voit plus rien
c'est un peu biblique tout ça
-Sauf que je n'ai pas de sel dans la bouche!
mythologique aussi
-Sauf qu'Eurydice ne s'en retourne pas aux Enfers,
les Boches ne l'auront pas, cette magnificence. Na.
Donc,
sur les tuiles, il regarde, scintille
ça le gêne pas toute cette grâce
cet éclat de lui-même à nous dézinguer la rétine
la volonté des astres m'échappe un peu, mais il a la classe.
Sur la vitre, c'est carrément d'la magie
il s'étale d'abord, puis
dans chaque petite molécule indifférente, prisme,
se répercute son corps cristallin éclaté,
la neige opaline et meurtrière ne recouvre pas si bien.
Et puis les phosphènes! Bé oui.
Donc, on n'y voit rien.
ironie, car en vérité
c'est celui qui luit qui est
la couleur
la matière visible
jour et nuit
même le temps donc,
donc
c'est une leçon à ne pas oublier
c'est comme les pages d'un livre qui voudrait nous bouffer.
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Macabre découverte
Tout est d'un bloc
obèse et cassant
l'humanité marbrée de sentiments opaques
le devenir religieux des amants
Ce bloc est à gratter
qui découvrira les inscriptions?
en se pétant les ongles
qui retrouvera la notice,
qui saura s'il y a des morceaux
de vrai dans un seul mot
Il est là sous nos yeux malins
ce grand bout de machin
de chair amalgamée, granit en toc
plastique de Chine avec une belle breloque
Clic cloc clic cloc
et si c'était une bombe
minérale et organique
à trop contempler, on débloque
On développe des maladies de peau
on s'gratte soi-même et on a tout faux
Mais ce grand bloc est bien là
mystérieux missile, narquois
les prophéties disent souvent n'importe quoi
"Demain jouera à saute-mouton avec les futurs singes"
?
Il est bien là, cet objet monumental
infranchissable et perpendiculaire
on y sent le parfum iodé d'un paquet de larmes
y'a eu des doigts contractés, funéraires
Putain c'est l'angoisse, il n'est pas unique
ils sont cent, mille, tous gravés: runiques.
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Promesse
Ma Belle, mon cinéma
tu as connu un dieu, un apostat
connu son tourment électrique
au regard clos et statique
Ca nous frissonne ces images en 16/9e
coktail de sève vermeille
de cris lourds, de vol effacé
avec du miel gluant sur sa paroi-bonté
Je n'ai vu que toi, que lui et quelques livres
je sens nos filaments imbriqués sans illusion
nos yeux en syphon vont chialer du givre
ma Belle, les mondes anciens sont à suivre au fil du crayon
tissus squalides
icône gothique
le sort étalé
la joliesse de la vie étendue
c'est entendu
nous y voilà
liés
Ma Belle, mon cinéma
j'aime ta voix en V.O
j'aime t'avoir en or en précieuses possibilités
ce sont nos horribles partages
à se déchirer la trachée
oh Tommy! Sale gosse, que fais tu là?
ne sais tu pas que c'est sacré?
que les corps scarifiés, peinturlurés
tout cela est interdit par la religion
Bien, nous en ferons une originale
pour une trinité de débats, de somme folle réinventée
pour nos constructions féodales
amibitieuses et biologiques
imparfaites
rythmiques
et pourquoi pas
mélodieuses.
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Le râle du Graal
En queste de la coupe franche de lumière
Nous estions cent-cinquante, quelques frères
Beaucoup de sang, de meurtre, de déshonneur
De faux chemins, de vrais tourments, de clameurs
Tous les Roys, les dragons, démons ensemble
Avaient raison chacun de leur côté
La foi devait descendre nous inspirer
Car face à la magie, nos membres tremblent
En queste de la coupe franche de lumière
Nous nous sommes entre assassinés -malheur!
Les castels sur nous écroulés, et chapelles en pleurs
Même les sièges nous avalaient! Divine misère!
Nos anciens dieux avons trahis -par piété!
Le nouveau conserva son Prix -hélas!
Tous ensemble avons échoué, jamais de guerre lasse
Sommes même passés juste à côté
Diable nous oublie! Dieu, Fils et Esprit
Pardonnent à la pauvre chair, au mol esprit
Avons fait ce qu'avons pu, avons tout donné
Prions pour courage futur, futur pour nous, damnés.