Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Je tourne la roue de l'esprit
en concentrant mon effort
pour que revienne le souvenir d'une nuit
sans drame, sans soleil et sans bruit
sauf la respiration d'un lampadaire
en lieu et place du vent
et tout le noir sidéral en calotte
sur la ville
évanouie de présence
atone
simple comme un tableau
circonscrite aux sensations immédiates
bien défini ce tableau
les rebords: ceux de ma fenêtre
même la chouette s'assoupissait en silence
il devait être quatre heures
le crépi de l'immeuble d'en face
était serein
les autres humains semblaient décédés
temporairement
et je dérivais sur le radeau de cette mer tranquille
dernier membre de ma race à ce moment-là
J'ai rarement été aussi fier
d'appartenir aux homo sapiens-sapiens
Dieu, offre-moi encore
pour que mon amour augmente
le souvenir de cette nuit.
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Vieille question
J'ai un chat, très gros
avachi à mes côtés
une voisine pianiste
dans la rue, en bas, maintenant
la jeunesse gueule son dégoût pour un prof prétendument pédophile
et oblitère fâcheusement ma capacité de penser
leurs voix se mélangent, c'est odieux,
comme dans un lupanar infâme battu de glapissements
tout à l'heure je lisais à une jolie fille
les tentatives déicides d'un génie à la colonne percée d'un glaive
et qui tua un crapaud, involontairement
et qui voulait fuire l'oeil humain parce qu'il se sentait pédéraste;
j'ai encore en mémoire quelques mots de Platon, Spinoza, Nietzsche...
ce matin j'étais à l'Anpe, renommée "Pôle emploi"
des êtres foutus comme moi
c'est à dire avec deux jambes, deux bras un torse et une tête munie d'une
bouche vers son milieu
concouraient à qui le premier réussirait à mettre des blocs rouges, des
blocs verts, des blocs bleus dans trois boîtes distinctes
je reçois parfois des lettres d'huisser
bref
en tous points, je me figure être un humain
et pourtant
je ne sais toujours pas bien ce que ça signifie.