Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Sisyphe
Le vent avait plus d'un tour dans son sac
dans cette ville perforée d'alcooliques
et la bière et l'absinthe
étaient parfois un peu amères
nos lèvres entrouvertes restaient collées aux commissures
trop sucrées
-à ta gueule
-à ta gueule
dans le vent, nos gueules
sous le vent, nos feuilles
il y avait tout pour faire de nous
des poètes
et surtout, ce vent déchiqueté par les platanes
rampant entre les tables
affolant les tignasses
affolant les gars
affolés par les jupes plaquées
nous, de grand poètes, encore ignorés
de nous-mêmes
qui nous soûlions pour un sonnet
ah mais quand viendra l'inspiration!
sûrement nous serons trop bourrés...
il y avait tout pour être inspiré
mais surtout, le vent
plus d'un tour dans son sac
et notre sonnet qui n'avançait pas
encore un peu de bière
encore un peu d'absinthe
et sur notre table, un reflet nouveau
celui du lampadaire
le temps nous oubliait
mais pas le vent, sur nos gueules, sur nos feuilles
accord commun et tacite
la feuille, je la roule, je la jette
encore une bière, encore une absinthe
et le vent
avait plus d'un tour dans son sac
en un mouvement
en un ressac
la boule est revenue taper
à nos pieds.
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Le poème et la pomme
Sur ma peau
brune, imberbe
sur mon âme en sueur
court l'éternel
envie d'absolu
les murs craquellent
le soleil s'enfuit
un ange refuse
de se laisser enculer
une ambulance chante
son urgence, puis disparait
je veux harponner de précieux instants
mais peut-être suis-je trop sale
ou bien pas assez
-pour l'absolu, me dis-tu, je ne sais pas, mais pour l'envie,
viens plutôt me baiser.
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Sur l'os
la chair
et par dessus des rêves en copeaux
de l'écorce
de la poussière
les minuscules éclats
réverbères
et où se trouve la force
de faire gicler le sang dans les artères
oh mais on ne sait pas
on peut très bien vivre comme ça
dans l'inconscience.