Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Nous mêlons nos solitudes
surtout "comme ça"
un peu par habitude
face à face, verre à verre, vide à vide
crispés dans un néant de sensation
dehors, des existences crissent, crient, subitement
dans les rues on croirait qu'il y a des formes de vie
une bouteille s'élève, puis une respiration
Je ne dis rien parfois, des heures,
des heures durant
et les lueurs s'écrasent, passant par tout le spectre
au mur, une lampe sodium
crépite une lumière comme un étang vaseux
c'est un peu irréel sans être fantastique
étonnant aquarium
nous sommes des anges flottants, notre esprit est statique
Nous mêlons nos solitudes
surtout "comme ça"
un peu par habitude
face à face, verre à verre, vide à vide
des volets claquent dans Daisy Town
une folle gueule d'imprécises malédictions
serait-ce la fin des temps?
nous sourions, ce doit être un signe
Je ne dis rien parfois, des heures, des heures durant
regard tourné au ciel comme si quelque chose...
le cul de bouteille tinte
sur la table
nous sommes vivants
seuls à seuls
chacun dans son quartier, un abîme entre nous
que nous peinons à remplir
Nous avons mêlé nos solitudes
l'hiver est bientôt là, le whisky est fini
il faut mettre fin à l'hébétude
j'écarte les lèvres, ma voix annonce:
je vais me coucher
mon pote se lève
et va mêler son corps aux formes de vies diffuses
chacun disparait dans sa propre obscurité.