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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Joie sans cause

 

  Ode

 

  Ils étaient morts
dans leur charpie géniale
au temps +1, sous mon regard animal
ils pourrissaient dans un chouette décor

  Les pins indifférents avaient saisi leurs os
et les ficelaient en multiples arabesques
ces araignées un peu grotesques
suçotaient leur cadeau

  Tout continuait
son expension, le dur béton
l'océan dilaté, les champs de maïs blond
une croissance inlassable continuait de régner

  Je n'étais pas triste
jamais mon corps ne trembla
au coeur de la nature égoïste
je ne hurlais même pas

  Ils étaient morts
tous
les bons, les méchants,
les grands auteurs, les plus modestes
les architectes, les commerçants
les vélocyclistes, les flics
mes parents, les géants, les petits
les monstres et les saints
en un fabuleux tumulus
nourrissaient la chair terrestre
peut-être était-ce mieux ainsi?

  Et Dieu me dit:

  "En tous cas,
inutile d'en faire un poème."

 

__________________________________________________

 

  Pshit

 

  Je vous les laisse
les lignes infinies qui perdent le ciel
les pensées frissonnantes qui donnent au corps
cette sensation d'être
pour quelque chose dans le devenir
de notre volonté blablabla
l'exultation
orgasmes et génies perforants
je vous les laisse
à votre bon coeur, votre bon usage
du cac 40 ou des dépensiers
usez-en selon votre bon vouloir, votre bonne soumission
à vous de voir

  Je garde ma bite
on ne sait jamais
des fois que dans un avenir proche
la terre me paraisse vide, que sur sa croûte
les chiens me semblent trop seuls à profiter du vent
que sous le ciel
les poissons y crèvent, solitaires
alors je ferai un ou deux mutants, des hydrocéphales
avec de bien gros yeux
pour globuler envieusement sur ce qui reste:
quelques ruines où des plantent serpenteront

  Je garde aussi
ma rage stupide et aveugle
des fois qu'un con s'amène
agressif ou mouillant
je saurai quoi faire.

  Mon inaptitude à écrire ce que j'ai sur le coeur
je la conserve, égoïstement
j'en ferai des confetti
sentimentaux
que vous comparerez aux vôtres
toutes nos poussières de pleurs constituées
bourgeoises matières qu'on retient au chaud
de l'incommunicabilité
foutre et postillons, crachins glavioteux et cervicaux!
cela sort bien de nos orifices
de nos offices
sans parole

  Pas de bol!
la rime est apparue
pour envelopper la mystique misère
et puis elle est partie, avec la métrique
pshit!

 

___________________________________________________

 

  Squelette désargenté

  Poil de vent sur mon crâne (idiot)
mort du temps dans mon âme (expulsée)
Et le vent et le temps et la mort
en paquet triple et bien noué
frétillent en reptiles désagrégés

  C'est ma pensée qui se tord
en suivant le craquement des volets (dehors)
ni mes ailes gluantes mouchetées
ni ma gueule impuissante, chienne,
ne forment un corps parfait (c'est parfait!)

  Alors le sort, turbide, le destin flacide
serpentent bien en rigolant de mes cheveux expulsés au vent
je suis la chimère sèche donnée au zéphir
aux sacrifices sans dieux concrets
pour une tâche absurde; mon sang est vif.

 

____________________________________________________

 

  Inutile étandard

  A poil, un peu de muscle sous la carne
j'ai préparé mon corps pour la guerre
en fait je suis à l'écart, derrière une lucarne
mon futur se prélasse sous un soleil d'hiver
 
  Ridicule, autant que l'essentiel de mes frères
j'arbore un panache, qu'on peu trouver obscène
et moi très lâche de ne pas user de ma haine
pour contribuer au déroulement des affaires

  Je n'ai pas véritablement renoncé
à accepter ma part héritée du drame
mais je dois lui trouver trop de charme
et il me suffit souvent de contempler

  Pourtant les duels
la marche du feu
le sang sempiternel
excitent mes yeux

  Oui, je m'en sens vivant
dans notre temps visqueux
un court instant
je me suis crû capable de bien mieux

  Porter le drapeau
d'ossements et de joies
définir les cibles, l'enjeu
d'un geste, faire fuir les faux rois

  je m'étais préparé pour une guerre
en négligeant les risques d'une paix sournoise.

____________________________________________________

 

  Thématique foireuse de la réciprocité

  Les périphériques sans fil explosent de notre carcasse
pour le bonheur
de mêler notre sang au gloubi boulga planétaire, corsaires!
de mers à l'horizon flou
qui titillent les globes spongieux
qu'on nous a fichés au milieu du coeur

  J'ai huit amis
une m'a supprimé pour une histoire de débardeur
je pensais les marins plus sérieux
plus techniques, mais je fais peu d'effort c'est vrai
pour correspondre aux critères
de l'amour ou de la haine, je ne prive personne de son libre-arbitre!

  La mode est à l'immolation, pour la masse
au sacrifice d'un corps si peu notable
quand il n'est pas revêtu de Prada
les preuves s'entassent, ô devenir misérable!
je me souviens auparavant que derrière les murailles
les grands avaient des notions stables.

 

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E
<br /> J'aime particulièrement la strophe :<br /> Tout continuait son expansion....<br /> C'est ce genre de vision qu'a eu Neruda dans la première partie (grandiose) du "Canto general", quand il décrit "a contrario" la naissance du continent Sud-américain.<br /> <br /> <br />
Répondre
I
<br /> <br /> "Dans la fertilité, le temps croissait". Décidément il faut que je me le trouve en espagnol!!<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Salut! J'aime ces poèmes.<br /> <br /> <br />
Répondre
I
<br /> <br /> Sourire, sincère. Jette un oeil aux poésies de Bukowski à l'occasion, tu me diras ce que tu en penses... Au plaisir<br /> <br /> <br /> <br />