Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Gare à la liberté
Les roseaux échevelés par le vent
se couchent et se bercent
entre les poteaux électriques et les lampadaires
rigides
sur la nature impavide
l'homme a posé ses jalons.
Découpage nerveux, graphique
collines oubliées derrière les fûts de pinard
le lointain ne peut plus exister
horizon aboli
de tôles et de tuiles
pupilles consolées
sur le béton consacré
par nos pas perdus
imaginant des destinations
d'univers déployé
entre les obligations
et le sucre appétissant des libertés.
Un train
des voitures
un avion déchirant le ciel
passeront
nourris de quelques semblables
sortis quelques instants
de leur immobilité
de l'herbe s'échappe bien
des craquelures du ciment
des pensées germent également
dans notre boîte close
d'os et de ferments.
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Dans le fond et sur la forme
j'aime écrire dans les trains
entre les cahots
toute beauté est là, en mouvement, défigurée
les arbres écartelés, déchiquetés
floués par la vitesse
au loin une maison nous regarde
presque immobile
parfois dans la lumière chétive
de l'eau en ridules glisse éclatée sur la vitre
tremblotte en veinules
qui fuient notre
des
ti
nation
parfois calme feutré d'un salon
bleu
ou bien
brouhaha de ligne de front
cette lutte pour fixer l'instant
dans l'incertitude des oscillations
tirer son parti, son équilibre
dans le chaos.
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Scénette dans un train
La mort passe dans le wagon
gracieuse et légère comme un soupir de moineau
il y a des femmes vulgaires
quelques vieux et des gros
le soleil étend son voile chaud sur tout ce monde
sur mon bras
la mort marche en silence dans le wagon
un enfant pleure
pour une autre raison
nous avançons vers de multiples destins
la mort pose sur nous son regard appaisant
léger soupir de moineau
nous descendrons en gare
elle descendra en gare
elle prendra une main.