Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Je l'ai vue, parfois
minuscule, ici ou là
au coeur d'une erreur, un tic, un lapsus
Vibrante dans une carcasse de voiture rouillée
Dans un slogan à demi effacé d'un sac plastique revenu avec la septième vague
Exprimée par la rigole de pisse issue de l'entre cuisse avachi
d'une vieille clocharde, son ru d'urine parcourant toute la largeur du
trottoir et scintillant dans l'or des lampadaires du soir
Dans la mort, mains croisées sur la potrine en un médaillon gothique
Je l'ai vue dans la musique
et la puanteur trempée d'images
Je l'ai vue bras ballants à la terrasse d'un café, le nez dans l'alcool
Dans le couloir, troisième étage, porte de gauche
sous forme d'hallucination, cavalant et pourchassant les internés
dans les larmes et la destruction progressive
dans l'aliénation de nous-mêmes
dans l'idée de la falaise
nimbée d'un crépuscule violet
J'ai vu son manque ou son absence
dans des orbites creusées jusqu'au tréfond de l'être
et qui bavaient sur le monde un regard décharné
et
que j'angoisse au réveil de la savoir enfuie loin de moi
que je la saisisse un instant entre mes mains moites
ou même en la contemplant, ravi, les iris en feu
le coeur enflé comme un soleil sur le point de s'effondrer
je me demanderai à jamais ce qu'est AU FOND
la poésie
et si elle existe VRAIMENT.
II
Et tu l'as injuriée?
oui, moi aussi, souvent
et j'ai déclaré l'amour impossible,
et j'ai enculé l'amour contre un portique grinçant
et sali jusqu'à la moëlle, aux confins de mon dégoût pour le non-être
je me suis demandé si mes larmes étaient obscènes
rendu à genoux au bout de ma voie sans issue
je l'ai encore injuriée
entre les interstices des planches vermoulues de la nuit
quelque chose: lumière ténue et senteur de forêt
éclipse
en relevant la tête sur une ombre
je me suis vu debout, face à moi, à genoux
l'autre moi a ri, il a bien ri avant de prendre une dizaine de filles
tout en improvisant des poèmes atroces
ces coïts urbains me flanquèrent la nausée
et le désir me brûla comme un prurit à s'arracher les chairs
Belles créatures, tableaux de maîtres, mélodies enivrantes
cristal et saveur, pleurs champagne de l'âme atterrée
je vous vis passer, inerte, cloué au sol, sans force
et sans injures à votre impériale démesure...