Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
L'amour, j'ignore
sauf
quand je vois cette photo
partagée, deux parties
deux mondes
clair obscur
vie, non vie
limbes et croûte terrestre
au fond d'une table tunnel, cette bonne vieille lumière
un escalier vers le paradis
le paradis comme on dit, c'est quand on sait plus où aller
éternellement là, lui, sur ce cliché
contre-jour
un an déjà, connard, que tu visites l'absolu
que tu trônes dans la mémoire
qu'on t'aime néantissimement
que je pense aux vers qui ne t'ont pas bouffé
parce que tu es poussière pour la littérature
L'amour, j'ignore
sauf
sur cette photo
le laser de ton regard
rectiligne, contre-plongée
par en-dessous
oh! comme tu connais bien l'au-dessous maintenant
tu vois les fleurs germer
des immortelles je suppose...
Ô pêcheur, Dieu a fini par te cacher
ou le diable
ou la mer
ou la rivière
ou le rocher
enfin tous ces trucs qui te méprisaient de ton vivant
parce que l'amour
toi
tu en savais un bout à son sujet, c'est pas comme tous ces livres...
L'amour, j'ignore, l'amour je mords
ce cliché, face à face, séparés, unis d'une pensée noir et blanc
quelques verres sur la table, témoins d'un mariage devant Dieu, le diable,
la mer, la rivière et le rocher, un mariage oraison
raison funèbre arrosée d'émotion
tu m'as tout dit ce jour-là, je savais que c'était la dernière fois.
L'émotion, c'est tout.
J'y suis
petite vie cent à l'heure
immobile boulevard
je hèle des inconnus
qui se retournent ou non
j'utilise ton nom à plus ou moins bon escient
j'irai à Paris, j'irai à Londres, j'irai leur dire
que tu maniais le petit violon de l'amour
avec la dextérité du condamné
je fais des petits poèmes
pour engrosser la vie
des poèmes pas toujours très beaux
file la vie, file le temps, file, file, file,
je te vois souvent.