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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Révolutions

 

 

  La lumière fut. Comme une chute attendue. Inexorable éjaculation. Des chairs de pensées se déchirèrent pour laisser apparaître la plaie à vif de l'aurore. Un corps flotte sur le ressac, sur l'écume nonchalante, roulé par la nécessaire cadence des révolutions. Voilà l'Homme, majuscule, étendu, inerte et flasque sur le sable grumeleux des éveils répétitifs. Il a encore quelques algues noires au coin des lèvres. Un long chuintement venu de l'autre bord, procession de fantômes goguenards, tourne au-dessus de sa nouvelle terre. Qui n'a rien de nouveau, bien au contraire.

  Il y a, dans l'air, des prismes en suspension, des phrases ineptes et quelques écholalies. Le souvenir des transformations écaille encore ses paupières. Sous la lumière, il vient de réintégrer son corps. Sous la lumière, il regrette de savoir par avance les tenants et les aboutissants de cette incarnation. Ses nageoires se résorbent. Ses ouïes se rebouchent. Ses ailes pénètrent comme un couteau ses flancs contractés.

  Un rapace vole sur la scène, attentif, majestueux, son oeil jaune se mélange à la lumière. Il tourne. Il tourne.

  Et tout tourne ; ou plutôt : tout a tourné.

  Le corps affublé de vie ramène une jambe à soi, tend un bras comme pour saisir une main secourable, qui n'existe pas. Non, ce n'est pas une main qu'il chercherait en vain à attraper, mais une bouteille, laissée là par sa conscience. Cette bouteille contient un message. Un message d'eau, et de vie.

  Et la lumière hurle maintenant. C'est une lumière qu'habite une légion de démons arbitraires, chauds et violents. Cette cohorte marche au pas de l'oie sur l'immensité charnue de l'Homme.

  Ce n'est pas même un signe d'Apocalypse.

  Ce n'est qu'une autre prison de liberté. Ce n'est qu'un espace qui n'a jamais été conquis, et qui est là, donné comme un cadeau empoisonné. Comme une énigme qui n'a pas lieu d'être. La lumière a maintenant explosé sur toutes choses.

  Les yeux contemplent, avec ce même effarement blasé, que tout est toujours identique, formel, oppressant d'espace et de possible.

  L'Homme est exténué. Il a ouvert les yeux. Il sent son coeur battre.

  Il se lève.

 

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A
Personnellement, je n’interpréterais pas ce texte comme une lettre d'amour homosexuel uniquement. Je pense que l'auteur s'en est servi pour exprimer une certaine horreur que lui inspire la nature<br /> humaine en général (la vérité, c'est que l'amour ce n'est pas de jolis sentiments fleuris, c'est plein de pulsions luxurieuses et de transgressions), à la fois les angoisses que lui inspirent ses<br /> propres instincts, le reflet de ces derniers dans les yeux de la société humaine, le jugement des uns et des autres, alors que ces autres sont eux-mêmes bouffés par les mêmes vices, sous des<br /> tentations différentes. Le narrateur est déchiré entre une soif d'absolu pur et les désirs les plus noirs. C'est aussi, donc, tout un plaidoyer existentiel.
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I
<br /> <br /> Non bien sûr, je réduis volontairement en disant que ce n'est qu'une lettre d'amour, et Ducasse lui-même l'aurait sûrement très mal pris : la déclaration est mise en abîme dans la grande<br /> rébellion ; mais les deux s'interpénètrent (si j'ose dire), le salut de Maldoror se trouve dans la recherche de cette âme qui lui ressemble, concept assez platonicien au final. Tout le monde<br /> relève la haine qui porte les Chants, je pense moi que c'est l'amour qui les sous-tend.<br /> <br /> <br /> Si tu veux lire quelques-uns de mes poèmes, je te mets deux lien vers certains qui pourraient te plaire :<br /> http://digitus-impudicus.over-blog.fr/article-la-belle-hecatombe-miroir-maritime-ii-81101952.html<br /> <br /> <br /> et http://digitus-impudicus.over-blog.fr/article-apocalypse-70114166.html<br /> <br /> <br /> En règle générale, va plutôt dans la page "sélection de poèmes", il doit y en avoir 70, tu seras moins perdue que dans la forêt de textes de qualité très inégale.<br /> <br /> <br /> Pour les nouvelles, pareil, je t'en mets deux : http://digitus-impudicus.over-blog.fr/article-errance-esthetique-d-un-petit-barbare-nouvelle-71483037.html<br /> <br /> <br /> et<br /> <br /> <br /> http://digitus-impudicus.over-blog.fr/article-mystagogie-pour-une-fin-heureuse-nouvelle-71859208.html<br /> <br /> <br /> Au plaisir !<br /> <br /> <br /> <br />
A
Allez, moi aussi je vais vous rédiger une réponse qui risque d’être longue. Le premier outil de Lautréamont, notamment quant il évoque le sexe, c’est le recours à la métaphore. C’est un procédé que<br /> vous utilisez dans votre texte. Les aphorismes que vous employez pour évoquer l’Homme en tant qu’être, individu, corps, l’évocation du contexte de sa création, l’assimilation à certains éléments<br /> naturels, me rappellent aussi l’auteur des Chants. Les attaques faites à la chair telles que vous les décrivez… la présence des sens. Le rapace. Toujours la déchéance dans la nature même de l’homme<br /> qui passe par son rapport à ses sens et à sa perception, ainsi que l’emploi qu’il en fait. Sans parler de la disqualification religieuse de l’Apocalypse, de l’efficacité du châtiment divin par la<br /> vie qui persiste. Et des mystères qui causent des peurs quasiment enfantines. Mais peut-être ai-je en effet davantage établi la comparaison avec l’intention auctoriale qu’avec le style poétique à<br /> proprement parler…<br /> Personnellement, la lecture de Lautréamont a été une révélation, et je suis passionnée par la littérature, m’intéressant principalement au XIXème siècle. Et par le théâtre aussi. N’hésitez pas si<br /> vous voulez discuter de votre adaptation avec moi, ce sera avec plaisir.<br /> A mon tour, je vous remercie pour votre lecture et pour la « bien belle plume », bien que je me fasse souvent l’impression d’être en plein délire d’écriture d’ornement, si vous voyez où je veux en<br /> venir…<br /> Je repasserai bientôt vous lire (j’avoue avoir été attirée sur votre blog par le titre en latin…)<br /> Au plaisir de vous relire
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I
<br /> <br /> Tiens, merci de me rappler ce terme "auctorial". Bon et puis, allez, arrêtons de nous vouvoyer, même si c'est charmant. Lautréamont a broyé le procédé métaphorique, en a fait de la pâtée<br /> poétique, il s'est tout permis, et c'est certainement pour ça qu'il mérite cet incroyable concours de circonstances qui l'a rendu célèbre par-delà son vivant. Si tu es vraiment fan du XIX,<br /> j'aurais alors quelques textes à te conseiller dans mon blog, parce que je publie tellement qu'il y a réellement (comme annoncé en en-tête !) à boire et à manger dans mon foutoir.<br /> <br /> <br /> Parler de mon adaptation ? pourquoi pas, mais à quelques jours des représentations, ce serait comme parler d'un film en chemin pour aller le voir, mais je mettrai sûrement une captation sur<br /> youtube, ou ici sur mon blog. C'est un spectacle d'une heure où j'ai essayé, au prix d'un horrible choix de certaines strophes, de raconter la même histoire que celle de Ducasse, à savoir (selon<br /> moi), celle d'un esprit absolument libre et d'un corps subordonné à son besoin d'amour, car ma théorie est simple : les Chants ne sont qu'une lettre d'amour à Dazet, le "poulpe au regard de<br /> soie". Je ne vois pas Maldoror comme un satan, mais comme un homme, tout simple, effrayé de lui-même, et donc des autres hommes.<br /> <br /> <br /> Je ne vois pas vraiment pourquoi tu parles d'ornements concernant ton écriture, moi je n'y ai vu qu'une promesse, un style qui pour l'instant se fouille, avant de décider s'il va se déployer ou<br /> s'enfoncer en lui-même.<br /> <br /> <br /> <br />
A
Votre article me fait beaucoup penser à Lautréamont.
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I
<br /> <br /> Hum... ma réponse risque d'être longue. Parce que votre remarque m'interpelle. D'abord, je ne suis pas si famillier du poème en prose, formellement, je crois même que c'est la première fois que<br /> je m'y risque, bien que mes nouvelles empruntent énormement à la poésie -bien plus qu'au schéma narratif typique du dit format. Bon. Trêve de prolégomènes. Lautréamont dîtes-vous ? amusant...<br /> Mais vous avez lu le poème "Et vous ?" qui y fait référence, alors... auriez-vous noté cette parenté sans cela ? Toujours est-il que Lautréamont est certainement la plume poétique que je préfère,<br /> qui m'accompagne depuis de nombreuses années (au point que je joue mon adapation des Chants cette année au festival d'Avignon -passons). Cependant, sur la forme, donc sur le style, je ne crois<br /> pas avoir "fait" du Ducasse, les phrases de ce poème sont courtes, lapidaires, exemptes de point-virgule (qui sont la marque évidente du style ducassien !), mais je reconnais pourtant que le<br /> passage où je parle de la main de l'Homme qui cherche à attraper "une main secourable", ensuite nié par la pirouette "Non, ce n'est pas une main [...]" est un petit clin d'oeil aux procédés<br /> cabotins de Ducasse. Bien vu, donc. Je suis heureux d'avoir attiré un regard éclairé. J'ai lu quelques-uns de vos articles (en fait, pour l'instant seulement survolé quelques-uns, le seul que<br /> j'ai lu en entier est "Je veux", et vous avez là une bien belle plume.). Au plaisir de vous relire, prochainement.<br /> <br /> <br /> <br />
L
Quel défi que celui du poème en prose : et tu y réussis très bien ! Bravo !
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M
j'aime beaucoup le "coup du poisson"
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I
<br /> <br /> le frère du coup du lapin<br /> <br /> <br /> <br />