Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Eros et thanatos et blablabla.
Putain de poison répandu sur ma gueule. Mon corps était un réservoir bien résistant. Ce poison s'est dilaté sous un soleil cramoisi et enflé s'approchant et s'éloignant comme un yo-yo céleste, ce soleil a fécondé mes tissus, distillé ses limaces venimeuses par tous mes pores. Ce soleil était le contact d'avec les émois souterrains de la divination, de la communication. L'unicité de l'âme, l'âme à laquelle je ne pouvais pas croire sans arracher la chair qui recouvre les yeux, et foutre mes doigts dedans pour gratter bien loin. J'ai gratté. Inconsciemment, fier de ma trouvaille. Une nuit de plusieurs mois brûla d'une lueur quasi religieuse, formée de milliards de lucioles et de feu-follets chantants. J'ai pactisé. Mes lèvres se sont abouchées à toutes ces émanations inespérées. C'était tout ça, ce soleil. Et le poison s'est dilaté. Mes fissures aujourd'hui sont très esthétiques. Je rampe au souvenir de ce four flamboyant. Puis le bonheur qui s'est laissé maudire cent fois a pris sa revanche: je n'ai plus de satisfaction. Mon égo est une petite tarte industrielle laissée trop longtemps à la cuisson.
Ce poison épanché depuis mon désir goutte et touche le sol en produisant un silence horrifique. Supplice chinois de l'être déconstruit molécule après molécule, par des petits doigts de fée amoureuse.
Parlons des muses qui croupissent tôt ou tard dans un poème regrettable. Parlons des méthodes qui donnent, hélas, toujours un peu plus que le résultat escompté. Parlons des abysses plus profonds que les souhaits du plongeur, de la pression qui s'y exerce, bien supérieure à celle que le globe oculaire ne peut supporter. Parlons des mots qui déchirent la gorge et mettent la gueule en charpie. Parlons d'amour, puisque, nom de Dieu, nous ne serions bons qu'à ça.
Mes mains se sont travesties dans le cambouis rose des femmes. Face à leur intelligence charnelle, j'ai vu des lois, sur le tissu moite de leur pensée j'ai vu des reflets de réel, cela avait un sens.
Aujourd'hui, le dégoût, le poids de ma saleté agglomérée, amassée au fil des jours, me pèsent et m'emplissent autant que l'envie, le puissant désir et la joie atroce m'avaient porté. Des cordons ombilicaux de stupre, des filandres de bidoche pour la plupart faisandés, pendent au bas de mon être, qui, certes, ainsi, sait qu'il existe encore. Les vols nuptiaux des charognards obsèdent mon esprit aliéné.
Comme les sphères merveilleuses du sexe, de l'Art, de la pensée qui fuse entre nos bouches, étaient grisantes à habiter! J'en garde le souvenir d'une vie, comme d'une marque au fer sur les parois de l'âme. Aujourd'hui ce sont des yeux en plomb, des yeux d'oiseaux morts, qui rebondissent dans mon estomac.
Le printemps brûle la terre, le béton et les peaux insignifiantes. Je n'ai plus accès à l'éternité, l'information me vient des nuages lépreux qui s'auto mutilent, qui se lacèrent consciencieusement pour disparaître, me privant des bienfaits de leur contemplation. Une inter saison éclot au dehors et en dedans, comme une créature cuisante s'extirperait d'un sexe trop petit. Ce sexe hurle de son insuffisance. Il se déchire et éclate très lentement, autant que la pulpe d'un doigt prendrait de temps pour parcourir une chair excitante.
Hier j'étais encore chez les dégénérés cynophiles et noctambules, mêlé aux changeformes exhibitionnistes qui agitent leur queue flasque dans leurs propres porte-jarretelles. J'apprécie leur folie, leur monstruosité, leur spectacle débarrassé de talent, de génie, de grâce; j'aime les voir se rouler dans l'oubli de leur humanité, et me rouler avec eux. C'est un enfer joyeux de névroses, un carnaval plus vrai que la vie. Même leur musique est anormale, leur langue obligatoirement percée par un désir de fellation, percée aussi parce qu'elle ne sert plus à parler. Ils prennent une intense revanche contre Dieu, contre la philosophie, contre la nature. Leur déchéance magnifique est douce à partager, comme il est doux de lécher de la crème fraîche. Ils puent de la gueule, parce qu'ils gueulent tout le temps le ventre infesté d'alcool et des serpents de la luxure. Il y a plusieurs queues postées à l'entrée de chacun de leurs orifices.
Une horrible Noire à la bouche comme un cercle de l'enfer voulait se frotter à moi. Je n'ai pas pu.
Observer la seule fille au visage harmonieux se laisser pénétrer le gosier par l'organe d'un vieux au nez cassé était plus en accord avec mon état d'esprit. Je ne l'ai même pas saisie par la taille pour goûter avec elle au fruit d'une danse, d'autres mains me retiennent. Ces autres mains -ironie! ont fermenté dans mon propre corps, en gestation d'abord dans cet esprit que je voulais si ordonné et si fort, maintenant elles rampent autour de mon ombre et la retiennent de bouger comme dans une malédiction grecque.
La mort se meut avec une grâce fascinante
celle de l'esprit immortel et envieux
que l'on a soi-même convoqué
elle donne tout ce que l'on veut
par paquets de cent fois la dose
Parmi les fous je n'ai même plus ma place. C'est un cercueil que je vois s'enfoncer dans les flammes humides de la mémoire fossoyée. Glandes lacrymales dépassées, il m'est interdit de pleurer encore. Le cercueil s'enfonce aussi paisiblement, aussi doucement qu'un sexe difforme entre les cuisses d'une jeune vierge. Je voudrais pleurer encore sur un blues offert à l'immortalité.
La mascarade me regarde, je regarde la mascarade. L'un et l'autre nous trouvons très étranges, attirants et repoussants. Mais ce n'est plus assez visqueux pour moi, même le sol gluant de la boîte de nuit n'a plus la gravité suffisante pour retenir mes pas et me faire redescendre de la hauteur détestable qu'a pris mon corps. Même le videur a remarqué que je n'avais plus mon sourire carnassier! Le videur me sert de psychologue. La fréquentation des boîtes de nuit entraine de drôles de conséquences.
Gens de ma race! je crois que je vous méprise trop ouvertement. Et pourtant je bande. Les fonctions primaires sont préservées, ce qui n'est pas un signe de grand chose. Il me faut plus de saleté, plus de pestilence, plus de sordide, ce monde est encore trop propre. Je vous méprise et je vous aime, où sont les extra-terrestres?
J'ai bien essayé d'embrasser un transsexuel, un vrai, opéré et bien opéré, mais ce n'était pas assez bizarre. Je veux enculer un singe à tête de navire! Un cul de basse-fosse! Baiser un staphylocoque! faire jouir la gangrène...
J'ai rendu le transsexuel à ses amis, abandonné la morue infâme à un plus intéressé et la belle à son beau semi trépassé. Il y avait un dernier show transformiste avec une abomination aux dents qui se frottent les mains, des dents comme un plafond figé en plein écroulement, je m'en suis régalé de son spectacle: c'était comme récupérer un big mac de la veille dans un vide-ordure, et lui trouver une saveur originale. Il fallait parcourir le chemin jusqu'à chez moi: je ne m'en suis pas privé. j'ai remonté le temps, sans fierté déplacée. De façon que je juge étonnante aujourd'hui, aucun séraphin n'est venu m'attraper par la peau du cul pour m'emmurer dans le ciel.
*
Il faut rebrousser chemin, se plonger dans le fleuve passé, recréer ses flots coupants et livides. On me dit perdu dans une époque qui n'est pas la mienne, alors ok faisons des bonds ensemble dans la mare limbique de ce que nous n'avons vécu qu'à moitié et qui agonise sur les berges assoiffées de notre désir d'absolu.
Nos monstres sont en cage, libérons-les. Voilà mon projet depuis l'enfance. Je n'irai pas jusqu'à l'enfance, rassurez-vous, nous ne pourrions le supporter. Cet enfant agite une main rognée et bouffie par sa seule espérance. Je me souviens de l'enfance: j'étais attaché à un arbre minuscule à attendre patiemment le retour du messie. Aujourd'hui que j'ai la force de m'arracher à cet arbre, bien sûr, je le regrette mon calvaire de bienheureux. Ne cherche pas, ô lecteur (comme disent les poètes), la logique et la construction de cette apparence de récit, je lui veux la forme de la vie, à l'image du chaos de l'existence et des émotions qui nous transpercent le coeur. Je nous veux yeux dans les yeux, orteil tendu sur le pic rocheux de notre insatisfaction métaphysique. Bercés par un vent diabolique. Par delà le souffle de l'air qui rabote nos faces, nous percevons une musique dont on ne sait jamais si c'est un désir névrotique ou l'expression d'une psychose incurable, en tous cas, nous devons tout faire pour la trouver belle cette mélodie, et souvent nous y parvenons. Ne voyons pas tout en noir, bordel.
La veille donc, j'allai sur la place des bars. Mon crime n'est pas si grand, j'ose encore me montrer. On y fabriquait des discussions pileuses. Nos congénères mâchaient leur salive en émettant des sons vaguement audibles. Je me questionnais. On humilia un poète en ma présence, car les poètes sont faits pour ça. Cette immolation pourtant n'était pas bien plaisante, on a vu exécution mieux mise en scène. Il partit en s'excusant. Les poils sur les langues recommencèrent à babiller des blasphèmes que les dieux firent semblant de ne pas entendre comme on le fait nous mêmes parfois lorsque l'offenseur ne mérite pas même le mépris. Comme j'étais en débardeur et que le soleil ne voulait plus nous voir, j'ai pris froid. Ah oui, j'avais mangé du lapin un peu plus tôt. Il était temps de m'isoler et de m'adonner à mes malsaines préoccupations.
La nuit accepta de recouvrir nos gueules. J'attendis qu'elle se fît caverneuse. Peu avant le changement calendaire je retournai sur l'îlot aux singes bruyants.
Le désordre des tables est aberrant. Un enfant de six ans est capable de meilleures conceptions géométriques; pourtant je ne suis pas maniaque, mais je vois plus d'ordre et de discipline dans un monceau d'ordure, plus d'harmonie dans les entrailles d'une décharge à ciel ouvert. La police du bon goût laisse faire ça. Voilà qui me dépasse.
Une hyène à lunettes (cérébrale du clitoris donc) qui affichait pompeusement le gras de ses cuisses m'invita à prendre place. Elle usait pour ainsi dire sans raison de notre capacité à communiquer, avec une déesse obèse, une brune complexée et amputée du néo-cortex (qui évita mon regard comme je l'eusse fait de celui de la Gorgone) et d'un type qui était le frère de l'Obésité.
L'Obésité tartinait du nutella sur une gaufre à l'aide son doigt, le fourrant dans chacun des trous quadrillés. Un banquier fou aurait tapoté sa calculatrice avec moins d'acharnement.
Un romancier en perdition vint à passer, les premiers chapitres de son futur ouvrage au bout des ongles. C'était El Desdichado. On lui tendit un siège, les mégères voulurent qu'il donnât une représentation, parce que nom de dieu, un écrivain c'est forcément sublime de finesse d'esprit, adorablement rigolo, et donc suffisamment ridicule pour passer un bon moment en sa compagnie. Il supporta vingt minutes de ce traitement et décanilla à la première occasion. J'étais plus curieux de cette torture.
Hyène insista pour aller secouer ses attributs sexuels au Gomorrhe, ce sympathique endroit où le videur observe le sourcil arqué ma transformation actuelle. Bien sûr. Comment refuser?
Ok. Je lui triture les organes sexuels secondaires, je daigne laisser quelques temps mes doigts divins sur ses cuisses virulentes, et tolère même le contact de sa chair aussi molle qu'une pensée amoureuse sous le soleil azuréen. Vu l'extérieur de sa plastique, l'intérieur doit être verruqueux. Je ne vomis pas. Heureusement qu'elle ne veut pas baiser!!!!!! J'aurais si ça se trouve laissé définitivement ma queue dans cet amas vertigineux de gélatine phosphorescente.
Mon lit est gentil, il ne me refusa pas le repos au cours duquel une fièvre vint me caresser jusqu'au petit matin.
*
La veille, encore la veille! Le ressac me frappe au front ses pichenettes de souvenir. La veille, c'était le pire du pire, l'apothéose du minable.
Je peinais à voir au sol, étalées autour de moi, les peaux de serpents de mes vieilles lois racornies. Desdichado devait partir loin, mourir ou écrire son roman. Desdichado ne partait pas, ne mourait pas et observait les pages de son manuscrit refuser de se multiplier sous l'effet de sa puissante psyché.
Au pub un type arriva à massacrer "Come as you are" de Nirvana, ce qui est un exploit hors du commun.
Alors qu'une lumière tombée de haut s'évertuait à révéler le creux viscéral de nos êtres, Desdichado dragua et rabattit trois manifestations mineures de la nuit, qui bientôt sifflèrent dans leur appeau afin d'attirer à nous deux jeunes oies, l'une portait des bas hémiplégiques, l'autre des yeux enculables; les deux oies furent bientôt suivies par quatre jarres caquetant.
Nous les assassinâmes chez moi.
La suite est sans intérêt. Les corps disparurent d'eux-mêmes, à jamais, dans un bruit de siphon.
*
charogne de l'exaltation
mange ta spiritualité
exprime en pressant fort
tes petits organes incontinents
fiers de leur flottabilité
Nous sommes la grâce
des aveugles tournoyants
qui ne s'effondrent pas l'espace d'une seconde
cette seconde
est l'instant d'une vie
un forage intestinal
grattouille l'anus
décomposé
de la muse en orbite
de notre chacal auto cannibale
Nous sommes la perfection
annihilée
par la soif de sens
cosmique
retenons un seul souffle
éjaculat séraphique
paupière à nos yeux
crème noire
un néant religieux galope
mon coeur bat bat bat
si fort, si fort
coeur, salope
écartèlement
des joints, déchirure
une eau gorge les tissus
charogne! salope!
Nous
inutilité du langage souvent
des cartes au trésor
gouttelettes fécales d'intelligence
tricoteuse, tachycardie
douleur vertu
je dépose un baiser au creux de la nuque
de la vie
baisée brutalement.
*
J'ai jadis écrit comme on saigne, aujourd'hui comme on meurt. Bukowski avait raison: frappez-vous la tête à coup de hachette, mais n'écrivez pas de poésie.
Il y a dans l'écriture un acte désespéré, une acceptation du ridicule qui maintient la vie à distance. Le bitume devient mou, autant qu'un ventre sans muscle, et la satisfaction de cette errance main dans la main avec un enfant qui nous connait mal laisse comme un syndrome post orgasmique. Je penche la tête en vous disant ça, car je suis un chien qui cherche à comprendre.
Sur la vitrine de la pupille il y a une langue qui lèche les mots et qui bave.
Je ne crois pas avoir connu Satan. Mais je lui ai souri. Je sais sa chute comme une lourde élévation. Ses ailes huit fois cornues battent un rythme lancinant. Je ne crois pas qu'il m'ait jamais parlé, pourtant sa lumière a graissé mon corps inconscient, m'a lavé de nombreux mois jusqu'à une aurore poussiéreuse où ce laser s'est résorbé comme une amante lassée.
Je suis moins vif chaque matin. Quoi que je fasse mon appartement est plus sale, plus bordélique et plus vide.