Hélas, les Haïtiens sont un peuple de sans-coeur. Insensibles aux malheurs d'autrui, ils restent le nez collé sur les zébrures de leur sol meurtri, pleurant leur infortune, bras ballants quand ils n'enterrent pas leurs morts et sans aucune manifestation de solidarité envers nous, Français charitables qui venons à notre tour d'être accablés par le funeste destin.
En avez-vous vu un seul de ces Haïtiens, mu par une bien naturelle gratitude, nous renvoyer l'aide que nous leur avions acheminée? Toutes ces boîtes de ravioli consenties, en avez-vous récupéré une avec un simple petit mot de soutien? Nous ont-ils rendu notre argent, nos dons? Que dalle, oui! Des salauds d'égoïstes, voilà ce qu'ils sont.
Enfin moi, ça va, je vous remercie de demander, comme je n'ai rien cédé à Haïti après le séisme, je n'ai pas la sensation d'être floué en retour. Surtout qu'il n'est même pas tombé une petite goutte de pluie chez moi pendant les innondations de cette fameuse tempête Xynthia. Qui me laisse plutôt froid du coup. Même l'acharnement ostentatoire des journalistes à désigner d'éventuels coupables et à créér la polémique ne m'azimute guère. L'unique question qui mérite d'être débattue, et qui devrait faire polémique, c'est: pourquoi un nom de voiture Citroën pour une tempête? Quel foutue idée!
Non mais c'est vrai, que va-t-on secourir tous les pauvres hères, ingrâts, de la planète? Des gens en qui pourrait germer le désir de venir manger notre bon pain par la suite! Comme disait Rocard: "la France n'a pas vocation à recevoir toute la misère du monde"! Et Rocard était de gauche. Et il avait raison, nous sommes déjà champions incontestés de la consommation d'antidépresseurs, on a pas besoin de rajouter d'autres malheureux sur le territoire. Surtout qu'avec la crise, même les Français de souche accèptent de ramasser les poubelles, fonction autrefois dévolue généreusement à cette population immigrante.
Mais selon une thèse assez fantaisite et très en vogue chez nos politiques, il convient d'aider les populations étrangères en difficultés à mieux vivre chez elle, afin qu'elles n'immigrent pas chez nous. Je ne vous cache pas le trouble que cela suscite en moi: Je suis absolument partagé entre une pingrerie viscérale qui me pousse à conserver le moindre texto plutôt qu'à en faire don à une oeuvre, et une xénophobie maladive qui m'interdit de regarder "l'autre" autrement que comme un égorgeur de femmes, un usurpateur d'emploi d'éboueur, ou, à l'extrème rigueur, un touriste fortuné. C'est délicat.
Quand je sais pas quoi faire, je fais rien. C'est un peu comme pour les organes, on sait jamais si on les refilerait pas à un con, dans le doute, je me les garde.