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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Art de la déroute

 

 


  Des équivalences. Pas des miroirs, pas d'autres âmes aux os couverts de saleté, non, une équivalence, pour  se projeter et se métamorphoser. Le monde avait déployé tant de clones aux mêmes langages qui communiquaient jour et nuit en s'échangeant des formules toutes faites et impersonnelles que l'individualité me paraissait engloutie dans un gigantesque programme de relativisation, de réduction totale de l'être, d'anéantissement méthodique de la magie. La plupart des mots s'étaient vidés comme de petits insectes aux boyaux liquéfiés et aspirés par une araignée géante.

  Au-delà du langage, même mon sexe n'était plus qu'un instrument de mort, une sorte de levier pour se propulser dans le néant d'une humanité dissoute, un océan visqueux de chattes rasées, de tétons durcis, brillants comme des clous sur la route d'une Inde bien trop connue.

  Je veux partager avec vous cette idée monumentale d'une équivalence. Les fleuves avaient été décrétés impassibles par un voyant. Mais une autre tragédie restait possible, une autre fin, une existence chargée du foutre de la vie, aussi ténébreuse que le souhaite l'enfance dans ses rêveries déployées, quand le nocturne, tapi au coin de la pensée fait naître des ombres qui échappent à toute mathématique horrible, à toute géométrie désesperante, et surtout qui s'affranchit du cycle et de la norme, qui ne répond qu'à ses propres lois, une vie telle que nous l'espérions lorsque les griffes obscènes de la réalité imposée n'avait pas lacéré notre absolue soif d'autre chose ; lorsque nous construisions nos chefs-d'oeuvre de guingois, de traviole, nos édifices mentaux maladroits, imparfaits et uniques !

  Quelque part, en Afrique, arrachée à la terre, coule une eau incroyable accouchée d'une erreur, c'est un enfant mystique : un fleuve monstrueux, anormal, sans logique et dont le delta broie toute règle établie. Il rejette en un souffle au nord du Botswana ses immenses salins, étoilant d'un dédale hirsute, gris et bleu le désert morne et plat. Souvent, Okawango, je m'imagine errant, heureux et enivré parmi tes aléas...

  C'est un accident géologique, un tremblement de terre qui en est à l'origine, qui a livré à ce fleuve sa singularité et l'a fait dévier de son cours originel pour aller le perdre dans le Kalahari. Les dieux regardèrent cet évènement les bras ballants, d'abord incrédules, puis effrayés que les forces qu'ils créèrent eux-mêmes pussent engendrer de telles aberrations. Et l'océan Indien n'entendit plus jamais parler d'Okawango, le fleuve qui ne trouve pas la mer. Je me plais à penser qu'un petit Daimôn t'a insufflé cette idée, flot étrange, et que tu n'as pas souffert de cette malédiction, mais qu'au contraire, tu l'as choisie. Souvent, Okawango, je m'imagine errant, heureux et enivré parmi tes aléas...

  Mais le Kalahari n'a jamais vu mon corps, les mille bras du fleuve abreuvent d'autres vies. Dans les déserts brûlés d'une Afrique interdite, l'aigle pêcheur, l'ibis, l'éléphant, le lechwe, la hyène et le varan, le topi et l'hippotrague, le gnou, le grand koudou, trompette, barrit, crie, hurle en ce labyrinthe improbable et unique où des tribus Bushmen, suivant l'éclair, la pluie, chantent dans leur Kwengo un poème en clics-clocs.

  Par l'erreur, l'accident, le singulier, ce qui échappe au commun, un monde est créé, bizarre et magnifique.

  Jamais tu ne trouveras l'océan, bel Okawango, fleuve maudit et majestueux, et je me reconnais en toi : tu es assez dissemblable pour que je t'admire. Tu fonces, tête baissée dans l'irrationnel, tu plonges tes doigts dans l'ailleurs et en tires ta magie, ta personnalité ! L'océan ne sera jamais pénétré de tes eaux, et tu t'exiles en poussière qui se répand dans l'air ou dans le sable, qui est une autre poussière, et tu baises ! Tu baises comme personne -ou mieux ! comme Onan, éjaculant dans la terre et méprisant Dieu ! Je suis certain, Okawango, qu'en t'enfonçant dans le desert pour y croupir, chacune de tes mollécules, avant de s'évaporer, éclate de rire !

 

 

 

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M
"déroute", c'est pourtant très approprié !
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M
quelle source, ce fleuve...bravo
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I
<br /> <br /> Hum, merci ! je n'aimais pas du tout mon titre... L'autre source me semble bien mieux...<br /> <br /> <br /> <br />