Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Le mois de junon s'affaisse enfin lascivement dans les moiteurs estivales tant attendues. Tout n'est que sexe, partout. Des plantes enveloppées d'intenables parfums qui sans pudeur nous imposent leurs organes génitaux, aux couvertures de magasines promettant d'intenses fornications à ceux qui ont le bon sens d'acheter leur publication et le courage de perdre cinq ou dix kilos. Et je ne parle ni de ma voisine, ni des boulangères qui habillent leurs miches de porte-jarretelles. Je me consacrerais volontiers à la douce musique de l'amour, n'était mon orgueil marteau-piqué à vif.
Tel mon épicier qui selon ses termes "ne dort plus" depuis qu'il a par mégarde fait payer à un client anonyme un euro cinquante une bière qui ne valait qu'un euro, j'ai moi aussi un terrible cas de conscience des plus dévorateurs. Nul doute que si j'avais des insomnies, je les mettrais sur son compte. Il semble que l'on prenne aussi mes articles à un euro pour des articles à un euro cinquante.
Une lectrice fort avisée (croyez bien que sans ça elle recevrait mon pied au cul) me repproche d'avoir un peu facilement résumé le brigandisme de François Villon en le qualifiant de penchant "naturel". C'est du choix de l'adjectif que l'on me blâme. Alors, j'ai bien entendu d'abord écarté la remarque d'un revers de la main, car j'ai un penchant naturel pour l'ironie suffisante; et puis je suis un bouffon, pas un historien. Mais voilà, on ne récuse pas si facilement l'opiniâtreté d'une passionnée d'époque médiévale.
A ma désinvolture, elle argumenta. Si bien que j'en ai des remords. Elle m'apprit que le papa du jeune Villon fut pendu pour une histoire de chemise encore plus poignante que l'affaire du "pull-over rouge". Sa mère, d'abord mutilée en représaille de larcins alimentaires, gigota finalement elle aussi au bout d'une corde.
On comprend l'assurance affirmée dans ce quatrain qu'il a de finir à la potence:
"Je suis François dont ce me poise
Né de Paris emprès Pontoise
et de la corde d'une toise
saura mon col que mon cul poise"
Je riais déjà à la lecture de cette piquante présentation sans savoir que Villon descendait d'une tradition parentale de pendus. Une part de tragique m'échappait cependant!
Ma mauvaise foi est mise à rude épreuve. Comment ne pas penser, en effet, que le cher petit a été poussé sur la pente funeste par des parents un peu trop coulants? Hé bien je dirais qu'à trop chercher les circonstances atténuantes, les causes éducationnelles et à rejeter la faute d'un individu sur la nocivité d'un environnement peu favorable, on en arrive à cette sombre société de délitement moral que nous connaissons aujourd'hui.
Je corrige donc: "Villon avait un penchant atavique, inné, pour le meurtre et la rapine, c'était inscrit dans ses gènes".