Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Ex nihilo
Le soleil s'est buté derrière l'horizon
il n'en reste plus rien qu'une sueur séchée
La nuit aussi a fui, seul le vent fuse encore
un vent venu de terre en dessous de nos pas
Une musique grince au dedans de nos os
asseyons-nous ensemble sur ces crépitements
Peut-être que la vie convulse en dansant
la vie tant attendue depuis le cri primal
Inaudible plaisir de la chair avariée
ce tic-tac solitaire aiguise l'appétit
Dans la nuit de la nuit, dans les ombres diaphanes
sous le ciel invisible un mouvement se tend
Un mouvement s'entend depuis la pensée sourde
agrégation d'oubli en étincelle aveugle
L'orgasme de néant frissonne sur lui-même
tu étais poussière! et maintenant, combat!
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Destin clownesque
du haut de sa falaise détachée du monde
le clown démaquillé jette
ses frusqes désenchantées
et l'écume insatiable regarde comme elles tombent
il n'a rien connu qu'il n'ait pas tué
il n'a rien chanté qui ne se soit tu
sa haine est un vitrail pour les églises
aux couleurs orgiaques des croyants
ce clown crache maintenant
il crache aux nuages sa soif de vent solaire
il voudrait vomir encore une fois
tout l'amour qui fertilise la terre
au sein de la larme qui lui creuse la joue
les oiseaux voient combien
il est un mauvais exemple pour la jeunesse
et la larme fait une croûte affreuse
ô quel mauvais guide ce clown
et son filet de bave, autoroute spermatique
l'enfoncera plus bas que les vers tortueux
qui se tordent sous le limon vert
lorsqu'il aura sauté pour le final
au bas de sa petite tragédie rocheuse
dans le ressac clapotant du cinquième acte
il aura rendu grâce à sa vie banale.
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Tempus fugit II
Le temps de perdre mes cils
dans un vent chargé d'épines
j'aurais posé mes yeux chitines
sur des couleurs bisbilles
Le temps de comprendre ou non
pourquoi le corps est planté là
comme sur l'organe un cancrelat
j'aurais habité ma maison
Le temps crache ses traits rectilignes
et voit nos faces déboutées
et notre foi outrée
se perce d'émotions malignes
Le temps est une fadeur
qui gerce nos sourires crevasses
et dévoile une âme mélasse
boulottée par le discours des Heures
C'est le temps maintenant de dire "zut"!
parce que la cigarette est tombée
en criblant l'air d'incandescence cramée
qui fige à jamais cette jolie chute.