Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Le pendule franchit mollement les couches de l'air
demain nous serons tous morts
vous le savez, n'est-ce pas ?
nous aurons joui du bien, des saloperies
compté des larmes comme de vivantes cascades
ramassé notre dentition au sol
vu des séries à la télévision
mangé et chié des tonnes d'aliments
imaginé des coutumes étranges
usé beaucoup de vêtements
baisé, hurlé, chuchoté des incantations
adoré, maudit, mordu de la chair
écrasé des insectes
gribouillé des petits trucs en pensant à autre chose
utilisé les transports de l'amour
gaspillé notre énergie à des actes plus ou moins essentiels
et souvent très périssables
puis le pendule acéré transpercera une dernière fois
les trois couches molles de notre incarnation
les trois cerveaux empilés qui nous en ont fait baver
immanquablement, si l'agonie nous en laisse le temps
nous interrogerons notre existence
alors
prévoyez une mort violente
ou frappez dans le marbre avec vos poings
jusqu'à fendre vos phalanges
ou réussir à graver quelque chose du genre :
machin aime machine pour l'éternité