Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Il a p'tete raison lui
là
muet presque inconscient
à la dérive immobile
sur la langue glacée du béton
ni combattant ni même observateur
avec son réchaud et sa boîte
de ravioli
tous les jours la même boîte
de ravioli
des yeux noirs à offusquer le diable
il est sec et noueux
comme du barbelé
je suppose qu'il a eu ce pouvoir insupportable
un jour, une seconde, un mortel instant
de voir le monde tel qu'il est, ABSOLUMENT tel quel
machine à concasser
il a p'tete raison lui
là
je passe tous les jours devant
en allant au tennis à la boulangerie aux impôts marcher pour marcher
c'est un livre ouvert
aux pages noircies indéchiffrables
grimoire inquiétant de runes et de crochets
pour nous pendre TOUS
il vit dans un poème de Blake, Baudelaire, Lautréamont
enfin, pas des histoires pour enfants
je passe tous les jours devant
avec la peur au ventre
de reconnaître une bonne fois pour toutes
que ce fou
a raison.