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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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27 juillet, moustache.

 

  Les dieux ne savent pas enfanter comme tout le monde. Pour ce qui est de la bagatelle, souvent ils se contentent des mêmes plaisirs que nous autres, les bipèdes non métamorphes: à genoux, debouts contre un mur, en haut du mont Olympe, ou dans le feu des enfers; mais pour ce qui est de la procréation à proprement parler, il leur faut de plus somptueuses histoires que celles de la graine et du ventre ou de la cigogne. Des histoires bien plus mystérieuses. Ainsi, on ne sut jamais combien d'allers-retours du Saint-Esprit dans la maison de Marie furent préliminaires à son insémination. Aphrodite naquit de l'écume, et pour ce qui est des gosses de Mickaël Jackson, la lumière ne se fera jamais totalement.

 

  Il en est de même pour Dyonisos, ou Bacchus, qui dut finir sa gestation dans la cuisse de Zeus -ou Jupiter selon que l'on est plutot feta que mozarella. Une ruse d'Hera, jalouse comme toujours des frasques de son luron de mari, conduisit ce dernier à tuer malencontreusement sa maîtresse, la mortelle Sémélé, enceinte de lui.

 

  Né du stupre, cette demie-portion divine manifesta très vite un penchant surnaturel pour la gaudriole.

 

  Tout le monde aime Bacchus, le dieu de la vigne, des éclats de rire, des orgies qui lui sont éponymes. Les bacchanales résonnent à nos oreilles avec leur lot de gémissements, de râles, de chants et de liquides, de la terre comme de la chair.

 

  C'est pourquoi lorsque j'ai vu que se jouait en Avignon, dans le "off", des "Bacchantes", j'ai tout de suite conçu le désir ferme de m'y rendre pour voir jouer cette tragédie d'Euripide. Esperant trouver la mise en scène et les acteurs à mon goût, j'avais déjà imaginé un titre fameux à cet article: "ho! les belles bacchantes!".

 

  Je me suis même débrouillé d'obtenir des places offertes, ce qui fait en général nettement abaisser le niveau d'exigence du specateur au théâtre. De simples éclairages point trop négligés m'eussent contentés, et j'aurais sans rechigner dressé un éloge à peine orienté par le besoin de placer mon titre.

 

  Me réservant une très charmante compagnie fort savante des choses mythologiques (être bien accompagné au théâtre est le gage de ne jamais s'ennuyer), je me préparais à une de ces belles soirées qu'offre Avignon au mois de juillet.

 

  Je déchantai un peu en apprenant que le théâtre des Amants -nom céleste! avait le très mauvais goût d'être situé en dehors des remparts de la ville. Google fut mon ami. Google map, pour être précis.

 

  Une nectarine bien juteuse et quelques menus bonbons sucrèrent notre petit périple jusqu'à l'office des comédiens. Du moins jusqu'aux rues avoisinant la place où devait se trouver la salle.

 

  Nous ne débusquâmes jamais les joyeuses et turpides Bacchantes. Jamais. L'heure du lever de rideau passée, nous décidâmes logiquement de rebrousser chemin, en conspuant le moteur de recherche, ou plutôt: de perdition. Au milieu de mille imprécations, malédictions plus ou moins farfelues, je jurai de ne plus jamais en user pour autre chose que dénicher un site pornographique. Mon amie me raconta ce qu'elle savait du dieu de la vigne et de ses suivantes éphémères. Elle en connaissait juste assez pour m'incruster dans l'esprit l'envie d'en apprendre plus, et de lire, bien sûr, Euripide, vu que le Sort nous avait interdit d'en voir la représentation.

 

  Cochon qui s'en dédie. Je n'ai pas tenu quinze minutes chez moi avant de lancer une recherche Google sur les Bacchantes d'Euripide, texte que vous trouverez ici si le coeur vous en dit.

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