Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Je marchais dans la poésie
et dans la froide opacité
des regards des rues
mer lointaine, flux et reflux
je croissais dans l'oblique
charité stellaire effondrée
au bitume las des aléas
sur le sable du devenir
je marchais dans la poésie
revant aux piqûres des nuits
au moment si fugace où
des couleurs anormales surgissent
et enveloppent d'un halo
comme un religieux murmure,
transferant autour la vie
qui transpire en-dedans
je marchais dans la poésie
comme au bord d'un ravin fleuri
de belladone et de carcasses
à sonder les crevasses
je courais dans l'alphabet
noir et brûlant des émissions
de l'émotion éjaculée
en vagues outre-mondes
je marchais
dans la poésie
crevant petit-à-petit
frappé des mille uppercuts
des éveils solaires
sur l'herbe coupante des non-dits
nocturnes, je marchais
dans les allées grouillantes
d'ombres affamées
je marchais, l'âme chancelante
dans la poésie glacée d'un deuil
je marchais comme on va fièrement vers la fin
je marchais dans un poème
pour me perdre
je marchais
haletant
les yeux très-ouverts
dans ce recueil
une grenade au ventre
je marchais
dégoupillé
pour me disperser, me perdre
dans un poème
je marchais
et
je vous ai trouvés
comme moi
perdus
dans le monde éclos
en franges, en plis
en chaos
comme moi
perdus
dans la poésie.