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Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 12:49

 

 

  C'était la cinquième fois qu'ils se voyaient. La première, ils avaient baisé dans une cathédrale, sous l'oeil interloqué d'un cardinal en peinture, entre le rétable et son tombeau, au nez et à la barbe des visiteurs. Elle était croyante, alors ça l'excitait vachement cette situation. Ils avaient fait ça sur le carrelage glacé.

  La seconde fois, ça s'était passé contre une falaise sur un sentier de promenade. Ils avaient été surpris par un couple de randonneurs, qui, à leur façon de détourner le regard comme s'il n'y avait rien à voir, s'étaient sentis bien plus mal à l'aise que nos baiseurs. Normal, c'est toujours embarrassant de pénétrer, sans l'avoir voulu, l'intimité des gens.
 
  La troisième et quatrième fois furent banales.

  Là, elle était dos au mur de sa véranda, face à lui. Le repas cuisait et répandait des senteurs d'huile d'olive, de cumin, de graines de sésame et d'aubergines. Ils venaient de boire l'apéro. Elle était très excitée, lui un peu moins. 


  « Frappe-moi. »


  Il l'incisa d'un regard aigu de métal noir. C'était une jolie fille. Quelques kilos en trop au niveau des cuisses et du cul, mais un visage très harmonieux, des cheveux très fins. Sans se retirer de ses beaux yeux lapis-lazuli, il leva son bras, paume ouverte, et laissa tomber une main ferme sur sa joue. Cinglant. Sonore. Sec. Dur. Elle eut le courage de ne pas baisser la tête et de rester droite, fière.

  Une deuxième gifle plus appuyée vint la récompenser. Puis un aller-retour.
 

  « Encore. »


  Une quatrième, aussi franche que les premières. Il n'avait pas peur de lui faire mal : elle voulait avoir mal. Sentir sa force brute exercée contre elle. Cette fois-ci son visage resta tourné du côté imprimé par la baffe. Il lui attrapa le menton et la mâchoire avec sa main gauche, pour la repositionner face à lui. Et cinq, et six. Ses jambes fléchirent un peu. Sa joue devenait rosacée.

  Il envoya sa main entre ses cuisses, saisir sa chatte. Trempée. Littéralement ruisselante. Lui aussi bandait ferme, maintenant.


  «Tourne-toi sale petite pute. »


  Elle s'exécuta. Il défit son pantalon pour en sortir sa queue qu'il enfonça en une seule fois dans le sexe ouvert et imbibé de sa sale petite pute. Il la baisa, fort et sans aucun ménagement.

  Le repas fut prêt. Ils s'assirent au-dehors, dans le petit jardin ombragé. C'était très bon, elle était bonne cuisinière. Le rosé aussi était sympa.

  La nuit tomba doucement dans un feulement de feuilles brassées par la brise. Après le dessert, qu'elle avait également préparé elle-même, ils rentrèrent dans la maison et prirent place sur le canapé. Il lui fit la lecture de quelques contes des frères Grimm.

 

 

 

 

Par ignatius - Publié dans : Nouvelles - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 12:41

 

 

  Tu te souviens comme ça des aubes métal en feu
accoudé au néant des journées sans promesse
et tu vois dériver de l'égout fabuleux
les résidus gorgés d'un souffle de jeunesse

  Le soleil et la rue, baisant dans la beauté
sont bien loin aujourd'hui de tes mains vacillantes
et dans le vent d'hier tu pleures la cruauté
cet infernal écho des voyages qui te hantent

  Ta bohême est une pute amère en promotion
et son regard navré de déesse en plastique
déchire en ton squelette une plaie de scorpions
qui vont grouiller tout seuls au pays fantastique

  T'avais cru que l'amour et ses reflets trompe-l'oeil
n'auraient pas ta superbe acidulée d'étoiles
mais tu n'sais plus chanter, contracté par les deuils
des cieux mornes et plats qui te figent sous leurs voiles

  Dans cet exil trop vaste où te voilà jeté
folâtre à l'horizon la sarabande jaunie
des cadavres superbes que tu as maltraités
tous les plaisirs humains consolant la folie

  Ta bohême est une pute amère en promotion
et son regard navré de déesse en plastique
déchire en ton squelette une plaie de scorpions
qui vont grouiller tout seuls au pays fantastique.

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 15:26

 

 

  c'est comme ça quand le feu bleu nuit
s'acharne en moi
comme un lierre venimeux d'espoir
je suis l'immeuble aux cheveux malades
tombé là par hasard
étages de génération spontanée
je vois d'autres immeubles tout aussi étranges
dans la ville de chaos formidable
et je voudrais courir
et vous voudriez courir
des immeubles qui veulent courir

si au moins c'était de la poésie

des images d'insectes grimpent aux parois
imaginez les danses là-haut sur les toits
dans nos cheveux malades
tarés dans l'idée du ciel
l'idée du ciel
là où chante la poussière
là où chante la poussière avant de retomber
en pluie atomique, d'organe et de tissus
comme des voiles torturés par les astres
la poussière tombe et s'agglomère
avec un souvenir
brûlant comme un mystère
avec ce souvenir
la poussière tombe et s'agglomère
et la cité pépite de guirlandes ahuries
dorées seulement pour les yeux
et plus de place pour le sacré
au milieu des immeubles nouvellement tombés
dans le chaos bruyant
plus de place autour
des immeubles aux racines rongées
par le feu bleu nuit
si au moins

c'était de la poésie

 

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 14:04

 

 

  Le Rhône parle à un homme aux oreilles dévorées

    un jour vert-de-gris

  il écoute et ne comprend pas ce fleuve
qui rumine un secret
il ferme un instant les yeux

    aujourd'hui, l'entente est impossible

  l'homme aux oreilles dévorées va s'asseoir sur un banc
couleur bouteille
sous un ciel de cendres froides
sous un platane vert et gris
face à une mare cerclée de béton

    je suis cet homme

  et l'eau lui parle encore
une langue plus intime
qui ne semble pas répondre à ses questionnements

  il inspire
les feuilles tanguent et tremblent
l'homme va se lever
il se lève

    je suis cet homme

  c'est tout ce que je suis
ce jour vert-de-gris

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 13:48

 

 

  L'idée de l'humain
si belle
comme une profondeur d'espoir
tunnel sous le sable, deux mains se cherchent
un enfant promesse court dans les livres qu'il reste à écrire
l'idée de l'humain, si belle
pourtant, face-à-face
boutons sur la gueule et langue ordurière
va trouver la profondeur ailleurs qu'à la fosse commune
le tunnel s'effondre la plupart du temps
et hier
à la messe de Dvořák
un gamin couinait, bougeait, sautait et me filait des coups de latte
j'ai dû encore une fois m'éloigner de l'idée de l'humain
pour me rapprocher
de celle de la musique.

 

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 13:46

 

 

  L'art est un piège comme un autre me dit un pote.
Il a cent fois raison
le tout dans la vie est seulement de bien choisir son piège
son enfermement
et d'y ronronner comme un chat pris de folie douce
comme un serpent dans un nuage d'éclairs

  et l'art et les nanas, et le fric et le boulot
ne sont que des pièges plus ou moins saignants
dont les dents d'acier pénètrent plus ou moins profondément
dans l'âme et la bidoche
jusqu'à
ce que vous vous bouffiez la patte pour en fuir
pour fuir
vers un autre piège.

 

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 16:47

 

 

 

  Le truc le plus dingue qui me soit jamais arrivé a débuté par la situation la plus banale possible : j'étais en terrasse du RADAR, à me faire rembarrer par une petite nana avec qui j'y allais un peu fort dans le « rentre-dedans ». C'était une après-midi au temps indéterminé, peut-être bien qu'il y avait du vent ; il y a toujours du vent « en » Avignon.

 

  Donc, pendant que selon certains critères je me ridiculisais avec une pimbêche trop fière, je vis arriver Alien, un autre écrivain-poète du RADAR, lui aussi totalement chtraqué. Ses yeux de zombi insomniaque, enfoncés très loin dans ses orbites donnaient l'impression que ses mâchoires, toutes dents dehors, allaient fondre sur vous ; ça lui donnait vraiment une gueule d'Alien. C'était pas très sympa de l'appeler comme ça, mais il le prenait pas mal.

 

  « Ah ! Ben, j'te cherchais ! » qu'il me fait, à dix pas, en fonçant sur nous, la table, la pimbêche et moi. Il affiche un sourire abominable. On s'attend, la fille et moi, à ce que des vers luisants et des scarabées crevés s'échappent de sa bouche, pour en fuir.

 

  En tout cas, il a l'air super content, ravi de me trouver ; je sais pas encore pour quoi, mais je crains que ça soit vraiment débile. S'il avait découvert la pierre philosophale, il paraîtrait pas plus exalté. Bon, quoi qu'il en soit, il me tirait du merdier, et ça, c'était cool.

 

  Il me salue, inflige à Pimbêche son sourire à refiler des boutons aux spectres de la nuit, et s'assied. Direct, il raconte son histoire. L'affaire semblait si capitale que même Greluche est restée pour entendre le topo.

 

  Un de ses potes, un agrégé de Lettres Modernes, qui était également une pointure en informatique et en électronique, était à deux doigts de mettre au point une machine absolument sidérante, un programme en fait, dévolu à une seule tâche : écrire des poèmes. Oui oui : écrire des poèmes. Ça c'est de la révolution ! Steeve Jobs aurait plus qu'à vendre des cartes postales musicales au marché de Noël.

 

  Un ange mécanique passe.

 

  Je suis songeur, dubitatif mais songeur, parce que je sais qu'Alien est pas vraiment un blagueur dans l'âme. Je plaisante un peu, mais Alien me resitue immédiatement. C'est pas de la farce, il y croit vraiment, le mec.

 

  Crouic crouic, l'ange mécanique repasse.

 

  Pimbluche, qui jusque là me prenait juste pour un gros lourdeau, mais pas pour un débile, me demande pourquoi ça m'intéresse une telle connerie. « Moi aussi j'écris des poèmes. ». Elle explose de rire, un rire comme un couperet, ironique et méchant, nous traite de cinglés -ou de je sais plus quoi de plus « djeun's »- et puis se tire pour aller se faire percer les tétons ailleurs.

 

  « Je te jure, c'est incroyable ! Mon ami est à la fin de la programmation, faut vraiment que tu voies ça ! J'ai rendez-vous dans vingt minutes, tu viens avec moi ? »

 

  C'est comme ça que je me suis retrouvé chez Ludwig. Ludwig est un génie, un vrai, plus siphonné que Louis II de Bavière, aussi grand, aussi classe, bref, un aristocrate. Sa fougueuse chevelure philosophique devait refiler des orgasmes à toutes ses élèves rien qu'en scintillant sous les néons. Et il nous accueille comme des ambassadeurs : thé, café, vin, whisky, cognac, armagnac, petits gâteaux, y avait qu'à se servir. Ça doit bien payer, prof agrégé.

 

  Sa bibliothèque était un émerveillement. Rien à jeter. Et des belles collections avec ça ! Intégrale d'Artaud, de Céline, Fante, Miller, Hemingway, Dostoïevski ! Aucun bouquin ou auteur vraiment contestable, que du bon goût ! Des Pléiades, des éditions originales ! Et rien ne manquait, même parmi les plus récents ou les moins estimés : les Claude Lepetit, les Rictus, les Tool, les Egolf, tous trouvaient leur place dans ce panthéon. Dès que je pensais à un titre, en cherchant bien, je le trouvais, et classé par ordre alphabétique ! À la limite du flippant.

 

  Donc voilà, on était comme des pachas, comme des princes, chez l'esprit le plus cultivé de la ville, dans ses fauteuils en cuir, à faire connaissance en savourant du thé de Chine. J'étais sous le charme. À main gauche, j'avais vue sur sa cédéthèque. C'était la même limonade. Tout ce qu'on imagine entendre chez un homme de qualité attendait là, bien rangé, dans un joli meuble en noyer. J'avais jamais vu ça. Gong, Magma, Zappa, Janis Joplin, Nina Simone, Bowie, Nick Cave, Joy division, tout le Grunge, Ferré, Thiéfaine, Noir Désir, Têtes Raides... impossible de tout relever. Étourdissant. D'un autre meuble, celui dédié au Classique, il tira un cd de Satie. Gnossienne numéro 1, pour commencer. Je remerciai Dieu que ce type ne fût pas une femme : j'avais pas prévu de tomber amoureux ces jours-ci.

 

C'est Alien qui lança le sujet :

 

  « Alors, tu nous la montres ta merveille ? »

 

  Sans se faire prier, Prince Ludwig nous amena dans son bureau, presque aussi spacieux que le salon, mais dans un état de bordel digne d'un garage automobile.

 

  Sur un grand plan de travail gisait une sorte de cadavre informatique éviscéré, tous intestins dehors, plein de fils hirsutes de partout, des barrettes de mémoire greffées dans toutes les directions, et qui faisait plutôt figure de décharge que de machine révolutionnaire. Finalement, ce truc avait bien la gueule d'un prototype. Il alluma le bazar.

 

  « Mais bon, c'est encore la genèse, là. J'en suis à lui faire avaler des pages et des pages de poèmes, les périodes, les mouvements ; il me reste encore à coder au niveau de l'adaptabilité, de son intelligence artificielle, quoi. Je voudrai arriver à quelque chose de proche des ordinateurs quantiques, qui dépasse le binaire, qui considère le principe d'incertitude. »

 

  La machine s'ébranlait. Elle semblait mâchonner des graviers en crachant de petits flashs bleus, verts, jaunes... ça prenait du temps.

 

  Je hasardai une question un peu terre-à-terre, à des kilomètres de ses problèmes quantiques :

 

  « Comment tu t'y prends pour lui faire bouffer tous ces textes ? Tu télécharges ? Ça doit prendre des heures, rien qu'à les dégoter sur le net...

 

  - Quand j'ai pas, oui, sinon je scanne ce que j'ai. Il reconnaît les caractères et retranscrit dans un langage spécial que j'ai créé pour lui. Mais le truc, c'est qu'il y a pas besoin des œuvres complètes pour qu'il assimile la technique d'un poète et la mécanique de son écriture. Quelques textes bien choisis suffisent. »

 

  Le terme « bien choisis » m'aurait fait tiquer dans la bouche de n'importe qui d'autre, mais là, vu la tronche qu'était ce bonhomme, je me suis dit qu'on pouvait lui faire confiance.

 

  « La semaine dernière, j'ai fait Shakespeare, Byron, Blake, des tankas, haïkus et senryû. Là, je viens de finir Aloysius Bertand, Lautréamont, Baudelaire, Rimbaud. Il me reste les modernes avec quelques Surréalistes, des Russes comme Tsvetaïeva... Les seules œuvres que j'ai tenu à injecter en intégralité sont l'Iliade et l'Odyssée, parce qu'on dit que tout est contenu dans Homère. Enfin, j'ai espoir d'avoir terminé dans trois ou quatre jours. »

 

  Dommage. Il n'y avait donc encore rien à lire du plus grand poète de tous les temps. Ludwig refusait de tenter ne serait-ce que la composition d'un tout petit haïku de rien du tout. Ce cher petit devait finir ses études. Et puis il manquait aussi un peu de programmation. Bon. S'agissait d'être patient.

 

  Fin du jour I.

 

  Le lendemain, c'est Ludwig qui m'appela directement, dès le début de soirée. Il m'offrit de venir boire l'apéro chez lui. Il avait bien avancé, et voulait me faire voir quelque chose. Quand on connaît l'armoire à alcool de Ludwig, refuser un apéro là-bas est le genre d'acte capable de nous hanter pendant des semaines. Et puis je voulais voir les avancées du monstre.

 

  Les détails concernant « l'adaptabilité » ont été réglés. Le Programme Rimbaud (c'était le nom du projet, un peu nul selon moi, mais c'était un nom temporaire) était maintenant capable de remplir des grilles de mots fléchés, de mots croisés, ainsi que de corriger des alexandrins boiteux, ou octosyllabes, ou de n'importe quoi de métrique sans perdre ni le sens, ni la beauté, ni s'éloigner du style de l'auteur. Ludwig scanna trois grilles de mots et en moins d'une minute -je vous jure ! son monstre avait tout rentré, sans la moindre erreur.

 

  Ludwig et moi, on était comme fous, enivrés au plus haut point, limite hystériques. On trinqua à son génie et aux futurs prix qu'il allait recevoir grâce à son abomination.

 

  Ensuite, il est allé chercher sur mon blog quelques sonnets aux vers claudiquant (je suis très fort pour ça) et plus rapidement que va mon œil pour décider si une fille a un joli cul ou non, Frankenstein en souligna les maladresses. « Make correction ? » « Yes », et voilà que mes sonnets passaient pour du Charles ou du Arthur, ou ne mourraient pas de honte devant la comparaison : du lait sur de la crème !

 

  J'avais l'impression de voir la naissance du machin qui nous reléguerait tous au rang de fossile de stylo bille, l'avènement de la première bombe atomique littéraire, et que plus rien ne pourrait être comme avant. C'était aussi angoissant qu'excitant. On s'est grave pris au jeu, on a fait corriger presque tous mes poèmes, et le résultat fut effrayant de justesse. Je me sentais quand même un peu vexé. Mais bon, merde ! C'est un ordinateur, bordel ! Normal qu'il soit plus malin que moi, y avait pas à se mortifier : moi j'ai mes états d'âme, ma souffrance d'humain, lui c'est qu'un amas de circuits imprimés gorgé de fulgurances mathématiques.

 

  Il ne nous restait plus qu'à fêter la mort prochaine et annoncée de tous les poètes et romanciers. C'est ce qu'on a fait, en torchant le cognac et l'armagnac. Puis une des élèves de Ludwig est arrivée. Le genre à me donner envie de passer l'agrégation. Fine, sexy, en jupette, bas et tout le tremblement. Ludwig insista pour que je reste, mais je voyais vraiment pas pourquoi, et même en faisant un effort d'imagination, je trouvais que ça faisait bien trop d'émotions pour un seul soir. Et j'avais envie d'écrire sur la fin de la poésie, ça me semblait un thème valable. Une fois chez moi, j'ai essayé. Ça donnait rien. J'ai jeté.

 

  Fin du jour II

 

  Gros trou noir.

 

  Fin du jour III.

 

  DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNGGGG ! Toutes les banshees du monde, réunies au stade Vélodrome un soir de victoire de l'OM sont plus supportables que ma sonnette. Surtout avec une telle gueule de bois. Nu et noir, je passai ma tête à la fenêtre. Qui ose ?

 

  C'était Rachel. Une punkette très mimi, bien qu'un peu surchargée, mais excitante, avec les « dents du bonheur » et une bouche à inviter aux plus beaux voyages maritimes, un bonheur de fellation, peut-être. Bref, elle était au bas de chez moi, avec son sourire à interrompre net une guerre mondiale.

 

  « Salut Ben ! Tu m'invites à manger ? »

 

  Ben voyons. C'est le coup de la princesse qui en embrassant le vilain crapaud le transforme en prince charmant. Son sourire, ses yeux qui pastillent avec des cils tout autour...

 

  « Monte... »

 

  On avait jamais couché ensemble, mais on s'était jurés de le faire. En attendent, il arrivait qu'on se bécote. Non, en fait, je lui avais dit : « Un jour, on baisera PAS ensemble ». Voilà ce que j'avais dit. Je trouvais ça subtil, prometteur. Et ça fonctionnait : on avait toujours pas baisé. En fait, elle écrivait aussi (à croire qu'on écrit tous au RADAR), et lisait beaucoup, avec une bonne vision de la chose. Un regard assez fiable en matière de poésies et de romans. Rachel avait même été publiée dans son adolescence pour des nouvelles super trashs.

 

  « Heureusement que je peux compter sur des gens comme toi en ce moment ! J'ai pas une thune, ma meilleure amie me fait de vrais coups de pute et mon mec arrive même plus à me faire jouir... »

 

  Rachel, c'était un peu Cosette, mais croisée avec Catherine M. À dix neuf ans, elle connaissait la queue de plus de cent mecs, voire deux cents : le compte donnait le vertige. À raison de deux par mois depuis ses quinze ans, ça devenait vite prodigieux. Mais nous, on niquait « dans le cerveau », c'était son expression.

 

 

  Tout en bouffant les trucs pas moisis de mon frigo, je lui racontai le phénomène du moment : Le Programme Rimbaud. Ça l'éclatait cette idée. Elle voulait absolument voir ça. En vrai, parce que j'avais beau lui assurer que c'était pas des conneries, que la machine existait VRAIMENT, lui décrire le genre de bonhomme génial qu'était Ludwig, même si je paraissais sérieux et convaincu, c'est pas le genre de trucs qu'on peut croire sur parole. Aucun soucis, je lui offris de venir avec moi, là, dessuite, dès qu'on aura « pas baisé ensemble ». Elle se marre, a bien envie de voir cette chose, mais pas maintenant, elle a un rencard, d'ailleurs merci pour le repas, mais là elle doit filer.

 

  J'avais quatre messages de Ludwig sur mon tél. Tout était prêt. Fébrile, je prends mon cuir, des clopes et un rouge pas dégueu (histoire de pas abuser de la gentillesse de mon hôte) et je trace en direction du futur -et perpétuel- Prix Nobel de Poésie, qu'il allait falloir inventer pour l'occasion.

 

  La machine avait fait des progrès. Et pas qu'en poésie ! Elle était maintenant présentable, plus ramassée, avec des caches sur les circuits ; tout cela était plus digne de l'engin. Surtout, chose étonnante, elle possédait désormais une sorte de réservoir avec un liquide brunâtre à l'intérieur. Ludwig avait dû sniffer toute la coke d'Avignon : ses yeux turgescents, rouges, fous, menaçaient d'exploser et de rouler par terre à tout instant.

 

  « Alors, que je demande ?

 

  -Assieds-toi. »

 

  Je m'assieds.

 

  « Ô Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps, peux-tu, s'il te plaît, composer un pentasyllabe sur... » Ludwig me jette un regard qui appelle à l'aide, mais je bronche pas, absorbé par la scène, alors il enchaîne comme il peut : « … sur la fuite du temps. »

 

  Je relève :

 

  « Ô Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps ? »

 

  La façon avec laquelle Ludwig plante ses yeux injectés de sang dans les miens, sabre mon ironie de sa gravité, me fait comprendre que c'est pas le moment de la ramener. Ok. Je ferme ma gueule. Je patiente.

 

  Deux minutes de crissement de silice et de GRRRR GRRRR mécaniques plus tard (je note que le liquide est un peu descendu aussi...), Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps déclame son pentasyllabe sur la fuite du temps.

 

  C'est tellement poignant, tellement juste, plein de détresse et de contemplation poétique que Ludwig et moi on chiale comme des gosses à qui on a retiré leurs cadeaux de Noël. Sans déconner, Leopardi et son Infinito, à coté, ça fait figure de déprime adolescente écrite en descente d'amphétamine. Je nous sers deux verres à ras-bord de rouge, pour encaisser le coup. On refait l'expérience trois ou quatre fois, sur des thèmes différents, et ça loupe pas, Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps nous fout sur les genoux. Je suis scié, j'essaie de reprendre mes esprits, de comprendre.

 

  « C'est quoi le réservoir ? du jus de Muse ?

 

  - Oui, je bois, ET ALORS !? »

 

  J'en reste coi. Pétrifié. Ludwig est complètement dépassé. Il m'emmène dans la pièce d'à côté.

 

  Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps voulait une petite nana. Pour lui. D'après Ludwig, il avait compris que nous, les êtres humains, on écrivait de la poésie juste pour ça, donc qu'il n'y avait pas raison : lui aussi y avait droit.

 

  Je repense à Rachel. Elle fera parfaitement l'affaire. J'en informe Ludwig. Le pauvre est plus capable de prendre une seule décision. Je prends les choses en main. Va pour Rachel.

 

  Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps, Ludwig et moi, on a discuté une bonne heure en tombant deux portos avant que Rachel arrive. Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps avait cette diction hachée qu'ont tous les programmes avec fonction vocale, mais ça restait supportable dans le dialogue.

 

  Une fois avec Rachel, Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps exigea qu'on les laissât seuls à seuls, tous les deux. Ce que je comprenais. L'inventeur et moi, sommes allés se tasser dans une autre pièce. Pendant un long moment, on a devisé sur le futur, sur les monumentales intrications philosophiques qu'une telle invention causerait sur le devenir de l'Homme. Sur la pensée, la conscience, l'Art, ou même l'argent -et putain ! y avait de quoi choper le tournis. D'ailleurs, Ludwig était tout à fait saoul, il maintenait à grand peine ses coudes sur ses genoux. Ce qui nous fit réagir ressemblait aux râles de quelqu'un qu'on étouffe.

 

  Dans le bureau, Rachel était à demi nue, en train de se pignoler férocement dans la lumière glauque et lubrique du Plus Grand Poète De Tous Les Temps. Lui, il gueulait des trucs pornos que j'aurais jamais osé écrire, et à peine dire tout bas à l'oreille d'une femme. Rachel n'arrêtait jamais, frénétique, comme s'il lui était impossible d'aller jusqu'à l'orgasme, mais que, possédée, elle ne se contrôlait plus. Tendue comme un arc, elle enfournait les doigts de sa main droite dans ses deux orifices contigus alors que sa langue léchait ceux de sa main gauche. C'était d'une violence sexuelle proprement effarante.

 

  Un peu gêné de troubler cette intimité, je m'avançai tout de même vers Le Plus Grand Poète De Tous Les Temps parce que j'avais l'impression qu'il voulait me dire quelque chose. C'était plus fort que moi. Ludwig ronflait maintenant, son corps avait glissé, formant un angle droit entre le mur et le bureau.

 

  Sur l'écran crépitant du Plus Grand Poète De Tous Les Temps clignotaient ces mots de détresse :

 

  « Fais quelque chose ! J'ai pas de queue, pas d'organe pour la toucher ! Fais quelque chose, je t'en prie ! »

 

  Alors j'ai fait quelque chose. Bien sûr, Rachel avait besoin d'aide, une aide organique, humaine, j'avais un peu pitié d'elle. Mais j'avais encore plus pitié de lui, l'impuissant, je voulais pas lui infliger de voir ça. Je ne pense pas que c'était ce qu'il souhaitait. Et puis, j'avais une parole à tenir vis-à-vis de Rachel : un jour « on ne baiserait pas ensemble ».

 

  J'ai soulevé tous les caches, retiré le réservoir et l'ai vidé sur les puces, sur les circuits, j'ai arraché et déchiré tous les fils que j'ai pu, et j'ai balancé la tour par la fenêtre. Ça fumait, ça puait le plomb et le plastique fondu.

 

  Rachel dormait maintenant. Sèche. Affalée. Encore un peu tordue par le supplice qu'elle venait d'endurer, un supplice de luxure digne de la Divine Comédie. Ludwig ronflait très fort.

 

  Sur l'écran, qui s'éteignait lentement, était affiché, en rémanence :

 

  « Merci mon pote. »

 

  Fin du jour IV et du Plus Grand Poète De Tous Les Temps.

 

 


Par ignatius - Publié dans : Nouvelles - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 13:40



  Tout se bouscule beaucoup trop
souffle chaud du soleil et chant des oiseaux
j'ai deux jambes immobiles qui m'ont mené là
ces gens passent mais que pourrais-je leur dire ?
  - que moi aussi
je suis pressé poussière de vivre
entre gris et bleu un coeur étrange
souvenirs de rondes et chevaux de bois

  tout se bouscule toujours beaucoup trop
entre vous et moi, on sait
qu'il y a au moins UN secret
d'une porte à l'autre, j'aimerais vous dire
  - que moi aussi
j'ai peur du mot des conséquences
qu'on flotte en douceur vers la démence
demain la maison sera froide et sombre

  tout se bouscule
et moi sur mon banc je crois que je m'encule
vous êtes passés comme un frisson
je suis un silence gonflé de désir
  - osons avouer que
nous avons vu les mêmes fleurs pourrir
(si lentement)
nous bouffons les racines avant toute éclosion

  tout se bouscule dans la tête et dans la rue
enfants-sexuels, la langue mère a déjà dit
tout sauf l'essentiel, à côté, à côté
de notre effroi portatif
il y a... je ne sais pas quoi, j'ai essayé, tant pis
je vous emporte comme un paquet de regrets
comme un miroir malheureux
comme un caillou dans la chaussure
une disgrâce à l'âme
champignon sous le lit
des lézardes aux dents
un gyrophare dans le lointain
une ville vue depuis la colline
comme...
je monte les escaliers
et ferme la porte.

 

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 13:38

 

 

 

  Les jours et les nuits crapahutaient sur nos loques vivantes, et nous poussions de petits cris, des oh ! des ah ! des hummm, ouiii ! Et chantaient les oiseaux, les canons, les voitures, les violons, et certaines grandes voix qui nous semblaient habiter les recoins des ruelles. C'était le XXIè siècle. Il n'y avait presque plus de Dieu, mais la place qu'Il avait laissé vacante résonnait d'échos affreux, ça frappait contre nos côtes, suintait contre nos muqueuses, et du dernier ongle de nos orteils jusqu'aux bulbes capillaires, on pouvait sentir ce courant électrique en déshérence, qui montait, arborescence, plein de promesse et de bonne volonté pour finir en pétard mouillé sous la coupole lactée de notre cervelle. Quand je dis « on », bien sûr, ça ne concernait pas tout le monde, on croisait des gens qui, en apparence, s'en sortaient très bien. Des pirates, des mercenaires, insensibles à la métaphysique, peut-être étaient-ils plus forts que nous autres ? Ces gens-là ne m'ont jamais fasciné. Je repérais les troués, les errants mystiques, les volontaires d'une nouvelle grande guerre -contre soi-même- tous ceux qui se placent « à côté », et qu'ils fussent entièrement sincères, ou seulement par à-coups, par pulsion alcoolique ou autre, croyez-moi, ils étaient nombreux ces chers petits orphelins du sens commun ! très nombreux, peut-être plus nombreux qu'il y paraît d'abord quand on jette un coup d'œil sur une place et qu'on croit y voir une majorité de gens « normaux ». Il y a des signes, des petites lézardes dans le discours, un éclat violet dans le regard, mille riens minuscules qui indiquaient la possible ouverture de la boîte de Pandore, un de ces jours, chez ceux qui faisaient semblant de n'avoir aucun doute.

 

  Je viens d'entendre un monsieur très intéressant parler de Rimbaud, un monsieur réactionnaire et bien comme il faut (dans le style du siècle précédent), un érudit, passionné de poésie et des Belles Lettres. Il voulait démêler le vrai du faux chez Rimbaud, tâter de sa sincérité. La sincérité est un horrible défaut dans la vie courante, mais en Art, c'est la voie royale vers le bûcher. Ne faîtes pas cette tête-là, vous voyez bien ce que je veux dire : le bûcher, on y va tous, la question est de savoir si nous y allons comme des princes ou comme des déserteurs. La grande guerre contre soi-même, rappelez-vous. Et bien la sincérité est le casus belli qui mène à la guerre contre soi-même. Voyez avec des psychanalystes, moi je pourrai pas le dire mieux que ça. Baudelaire, Artaud, Bukowski, Léo Ferré, Céline, aujourd'hui Houellebecq, furent et sont (pour l'instant) atrocement sincères. Mais Rimbaud... peut-être était-il secoué par une sincérité alternative ? D'ailleurs, il n'est pas toujours facile de savoir de quoi parle Rimbaud dans ses poèmes, hormis ceux qui traitent de figures classiques de la littérature ou de petites scènes de vie. Qui sait de quoi traite Le Bateau ivre ? Au risque de passer pour un con, je vous avouerai que je n'en sais foutre rien, et j'ai lu des interprétations ; reste que c'est beau ! ah oui, c'est sûr, ça pète, c'est beau. Rimbaud savait faire des vers, aucun doute là-dessus. Il parle de lui, oui, comme dans Une saison en enfer, comme dans les Illuminations. Mais bon, bref, le doute demeure, peut-être n'était-il qu'un brillant avocat illusionniste qui à force de plaidoiries hautes en couleurs, et à grands renforts de feux d'artifices verbeux, a entraîné son auditoire et s'est entraîné lui-même bien loin des rivages stupéfiants de nudité dont il semble parler dans Le Bateau ivre. Une trop grande habileté, une intelligence trop facile serait un fléau ? comme la beauté peut être un fardeau ? Je n'apprends rien à personne, là. Bref. Ce monsieur donc, notait tout de même que Rimbaud, pour avoir écrit de telles choses si jeune, pour avoir autant débattu de l'héritage chrétien, s'était trouvé très tôt bouleversé par la question de la métaphysique, donc de la vie et de la mort, et que selon cet érudit, ce n'était pas une chose si fréquente. Je me permets de douter sur ce point. L'horizon du grand vide s'ouvre, je pense, dans la béance de nos boîtes crâniennes aux plus jeunes âges de la réflexion. Il y en a parmi nous qui ne sont pas saisis du même effroi, qui n'éprouvent pas cet infini vertige face à la contemplation de l'idée de l'infini -justement, et mettant cette donnée de côté, ils arrivent, jusqu'à un certain point, à se conformer à une vie qu'on qualifie de « normale ». À huit ans, une nuit, j'ai vu s'ouvrir, comme un immense chemin noir dans la pénombre, le fleuve Styx, dont les tourbillons hypnotiques broyaient et emportaient par le fond pour les faire resurgir sur une berge livide, comme des carcasses lavées, les toutes petites notions, les ridicules croyances que nos parents et notre propre observation naïve du monde, fourrent dans nos caboches, ces petites constructions d'allumettes chétives, ces embryons de philosophie. Je n'en ai plus dormi pendant longtemps. Je jure que c'est vrai. Je me couchais dans l'insomnie pour disserter gravement, avec mes minuscules capacités intellectuelles d'enfant de huit ans, de la réalité de l'existence, qu'on peut voir et toucher -ô illusion ! face au sacre éternel, galopant et impalpable de la mort, du néant cosmique, vaste et enivrant. C'est une expérience bizarre. J'en conçus ma première tentative de suicide -j'avais huit ans ! Elle fut donc des plus candides. Mais il apparaît qu'on se relève de ce type d'expériences avec des exigences particulières à l'endroit de la vie. On devient suicidaire, au sens psychologique du terme, c'est à dire qu'on garde enfoui dans ses limbes le souvenir d'une sensation terriblement excitante : celle de plonger son être dans le regard de la mort, et rien n'est plus riche, rien n'est plus exaltant, on en devient malade, toxicomane de cette sensation, on veut la revivre, encore et encore, parce qu'on ne se sent jamais plus vivant qu'à l'instant où les doigts de la Mort viennent obombrer notre âme. Comme on ne s'intéresse jamais tant au soleil que lorsque la lune vient l'éclipser. Mais Rimbaud a-t-il tenté le suicide ? Alors, au contraire de beaucoup d'autres poètes -qui ont pu avoir bien moins de talent que lui, n'était-il qu'un simulateur ; si on est « rimbaldien », on dira plus volontiers « visionnaire ». Reste que j'ai goûté, le plus sincèrement possible aux drogues, les douces, les dures, les gentilles, les méchantes, celles qui renversent la table bien ordonnée de nos pensées pour y creuser l'abîme hallucinatoire des confrontations mystiques, celles qui lancent entre les os des chaînes visqueuses et en extirpent l'essence humaine pour vous laisser exsangue, esclave, soumis au néant, soleil pathétique, tronc vermoulu, bébé jeté avec l'eau du bain, fleur bleue d'hématomes, corps et âme pouic, ligoté aux rails de l'asservissement, Prométhée pyromane de soi-même, béance absolue, peau de vieillard pleurant devant St Pierre, et en définitive, pour mon cas, dégringolé tout en bas de mon dégoût pour moi. Inutile de vous dire que Rimbaud ne me fut pas d'un grand secours, au contraire. Lui, le fort en simulation. Toujours est-il que le grand ver du temps faisait son œuvre, qu'il dévorait tout autour de moi, amis, amours et passions, et que les paupières entrouvertes, j'ai vu la dévastation ramper comme une secousse sismique ralentie mais inexorable. J'en ai gardé une tendresse infinie pour les éclopés, pour les vrais fous, pour ceux que le bonheur ne satisfera jamais entièrement -ce bonheur, pourtant, qu'aucun n'élude.

 

  Les jours et les nuits crapahutaient sur nos loques vivantes, et nous poussions de petits cris, des oh ! des ah ! des hummm, ouiii !

 

  Quand je dis « on », je parle de cette armée, de ces soldats qui sans être certains que l'âme existât réellement, la sentaient en flammes, incandescente, hurlant au supplice de leurs boyaux baignant dans le cancer corrosif de l'absolu.

 

  Une armée, une toute petite armée, un bataillon, une escouade, bon, ok, quelques hommes seulement. Ceux qui sont prêts à tout perdre, parce qu'il ont compris -ô malheur ! qu'il n'y avait rien à gagner. Dieu ne veut plus exister ? Ah bon ! Alors il sera encore plus beau de s'offrir à Lui en sacrifice ! Et nous allions par la ville, par les femmes, par les hommes, par l'alcool, par la fête, par les égouts de la dépression, par les cimes des hautes visions fugitives, et nous ramenions ce que nous pouvions pour le partager à nos banquets : des peaux de bananes (glissantes), des éclats de météorites (si lourds et si denses !), des morceaux de chair arrachés de haute lutte lors d'accouplements névrotiques (longs, chastes et hideux ! ), des bouquets d'anathèmes (oh la belle bleue !), et de la musique, toujours de la musique, car nous ne doutions jamais de sa sincérité.

 

  Mais où va-t-il ? Oh, mais moi aussi je me pose souvent la question, et c'est bien lorsque je ne me la pose pas, que je prends le risque d'aller quelque part ! Lorsque l'aube me crache à la gueule la conscience scintillante du trop peu qu'il reste, que tout l'amour déjà formulé ne vaut plus rien et qu'il va falloir courir, courir jusqu'à la suffocation, jusqu'à baigner dans sa sueur pour arriver au bout de soi, au bout d'un monde, et crier encore une fois. Hier était un de ces éveils. J'avais été trop honnête avec mes semblables, trop bon, trop amoureux, et plusieurs jours de chaos m'avaient roulé dessus. Hier était le dernier jour. J'allais redevenir cet égoïste amoureux cruel, impulsif et désordonné, tant pis ! Je me rappelais cette sage parole de Lautréamont : « Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées, de vos phrases. Arrangez-vous. ». Bien sûr ! Qui n'est pas humain, friable, qui ne veut pas recevoir autant d'amour qu'il souhaite en donner ? J'avais trop aimé, j'avais trop pleuré sur la détestable dichotomie qui sépare la réception de l'objet du sentiment qui le pousse vers l'autre. Mes Amours, j'avais des lambeaux de fibre nerveuse à la place du cœur, de la boue de dégoûtation dans les veines et des visions de cavaliers d'Apocalypse arrivés premiers au grand tiercé des communications humaines.

 

  En deux nouvelles, j'avais soulevé un Chaos plus grand et plus puissant que la Haine pût concevoir. Et bien entendu, j'avais écrit ces nouvelles poussé par l'Amour. « Oh ! là ! là ! que d'amour splendides j'ai rêvées ! » et combien d'horreurs sont venues geindre à la porte de mes yeux et lacérer ma cornée de sorte que je ne pus plus rien voir et que je crusse devoir préférer la mort à cet élan de vie qu'on me renvoyait comme un torrent de merde. Ah, je n'étais pas fier. Dire que mon leitmotiv était jusque là de « faire de la poésie pour ceux qui ne sont pas touchés par elle », quelle belle connerie ! je crains qu'il faille faire de la poésie pour PERSONNE, pour le vide, pour le rien : Poème au Néant ! Lui seul tolérera le miroir que nous lui tendrons, peut-être même que face au Néant, c'est le miroir lui-même qui hurlera de se voir ! Oh, la vérité est bien belle quand elle nous épargne ! Montrez au gens pourquoi ils sont beaux dans l'immondice et comment vous l'êtes vous aussi, et que par-dessus le marché, vous les aimez, et ils sortiront un flingue, le flingue de la folie, le flingue du mépris et ils vous assassineront comme le dernier des traîtres ! J'avais écrit deux lettres d'amour et l'on me haïssait pour ça.

 

  Je me réveillai donc, deux flingues sur la tempe, moins poète et plus humain que jamais. Je ne voulais plus rien, je n'étais plus digne de rien. Je rampai dans l'aurore comme un petit satan pris la main dans le bénitier rampe vers les souterrains en implorant « Pas taper ! Pas taper ! ». Le temps et le soleil me cuisinèrent toute la journée, je tournais sur la broche de la culpabilité. J'ai même cherché à présenter des excuses auprès d'une des protagonistes de mes nouvelles honnies, un de ces êtres humains à qui j'essayais de montrer l'amour dont je suis capable, une de ces humaines à qui moi, Zeus, je me suis révélé nu, et qui, parce qu'en vrai je ne suis pas Zeus, n'en est pas morte, et décida de m'étouffer de son indifférence. Deux textos restés lettres mortes. Cette apostasie, cette pénitence, c'est certainement l'acte le plus abject auquel je me sois jamais livré.

 

  Et les aiguilles tournaient sur la roue de ma lâcheté, elles tournaient en grinçant affreusement pour choir du cadran et se ficher entre mes épaules, dans ma colonne vertébrale, comme autant de banderilles empoisonnées. J'étais à deux doigts de déserter de mon régiment. Je pris le vin comme confesseur. Le vin me pardonna mon manque d'assurance et réinjecta un peu du cynisme salutaire qui m'avait quitté. Attention, le vrai cynisme ! Pas celui de nos jours qui brûle l'éthique sur l'autel du pouvoir personnel. Non le cynisme des Chiens, du détachement, du renoncement, la liqueur de Liberté ! À moi, mon armée ! Mes compagnons de carnage, reprenons la lutte, retournons aux ravages de la beauté véritable !

 

  J'avais trop aimé, trop contourné du bout de l'index le sein pâle de la fausse innocence, le téton de l'orgueil -toujours raide lorsqu'on le lèche, j'avais trop planté mon sexe dans la bouche sèche des compromissions. Que vaut le plaisir de ceux qui ne savent pas l'apprécier ? Pourquoi se vouer à ça?Aucun doute, je méritais ce tourment.

 

  J'appelai un de mes amis. Un frère d'arme. Un échalas pouilleux tendant vers l'aristocratie lointaine des princesses putassières, un putassier ronflant, comme moi. Les semelles de ses chaussures bateau baillent comme pour prouver le chemin parcouru, en hommage à l'Homme aux semelles de vent, certainement. Car pour lui, Rimbaud est le seul vrai poète. Possible, je n'en sais rien, et je m'en branle. Qu'il en foute des couleurs ! une à chaque vers si ça lui fait plaisir, des bleuités, des rouges cul de macaque, des morves jaunes azurées, des sentiers violets d'exaltation, des discours verdis aux feuilles de belladone, qu'importe ! Vas-y, fous en de partout, du chamarré, des camaïeux, fais donc des poèmes-vitraux pour les églises qu'il nous faudra reconstruire, des arcs-en-ciel pour jaillir des tombeaux et de la gerbe quatre fromages pour illustrer nos fins de beuveries.

 

  Donc, il est là, chez moi, et la nuit crapahute sur nos loques vivantes. Il fait bon. La rue se tait, consciente qu'on va bientôt l'envahir de toute l'impudeur des futurs suicidés. Je finis mon rouge, je lui sers un blanc. Tiens, c'est Rimbaud qui a raison, en voilà des couleurs ! Santé ! La rue dodeline, elle ronronne, finalement elle nous veut. Mais avant d'aller voler dans la ville, faut que je lui raconte. Alors je le fais. J'y explique comment, avec deux petites histoires de rien, j'ai déclenché le chaos là où je voulais de la douceur, et la haine où je voyais le repos de l'âme (je veux dire, par la confession). Et il rigole, bien sûr. Et son rire est une caresse. Une vraie caresse, c'est pas d'la circonstance.

 

  « T'es juste un peu con de t'attendre à autre chose. Tu vas finir par te faire buter, un truc entre le héros de Süskind dans « Le parfum » et Buzzati qui voit débarquer chez lui tous les personnages de ses nouvelles qui viennent lui régler son compte. Note que ça sera vraiment beau, moi j'aimerais être là pour applaudir. En plus, comme par hasard, c'est deux femmes au départ qui te foutent dans cet état-là, elles ont pris le pouvoir je te dis ! C'est ça le problème ! »

 

  Bon, c'est p'têtre un pote, c'est pas pour autant qu'on est d'accord sur tout, loin de là.

 

  « Je vois bien ce que tu veux dire, elles ont pris le pouvoir, c'est assez récent, donc faut attendre un peu qu'elles l'apprivoisent, dans quelques centaines d'années ce phénomène se sera normalisé. Mais je vois pas trop le rapport avec mes histoires. Ces déclarations d'amours viriles, poétiques, ou que sais-je, ça pourrait tout aussi mal passer auprès de n'importe quel mec sans gonzesse. La seule question c'est de savoir si je prêt à supporter de me prendre de la haine dans la gueule quand j'essaie de dire au monde combien je l'aime... 

 

  - On sort, j'ai pas envie de croupir là qu'il me fait, ce soir je veux des nanas aristocrates ! »

 

  On sort. Une bouteille à la main. La nuit crapahutait sur nos loques vivantes et nous allions contempler la lune noire, la lune invisible dans le ciel d'encre. On va au Palais des Papes, comme d'habitude. Et on s'assied sur les marches. Et on scrute la lune imperceptible. Une jeune nana qui nous accompagne nous demande pourquoi on dit rien, et ce qu'on reluque dans l'espace cramoisi. La lune, la lune invisible, normalement à cette heure elle est par là, et je lui désigne l'endroit du bout du doigt. Elle regarde. Elle voit rien. Elle tourne la tête dans tous les sens comme une girouette affolée :

 

  « Où ça ? Où ça ? Je vois rien moi, vous êtes barges les mecs. »

 

  Bon, d'accord, on a peut-être un problème, parfois, avec certaines femmes. Je dis pas le contraire.

 

  Derrière nous, cinq types qui fument des joints, boivent, blaguent et torturent notre idéal harmonique avec une guitare désaccordée. Dans le tas il y a Lutin Affreux. Lutin Affreux est un jeune Noir, plutôt gentil mais souvent insupportable, qu'on retrouve régulièrement tout à fait bourré dans la ville, en train de haranguer le vide ou de se déhancher comme le diable sur une musique que même Dieu n'entend pas. Il parle à tout le monde, il rigole presque tout le temps, peut vous dire « Bonjour comment tu t'appelles ? » quatre fois dans la même journée, et, bref, tout porte à croire que dans moins de cinq ans, ça nous fera un clodo de première bourre. Ah, et puis il est schizophrène aussi, enfin d'après moi.

 

  Du fond de la place, on voit arriver l'ombre de Mitterrand, la même stature, le même chapeau, tout. C'est un vieil Arabe, un poivrot, un drôle. Paraît qu'il est sculpteur, j'ai jamais rien vu de lui, par contre je l'ai entendu déclamer du Baudelaire comme personne, ça, il met du relief, rien à dire : comme vendeur de poissons à la criée, il déclencherait quelques crises cardiaques. On lui fait signe, il vient à nous.

 

  Joints, bière, blanc, guitare désaccordée, lune absente parce qu'on est pas beaux à voir. Mon pote fait le topo à l'Ombre de Mitterrand, le pourquoi du comment que je tire la gueule. L'Ombre de Mitterrand essaie de me remonter le moral avec Joyce et son Ulysse, il nous apprend que dans ce bouquin que j'ai toujours pas lu, Joyce balance tous les noms, les adresses exactes, numéros de rues, d'étage et tout et tout des gens de Dublin. Dostoïevski faisait des trucs dans le style aussi.

 

  « Sois cruel, qu'il me fait ! Qui aime bien châtie bien ! »

 

  Beurk. Je taxe un joint parce qu'il me faudra bien ça pour trouver du repos. Au même moment, Lutin Affreux se catapulte à côté de nous, puis devant nous, ouvre des yeux comme les portes des enfers, ouvre la bouche, et d'abord, rien ne sort. Il est là, on est là, la tension est à son comble en quelques secondes, mais rien ne se passe. Il nous regarde tour à tour comme des corps démembrés sur l'autoroute, mais qui remueraient encore. Il n'est plus du tout rigolard. Je crois bien que nous sommes devenus des monstres.

 

  « Quoi ! Quoi ! Alors c'est comme ça ?!! » Et bien qu'il soit quasiment pétrifié, il bouge un peu, quelques doigts, quelques paupières, et l'effet est des plus dramatiques. Il baragouine, c'est pas net, on comprend que dalle, à part des bribes du genre : « Ah ! Je vois ! Vous voyez ?! » mais ça, c'est pas vraiment à nous que ça s'adresse, il semble prendre des gens à témoin, mais des gens qui sont pas là. « Ouais... ouais... ah ouais, ça y est... alors c'est comme ça... », là il nous accuse carrément, mais il a PEUR. Il est horrifié. On tente de lui demander de nous expliquer, mais ça, il en est pas capable, ou bien il veut pas, parce qu'on est coupables de quelque chose D'INFINMENT HORRIBLE, on est trois démons qui partageons les viscères de jeunes vierges, ou bien on excave des boyaux de sous terre pour jouer de la flûte dedans... ou alors c'est pas nous directement, juste on aurait dû voir les mêmes abominations que lui, celles qu'il vient d'halluciner, et puisque on fait comme si de rien, c'est qu'on est complices. On sait bien, nous aussi, ce qui se trame d'innommable ici, et on fait rien... C'est très dur de faire avouer à un schizophrène la nature de ses hallucinations, surtout à quelques secondes de celles-ci, mais vous pouvez être sûrs que c'est encore plus taré, hideux et terrifiant que tout ce que vous pourrez imaginer.

 

  C'est un peu trop pour moi, là. Je me tire.

 

  Ma loque vivante va crapahuter dans la nuit que la lune a désertée. Je trimbale ma sincérité sous les fourches caudines de ma conscience. J'ai laissé mes potes, l'horrible guitare et les bacchanales démoniaques. Les pavés du Palais ondulent comme une rivière de serpents, les langues fourchues des lampadaires me passent dessus, ou c'est moi qui passe dessous, le sens commun m'est étranger. Le haut et le bas s'enculent si bien que je ne sais plus où je vais. Peut-être ne suis-je pas doué pour les bons sentiments, peut-être que la folie règne en maître.

 

  Arrière, Satan ! Je viens vers toi, le cœur à la main comme une grenade dégoupillée, baiser de la mort et code génétique de l'erreur. J'ai foutu le doigt dans la chair et voilà qu'elle m'absorbe comme une muqueuse affamée. Le Ciel dresse sa garde et mon lit se rapproche, porté par une vague pestilentielle de bonnes intentions E=MC2. Je pousse mon chariot de foutre sous l'acide nocturne des symphonies ratées et syncope mes pas, les murs ne se jettent pas sur moi. La poésie est un cadavre où grouillent toutes les âmes, les bonnes et les mauvaises, les chimpanzés y épouillent Mozart. J'arrive chez moi. C'est bien coco, t'as vécu un jour de plus. Je me fous le Requiem par Karajan. Je fume mon petit joint en pataugeant dans le lacrimosa.

 


 

  Ps (à l'attention de Pessoa) : quand tu dis « être poète, c'est le moyen que j'ai d'être moi », tu veux bien dire que c'est la seule façon d'être en accord avec ton moi véritable, d'être absolument sincère, c'est bien ça ? Alors je comprends que tu n'aies rien publié. Je te dis pas que je t'aime, je te fais pas la bise, je ferme ma gueule, je me tire la balle du sommeil dans la tête. Dieu reconnaîtra les siens, non ?

 

 


 

Par ignatius - Publié dans : Nouvelles - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 12:45

 


  Il y a tout ce ménage à faire
parce que l'air est irrespirable
quand il s'engouffre dans les sacs
vient se rouler dans les viscères, les cendriers
caresse les culottes sales
des montagnes et des montagnes
les odeurs prennent corps dans la matière
et rien n'est jamais vraiment nettoyé
surtout quand on a trente ans de saloperies

  il y a tout ce ménage à faire
pour avancer du moindre pas
pour donner sa chance à la plus petite vérité
au milieu du monceau d'ordures
de mues, de pensées salissures

  il ne reste qu'à
ouvrir les vannes du fleuve
quitte à se noyer

  ou bien trôner dans sa merde
une allumette à la main
et sourire

  mais

  on vous reprochera le procédé
ou bien l'intention
on vous reprochera l'eau, le feu, ou le sourire

  et dans ce petit nid d'amour méprisé
vous n'aurez plus qu'à faire la GUERRE

  et après ça
il y aura encore
beaucoup de ménage à faire.

 

 

 

Par ignatius - Communauté : LA VITRINE DU LIBRAIRE
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Comme toujours, comme souvent

 

Les amants de Maldoror

 

Zeus révélé

 

Face aux abysses

 

Dilution nocturne

 

...

 

Jadis, j'ai essayé

 

Douleur du retour

 

Echec

 

Prose du mécréant

 

Eros et thanatos?

 

Au-dedans

 

Rencontre solitaire

 

Ad libitum

 

en tous cas

 

Un soir entre potes

 

Romance

 

A hurler dans la foule

 

Je crains de tout détruire dans un accès de lucidité

 

Il le fallait

 

De l'inconvénient de se réveiller

 

Le jour est monté

 

Décalage vers le froid

 

Quarantaine

 

Au-dehors, en-dedans

 

Le mal des aurores

 

Western

 

Ici et là-bas

 

Considérations peu utiles

 

Papillote amère

 

Tragédie avec fin heureuse envisageable

 

Les consolantes

 

Nocturne Eden

 

Parenthèse

 

Iles

 

Je ne sais plus rien

 

Bêtise

 

Arrose l'orage

 

Idéal

 

Eternel retour

 

Circuit fermé

 

Nuit de bitume

 

Et tu l'as injuriée?

 


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