Billevesée, nf, parole vide de sens.
Billevesée, billevesée, billevesée. Bille-vesée. Quel mot! Quelle phonétique étonnante! L'adjectif "éléctrique" est moins éléctrique que billevesée! Le serpent est moins doué pour la reptation que la billevesée sur ma langue. D'ailleurs, la billevesée ressemble à s'y méprendre à un tétard: bille pour la tête ronde et vesée pour le flagelle frétillant.
C'est un mot rare et précieux, il n'en existe que très peu d'exemplaire dans la littérature. Certaines expeditions à hauts-risques dans d'obscures bibliothèques n'en ont ramené, qu'une, ou deux, parfois zéro. Victor Hugo lui-même ne l'aurait utilisée qu'une fois: c'est dire.
Les enfants de moins de trente ans le connaissent grâce au père de Jasmine dans le Aladdin posthume de Walt Disney. Celui-ci assénait un devenu célèbre "Billevesée, Jafar, apprenez à vous amuser" à son sinistre vizir et triste sire. Pourtant, il se passa 17 ans sans que personne, en France, usât du terme billevesée, alors que tant de conneries futiles et inutiles furent dites; quelle injustice: on pense à Molière. Même ce bon professeur Rollin, au coeur grand comme une encyclopédie en vingt-six volumes, n'a pas jugé crucial de lui venir en aide.
Originellement, billevesée s'employait au pluriel, mais aujourd'hui qu'elle
est délaissée, l'usage au singulier est toléré, la langue étant prête à
toutes les bassesses.
L'Etymologie est confuse, on ne sait pas trop comment ce mot s'est formé. Le deuxième élément "vesée" serait une vesse, quelque chose de gonflé, mais le premier "bille" perd mon dictionnaire en conjectures: serait-ce bille comme une bille? ou bulle? Ou même belle? Ce qui nous ferait, non pas une belle jambe, mais une "belle vessie", idée contestable en soi. A moins d'être passionné de luminaires et de prendre les vessies pour des lanternes.
Les billevesées se sont faites voler la vedette par un faux-ami, un de ces quasi-synonymes qui vous eclipsent alors que leurs nombreux points communs auraient dû en faire des proches: cette usurpatrice est la baliverne. Son origine est également confuse, mais la première occurence d'une baliverne remonte à "la farce de Maitre Pathelin", qui aurait inspiré Molière lui-même. J'en recommande la lecture. On y apprend comment retourner une billevesée contre son auteur, ce qui est un exploit sémantique si l'on se souvient qu'elle n'a pas de sens! On y découvre également pourquoi faut-il "en revenir à ses moutons", chose que je vais m'empresser de faire dès à présent.