Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Il fallait déployer un monde
à la descente de l'ancien
repousser ses vagues draps sales
par un littoral constellé
nos pieds voulaient fouler le sable
jusqu'à l'île nouvelle pas encore surgie
qui bouillonnait déjà d'envie
sous l'onde opaque de nos larmes muettes
nous avancions souvent sans savoir
si l'orage brouillant le ciel
était bien réel ou seulement dans nos têtes
si nos lubies enfantaient un espoir
ou l'ombre déchiquetée d'un squelette
recouvert de nos blessures superficielles;
nous avancions souvent sans savoir
guidés au GPS de simples reflets
des phares se sont effondrés
et leur lumière, tordue, torturée
éclairant soudain le ras du sol
comme un vieux soleil avachi
révélait au devant de nos grolles
un tapis monstrueux de montagnes
de crevasses et un désert de Gobi,
des navires perdus pendaient beaucoup de nos frères
il fallait déployer un monde
parce que nous étions mutants
scrofuleux d'amour, pestiférés joyeux
motivés mélancoliques d'avenir étrange
il fallait déployer un monde
pour ne plus décevoir les cieux
ce quantique engrenage rutilant;
il fallait enfin donner le change.