Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Partout les cadavres germent
insupportables de beauté
la lyre de leurs os perce ma pensée
cette nature m'obsède et dénature
tout le métal tout le métal, tout le métal de l'azur
et dans l'air, des bouches de crème, des gouffres de miel
nous baisons tous dans les cimetières
caressés par la pluie
je dévore l'espace et la matière
Inutile de tout dire
à toi qui es là-haut et tout en dessous
je compte les gouttes de pluie
qui touchent la tôle
qui tapent le sol avec parcimonie
on ressent parfois un peu l'harmonie
je m'allonge au milieu des autres
greffe et chirurgie, que tous m'emportent
Essai :
Voilà l'ombre des chiens comme une mer acide
voilà l'ombre des chiens
implacable élément qui fuit perle et s'étale
de la tête et des membres
voilà l'ombre des chiens, tu sais, j'ai peur aussi
de ne pas oser fuir
voilà l'ombre des chiens en horribles racines
qui empoignent les toits
et sont comme les doigts qui arrachent les rêves
alors je me souviens
que j'ai vécu hier
et je lape en grognant -au sol de tous nos restes-
que j'ai vu de quoi mourir heureux.
Partout les cadavres germent
comme de hautes forêts
où il fait beau, étant chien parmi les chiens
ombre chez les ombres
et mélodie décharnée
où il fait bon dans le vert des ossements
sentir la chair le métal de l'azur
car nous baisons toujours
sous la pluie des cimetières
C'est fou de se dire
que même morts, nous ne nous reverrons jamais
sur la souche détrempée de ma vie
de ces incroyables forêts
je regarde pousser le champignon de l'ivresse.