Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman
Je n'arrête pas de tourner la tête
vers le brouhaha nuageux du ciel
comme si de l'immensité j'attendais une délivrance
comme si le laser de la boule blanche pouvait me foudroyer
c'est idiot, n'est-ce pas?
alors ma tête se balance instinctivement de l'autre côté
vers cet espace gribouillé de millions de bactéries
de bestioles et de haillons de poussière
là un cendrier renversé, des livres et un énorme crochet
un chaos ordonné statique et rampant,
qu'il faut que je nomme appartement
c'est son nom, n'est-ce pas?
je ne vais plus en boîte de nuit
je ne cherche plus la compagnie d'autres paumés
je délaisse les bouteilles
et n'ai presque plus envie de baiser
la poésie me semble absurde
ça se sent, n'est-ce pas?
les heures se télescopent gratuitement
entraînant des ombres vers le côté gauche de mon écran
là, le Brésil, l'Algérie, l'Italie, l'Ukraine et la Russie
sont tranchés en deux sur mon planisphère
le soleil s'amuse à ce genre de trucs
et voilà, en remontant le monde de gauche à droite
mes yeux se posent de nouveau
sur l'impalpable horizon déserté maintenant par le soleil
il reviendra, n'est-ce pas?
II
j'entends mon souffle
j'entends l'exercice de ma poitrine
j'entends les nuages se déchirer comme un tissu qu'on dé
chi
quette
j'entends ce piano puiser je ne sais où des gouttelettes de verre
de sperme stellaire
de prisme et de sang de créatures invisibles
j'entends bruisser une trace dans le lointain
j'entends les molécules des tuiles ruminer
j'entends l'étoffe des souvenirs disparaître par fractions
j'entends les efforts conjoints des anges et de dieu pour ne pas exister
j'entends ce fleuve là-bas, derrière, et ses mille lames superposées
j'entends le coeur d'une araignée fatiguée par l'hiver
et les montres et la rouille et le froissement des strates membraneuses
de ce qu'on espère être l'espace
j'entends le cliquetis de votre oeil
aurais-je oublié quelque chose?