Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
tu dis que le lait nous brûle
qu'il fait germer dans les viscères
des fruits de plomb, des fruits de vent
des fruits de pluie et de tonnerre
tu dis que l'inutilité de nos élans
lui confère tout l'éclat mordant de la Beauté
tu dis que nous allons aux champs
par des croûtes épaisses
-semblables au sel cristallisé des larmes-
à genoux, que nous rampons dans notre odyssée
et que ces écorchures aux genoux pénètrent en nous jusqu'à l'os
jusqu'à l'enfance, jusqu'aux rivières souterraines
où surnagent tous ceux que Charon n'osa pas faire passer
tu dis que les nuits orange-feu
des petits insectes sortent contempler
nos regards envoûtés par la féerie qui passe et qui fuit
et c'est vrai, quand tu es là et ailleurs
j'observe les allées-venues de minuscules météores
qui soulèvent ta chair et puis s'évaporent
tu dis que c'est pas grave, qu'on a la raison et la matière
qu'on sera toujours sans argent et auréolés,
nimbés de ternes lueurs, de rouille et de chaleur
et que cet été, nous ferons pourrir nos hésitations sous divers soleils
tu dis des mains des mouvements
des oscillations dans l'air, des aubes légères :
je vois un vivant poème
et quand le lait, les germes, le plomb, le vent, la pluie et le tonnerre
fontainent de tes yeux
les milliards d'atomes de la Beauté roulent et se percutent
comme des Big-Bang successifs
je me souviens de quelques fois
où nous avons pleuré
tous les deux