Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Le souvenir est un oursin râleur geignard et puéril
qui se complait dans le lac étal des naufrages
ce matin je vois que tous les lits sont secs et sales
embarrassés de cadavres et de fossiles
trop de soleils ont roulé
trop de rires et de psaumes
et de vols de mouches messagères
dont le corps vide et retourné regarde en arrière
des astres livides que l'araignée du temps a sucés
se décomposent ici dans la lie du lac horrible
vous savez comment leur redonner une apparence spongieuse
il suffit bien entendu de pleurer
il est des aurores définitives
qui bercent les champs où nos corps ont roulé
ces amours irradiées sont des tragédies radieuses
rappelons-nous que nous avons trop pleuré
je vous ai pris la main, et pardon!
aujourd'hui, il est tard, ô pardon!
pardon aux sirènes Picard
aux auto-stoppeurs de la poésie
aux chiens errants à l'oeil vif
à la tombe des fêtes qui se dresse, seule, aux pieds du mont Parnasse
pardon mille fois
"Je"
ne peux plus vous pleurer.