Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Ôôôôôôôôôô invasive et térébrante douleur de tout un peuple vaincu, publiquement humilié devant le cortège des nations, genoux en terre de Défaite; le cynisme s'efface devant toi, la moquerie se sclérose d'obscenité, et quoi? je ne sais plus quoi dire. Ah tiens, si:
France ! France outragée ! France brisée ! France martyrisée ! mais France libérée ! libérée par elle-même, libérée des hystéries consanguines, des nationales furies, des beuveries violentes et souvent macabres des soirs de match de foot. Statisquement, trois Français vont éviter la mort par la grâce de cette sortie sans gloire.
Et voilà, j'ai craqué, je n'ai pas pu m'empêcher; je ne sais pas bouder mon plaisir.
Il faut dire que cette lourde tension de l'air qui retombe comme un soufflet flasque a de quoi reposer.
Tout est différent ce matin. Le rossignol n'arbore plus son fier maillot bleu qui jurait dans le vert feuillage du platane en bas de chez moi, les ouvriers besognent leur tôle dans la stricte observance de leur métier, absorbés par la tâche qui leur fait oublier le déshonneur de la veille, nul n'attend plus que les sourcils du sélectionneur se rejoignent en un improbable V de la victoire.
Je me vantais ici -mais je me vante partout soyez-en sûrs- de profiter mâlement de l'obnubilation de mes congénères du même genre que moi pour le football, et de délasser, par humanisme, leurs femelles abandonnées lors des grandes compétitions. Il reste un match je crois, pensez bien que je saurai en profiter.
Je viens d'apprendre, presque en direct, c'est donc une espèce de flash info (et pas UN espèce de flash info, je le précise à l'attention de la moitié des journaleux de France qui ne savent plus reconnaitre un nom commun d'un adjectif), je viens d'apprendre donc, et ça coupe court à toute reflexion sportive, parce que nom de Dieu, si j'avais su ça avant, croyez bien que mon avis sur le foot, vous vous en eûtes passés, je viens de lire donc cette noire nouvelle:
José Salamango n'est plus. C'est un euphémisme, ça veut dire: il est mort. Crevé, foutu, ad patres. José Salamango! C'est quand même un prodigieux hasard!
José Salamango n'est pas footballeur, ni même arbitre, et pas du tout, mais alors pas du tout Français. C'est à se demander pourquoi, ou dans quel but, est-il mort aujourd'hui-même. C'est louche. Mon dernier article traitait justement du plus grand auteur portugais, le sieur Pessoa, qui n'ayant pratiquement rien publié de son vivant, ne reçut aucune distinction notable. Au contraire de José Salamango dont je n'ai pas dit un mot, qui lui, a eu le prix Nobel de littérature en 1998 -notez comme cet homme ne cessa de se cacher toute sa vie derrière les péripéties françaises en coupe du monde.
Je n'ai jamais lu ni le "Radeau de pierre", ni même "L'année de la mort de ricardo Reis". Je le soupçonne d'ailleurs d'avoir passé l'arme à gauche afin de me culpabiliser de ne pas le citer dans mon article sur Pessoa. Je trouve ça dégueulasse de me faire porter le chapeau d'un égo hypertrophié porté par une santé vacillante. Je suis en bonne santé, moi.