Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Le crâne fiché sur la lance de mon bras
j'écoute
les rues golgotha qui tremblent
car la ville est un flipper chemin de croix
à deux doigts de tilter
j'écoute
la chute silencieuse du regard solaire
crépiter sur les étrangers au visage blanc et rose
de lait et de sang
j'écoute les bronchites du ciment
comme un liquide glaireux et morcelé, dur et mou
où glissent autant de douceur que de violence
et ces armes de papier qui fusent à la surface
j'écoute le chant des sirènes
imaginaires sans lesquelles nous deviendrions tous fous
si par malheur
elles n'existaient pas
j'écoute mon pouls
la lente procession des poux dans les arabesques capillaires
des petites filles qui croquent une pomme à la récréation
j'écoute la terre tourner
roue de supplice et de fortune
parmi les autres débris stellaires
quelque part, forcément, des extraterrestres sont en train de jouir
le crâne fiché sur la lance de mon bras
je crois écouter tout ça et d'autres sornettes
à moins que ce ne soit le vent
oui, seulement le vent comme un train enragé
projeté hors des rails puis devenu féroce
qui roule gueule ouverte et happe à son passage
ces lambeaux d'un réel hurlant agonisant
à moins que ce ne soit rien, rien du tout
que cette nécessité un peu ridicule
d'inventer des images et des schémas, de garnir le vide
d'injecter la vie dans le néant
des histoires de gosses
pour ne pas être seuls dans une chambre trop vaste
pour ne pas devenir fous
on fait des poèmes
puis le bras revient à sa position initiale
et le crâne se fiche à nouveau dessus.