Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Et toute la chair
verte et rouge, putréfiée de serpents sifflants
amorphes
comme ça bouffée par les crocs du soleil qui plombe
la journée filée comme un bas
comme toutes les autres journées, comme tous les bas
et moi au seuil
au seuil la mienne chair bouillie
frappée du marteau des impossibles
et moi
là
je salive
je déglutis à peine
je déglutis à peine parce que je crois que je vous aime
surtout quand les heures s'effondrent en silence
dans le tunnel de solitude qui avance
je crois que je vous aime sinon je ne ferais pas ça
à me crever, à baiser dans des poèmes
je préfère vous imaginer quand les oiseaux se taisent
minuscules, à chercher des raisons
du bout des doigts
du bout des yeux
chacun derrière ses cloisons
dans sa chair verte et rouge
putréfiée
vous êtes en à-pic sur ma gueule
et je vous laisse creuser
creusez, cherchez, trouvez
si on se ressemble un peu
tas de merde tendant vers l'infini
une démangeaison
une sacrée démangeaison
la plupart d'entre nous n'iront nulle part
les autres s'évanouiront là-bas
comme des lucioles exténuées
des journées entières à chercher qui baiser
pour fondre dans l'être où il y a si peu de merveilles
des scolopendres grésillant aux fenêtres de la féerie
et une claque dans ta gueule ma chérie
pour te faire mouiller
avant d'enfoncer mon savoir-vivre
et tu salives
et je déglutis
à peine
creusez, cherchez, trouvez
creusez le tunnel de solitude
là, les oiseaux se taisent
un châle, un voile, noir et cotonneux descend
lentement
et je vous vois, cachés, là-bas, dans vos sacs de stupeur
et je suis là et ça me démange
ça me démange
et vous aussi.