Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
J'aimerais tant croire en toi
quand je suis, bras en croix,
dans l'herbe rouge et jaune
de mon vomi étendu sous la lune
J'aimerais tant croire en toi
-donne-moi un poème !
au centre d'une nuit stérile
derrière moi, les voitures fusent dans l'ennui
J'aimerais tant croire en toi
quand tout est oxydé
dans un vent au parfum de tombeau
lorsque les morts viennent me juger
J'aimerais tant croire en toi
quand je suis, bras en croix,
à la recherche de la plus petite
parcelle d'herbe immaculée
Les monstruosités sous la terre et dans mon ventre
rejouent les combats antiques
donne-moi, je t'en prie, de vieilles colonnes
des héros torturés, un poème épique
J'aimerais tant croire en toi
quand je me vois magnifique
inutile, mis en abîme
par la lumière HPS d'un grand lampadaire
quand je traverse d'immenses enfers
Croisé d'une Jérusalem en chantier
ai-je quelque chose à préserver ?
J'aimerais tant croire en toi
tu le sais
toi qui as crée le doute et les reflets accusateurs
les visions désagrégées en coulures
et le vide, le gouffre aux doigts crochus
Coupé de la ville aberrante et qui bégaye
sa fu fu fu fu furieuse soif de néant
par un rempart poreux
par les routes lascives et qui s'ennuient
les genoux dans l'herbe
plié comme pour mieux prier
j'aimerais tant croire en toi !
-donne-moi un poème !
mon ventre est cassé encore une fois
et dans l'herbe jaune et rouge
je le reconnais, il est là
scintillant comme un horrible trésor
mon poème, mon vomi
qui vient du fond des tripes
de Dieu, ou de moi
je n'ai jamais vraiment compris.