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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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1 juillet, nécromancie par anticipation


  Les écrivains sont des petites choses fragiles, qui meurent facilement, surtout en été, allez savoir pourquoi.


  Dans un an jour pour jour la presse nationale parviendra à me dégouter de Céline. C'est qu'on fêtera le cinquantenaire de sa disparition. Il faudra l'aimer pour son style, ses révolutions, sa "petite musique", et le haïr intelligemment pour son collaborationnisme revendiqué, son pacifisme mal à propos et son épique détestation du peuple juif. Le lendemain, elle fera l'apologie d'Ernest Hemingway, suicidé le 2 juillet 1961.


  Je sais que certains jeunes de notre siècle ne savent même plus qui est Céline, et se demandent pourquoi j'évoque ici les prénoms de mes premières amours. D'abord je fais ce que je veux et où je veux. Quant à Hemingway, ils le connaissent au moins de nom, ou bien il faut abattre toute la jeunesse comme un troupeau aphteux.


  Dans un an donc, un combat de titans de papier va avoir lieu. Des titans que tout oppose, si ce n'est une espèce de pessimisme forcené, de désillusionnement de l'espèce humaine né des conflagrations des deux Guerres Mondiales.


  Hemingway comme Céline s'est engagé dans la guerre par goût de l'aventure, de la virile camaraderie, bien que le second laisse entendre dans le "Voyage au bout de la nuit" que tout s'est décidé sur un coup de tête et pour impressionner un copain. Peu importe comment on entre dans la tragédie, une fois qu'on y est, on se transforme.


  Les métamorphoses d'Hemingway et de Céline sont absolument antagonistes. Le premier revient de la guerre avec la certitude que son style doit se purifier, aller à l'essentiel du mot, que la vérité dite et écrite ne souffre aucun effet de manche,  le second ne veut plus écrire que de l'émotion, qu'il entrecoupe des fameux trois points qui seront sa marque de fabrique, il virvolte et procède à ses envolées depuis ces petits marche-pieds litteraires. Le premier aura le Nobel, le second ratera le Goncourt au profit d'une oeuvre tout à fait oubliée depuis.


  Face à l'horreur bien des tempéraments se dessinent, prennent un tour inattendu. Si la matière qui fait un auteur se condense et s'agrège chaotiquement dès son plus jeune âge autour de l'axe de sa sensiblité, l'eclat d'une bombe tombée droit dessus l'oblige à remettre tout ceci en ordre, dans un ordre nouveau. Hemingway l'Américain gagna la seconde Guerre Mondiale, Céline le collabo la perdit. On peut y voir une victoire sobre, et une défaite flamboyante.


  Malade et impuissant, le Nobel se tira une cartouche de fusil dans la trogne quelques heures seulement apres que le Goncourt raté eut cédé à un anévrisme. Céline venait de terminer les corrections apportées à "Rigodon", sa dernière oeuvre, et mourut presque le nez sur le manuscrit. Sa haine l'aura porté haut, loin et seul, dans des sphères glacées qu'il aura tenté durant sa vie d'écrivain d'organiser en fééries violentes et monstrueuses; Hemingway, tout aussi solitaire, tout aussi traumatisé, laisse une oeuvre opposée, sans fard, rectiligne et pourtant émouvante comme le spectacle d'un crépuscule nimbant l'horizon de l'océan.


 


 

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M
<br /> j'ai beaucoup aimé .... merci !!!<br /> <br /> <br />
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I
<br /> <br /> touché.<br /> <br /> <br /> <br />