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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Une journée banale

 


  15h17, je descends de ce train qui me ramène de chez un éditeur
aux environs de 15h30, mon téléphone sonne:

  un poète

  un putain de poète veut me voir pour qu'on parle de...

  poésie.

  Je ne décroche pas.

  Le bus m'entraîne sans sourciller en direction de chez moi

  nous passons par un canal aux herbes rougeâtres couchées dans l'onde
comme des cadavres un peu fantastiques
penchés sur les corps, des arbres obligés par le vent chantent leurs oraisons.

  Nous filons vers toi, Seigneur

  la ville est une machine usée, rouillée, poussive

  je m'assieds à mon bureau. Des gens me regardent:

  Bukowski, Baudelaire, Rimbaud, Artaud, Houellebecq. J'évite de lever la tête: au-dessus,

tout un aréopage me toise.

  16h12, trop tôt pour le whisky

  je termine un poème.

  Un cataplasme d'ombres vient couvrir peu à peu les tissus de la ville
des loques se forment et s'agglutinent dans les rues
poussées par la fumée bleue de la nuit

  l'heure du whisky retentit de partout

  mon téléphone sonne:

  encore un poète. Un autre. Celui-ci est très fier de posséder un nouveau portable,
il veut fêter ça, dehors, avec de l'alcool et des filles
il a un super plan:
un autre poète au bout du rouleau, très vieux et grillé du ciboulot nous servira


  de boute-en-train

  le plan est parfait: une fois qu'il aura suffisamment braillé pour attirer
tout une armada de gonzesses, on l'abandonnera pour attirer les petites mômes
dans un endroit clos. Notre génie fera le reste.

  Nous voilà comme trois cons de poètes.

  "Rimbaud a-t-il dépassé Baudelaire? le coeur d'un poète est-il fait pour
être invariablement broyé par les doigts insensibles d'une petite salope?"

  j'ai envie que le plafond s'effondre sur nous

  notre boute-en-train gueule dans le bar et agresse la moindre nana qui se pointe

  des bas-fonds glaireux se profile une silhouette menaçante:

  une poétesse amoureuse du vieux poète acariâtre

  avant de constituer un cénacle de quatre cons de poètes je signale au premier qu'il nous faut fuir, et vite.

  Des mains gigantesques s'apprêtent à étouffer ce troquet
le quartier
la ville d'Avignon
la France
la planète
la voie lactée
sûrement qu'elles ne seront satisfaites qu'une fois l'univers entier réduit
à l'état d'informe poème

  Nous fumons un pétard chez moi
comme deux cons de poètes

  je fous mon pote dehors

  me voilà chez moi, seul

  plus il y aura de poètes dans ce monde, et plus ce sera la merde.

 

 

 

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L
Pareil, je suis assez d'accord avec Racbouni, c'est génial jusqu'à la conclusion qui est juste super bien ;-)
Répondre
I
<br /> <br /> ah ah, faut que vous fassiez un spectacle tous les deux!<br /> <br /> <br /> merci en tous cas. Cette chute, je sais pas, j'y repenserai, on verra bien.<br /> <br /> <br /> <br />
R
Un des meilleurs textes que tu nous aies servi ces derniers mois (celui là et "les connes ont besoin d'amour). Mais la conclusion (qui ressemble à celle des connes ont besoin d'amour) me laisse un<br /> gout d'inachevé ou de trop plein.<br /> <br /> Et au fait, tu ne viens plus par chez nous ? De l'eau a coulé sous les ponts depuis !
Répondre
I
<br /> <br /> Mais si je repasse parfois sur Ipi, tu le sais bien; je laissais aussi la mayonnaise prendre avec les autres, que ça ne fît pas trop "chasse gardée".<br /> <br /> <br /> Pour la chute, possible qu'elle soit à revoir, cependant quand tu me dis qu'elle te laisse un goût "de trop plein", ben là, je me dis que non, l'effet voulu est atteint...<br /> <br /> <br /> <br />