Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
sous vos yeux souvent
de la chair de la chair de la chair
et au bout, des ongles et des cheveux
ou un crâne chauve et ridé sur lequel se dessinent les ombres du soir
peau de banane sur le trottoir
vous en croisez souvent plus mourants que morts
plus vivants que fantômes
plus mordants que des chiens sans dent
éjaculés des enfers de la terre
sortis perdants de toutes les guerres
coupables d'avoir aimé des chars blindés
enfants désavoués par le temps
profitez tant qu'ils luisent encore
de crasse et de poux
de vapeurs d'alcool et de tabac
de sentences plus ou moins débiles
d'une âme qui rampe vers vous
profitez de leurs chants de joie étranglée
du désordre féérique de leurs pensées, de leur appartement
de leurs doigts désorganisés quand ils vous montrent
l'invisible absorbé
par
la fureur
du jour
ils ont expulsé leurs tripes sur des toiles, des cartons
sur les sièges des trains, des papiers volants
des papiers volants pour que les anges se torchent avec !
mais les "anges" préfèrent les pâquerettes
les chars écraseront tous les pissenlits
...
inutile de continuer, je pense que vous avez compris
nous aurons nos plaisirs fadasses
et eux, les tarés (entendez : qui portent un poids plus lourd que la normale)
vont essayer, essayer, essayer
de joindre les deux bouts, de votre chair à la leur
leur peau va se distendre jusqu'à les recouvrir entièrement
au point que nous ne les reconnaîtrons plus
que nous ne nous reconnaîtrons plus en eux
qu'ils ne verront plus rien
et qu'ils glisseront sur une autre peau de banane sur le trottoir
tout ça
sous VOS yeux.