Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Je me promenais, vous savez, au bord des rivages urbains
face au long canal qui charrie des tas de bêtes
des bouts de nature déconstruite
échevelée, brisée, camaïeu sombre
avec en creux un idéal de couleurs
petite musique glouglou
mélodie folle et vrillée
l'onde avait tout compris: que tout passe et tout s'enfuit
vers on sait pas trop quoi là-bas
pourquoi faire à l'abri des regards ?
au bout des artères
des coeurs un peu lourds, déconnectés, flottant quand même
troncs d'arbres en balade
écorchés
et l'écorce on l'imagine cisaillée d'histoires
comme notre bon vouloir
pratique et sans appel
et les branches se penchent, muettes
parfois dessinent quelques notes
des cardiographies aux points d'impact dans la mémoire
humide et sans pleurs
en silence on s'ébahit
des concordances
quelques fleurs moches trouveront la délivrance au fil de l'eau
en silence on s'ébahit
en compagnie des rats de passage
en silence on s'ébahit
la cervelle injectée d'images
Je me promenais, vous savez, quand
par tous les pores, à l'intérieur, glissent mille limaces
mieux vaut laisser penser
le décor à sa place.