Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Au fond du verre à pied, les paroles ont cristallisé
avant d'être bues
petit lait vitriol
j'arrose mes détritus d'un espoir critique
enchâssé dans une cérémonie redite, et redite
Communions dans l'esprit des temps foireux
face-à-face avec nos idoles hirsutes
vendues comme des petits pains bénis
par nos Américains
anciens maîtres de monde
qui n'ont laissé qu'une trace hertzienne, pas même numérique
Au fond du verre à pied, nos paroles ont perdu toute métrique
après qu'on les a lues
petit lait vitriol des poètes enfouis sous le sable de l'incompréhension
arrosons nos ordures, ensemble, cultivons
notre regard cynique
encroûté dans notre cellulose flaccide
Chantons, car nous sommes ivrognes
enivrés de ziklon Bizarre
bizarre ce qu'on a appris à l'école
à l'école du "par coeur", où il est clair que notre race est pourrie
jusqu'à l'os
des plus anciens aux futurs
prions qu'on enseigne toujours les saloperies, au moins!
Au fond du verre, l'évidence flétrie, pas de quoi pleurer cependant
la lumière des ampoules économiques produit quelques avatars
prismatiques, avec ça
et quelques Chinois, on sauvera un bout de la planète
c'est pas si bête pour
deux ou trois enfants difformes
Apprenons-leur combien nous fûmes lâches
accrocs au bonheur, à la mode qui meurt aussitôt
combien nous nous laissons infliger de moratoires
par incapacité à lever les bras
N'oublions pas les Egyptiens esclavagistes, les Grecs barbares, les latins
voluptueux, les Croisades diffamatoires et inquisitrices, les Incas
hémoglobineux
Et levons le coude à nos poursuivants
qui déshydrateront nos souvenirs glorieux
Sic.
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Sixième point de suture
(VI)
Jamais
je n'ai cru que derrière le mur verdâtre de ma possible identité
se trouvait le sentier arboré de la communication
vers l'au-delà
est-ce un crime?
Nous pouvons être les bourreaux
au courroux dévastateur
celui qui découpe les matières vivantes sises face à notre amour
cette possibilité n'est pas de celles à écarter
après la constatation de notre impuissance
qui sait ce qu'il restera de la fabuleuse humanité
Demain
je serai meilleur
j'aurai fait mes 70 pompes
écrit une ode à la gloire de tout ce que je ne vois pas
demain
je serai humain
Mais
cette nuit est unique
dedans mes alvéoles,
des choses à ne pas voir réclament leurs droits de l'homme
une lame me fait de l'oeil
la lumière s'y prélasse
cette dualité ne doit pas être un cercueil
Débattons
de la substance ondoyante sous le derme
ce souffle crétin et bondissant
qui enveloppe le peu qui nous reste
c'est à hurler
n'hurlons pas
Enfin!
L'esprit contestable hoquette
quand il se regarde
la chair hagarde
Et pourtant
cette inflexion de notre atrocité
s'ingénie à démontrer l'amour, son existence
le dieu qui s'accorde à briller
dans nos souterrains puants
Mais voilà
mais voilà
l'obscurité est écrasée sous le poids intense
d'une promesse
crédible comme le jour.
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Loterire
Moi, j'ai tout eu
les dons, l'intelligence, une force, la beauté
les Muses sur mon berceau ont bien ricané
peut-être avaient-elle bu
Sentier de chagrins sincères
les pleurs d'une mère
des tas de jouets, une cour de récré à envahir
l'Amérique scintillante à découvrir
Des adjectifs en cascade;
existence vraiment sympa
j'ai aussi hérité d'un solide palais de déglutition
une amitié avec le whisky
De bons génies m'ont confié quelques secrets de réussite
des tours de passe-passe
Qu'en ai-je fait?
un ramassis fantasmagorique
des cosmogonies étriquées
c'est un peu pathétique, je vous l'accorde.
Dans l'arène, je revêts une armure de Héros
leurs armes sont incroyablement lourdes
les ennemis minuscules
pour les empaler
c'est ridicule
Peut-être n'y a-t-il pas d'ennemis
pas plus d'arène non plus
que de beurre au cul
des fistules
Je ne peux donc rien conquérir?
Et dire
que j'ai tout eu
les Muses se sont bien foutues de ma gueule.