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Chroniques acides et amours incontrôlables. Nouvelles, poésies, roman

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Voyez ce violon

 

 

  Voyez ce violon qui vrille mes veines
sous le ciel verveine
balbutié depuis depuis les lampadaires qui tringlent le sol
comme il est doux de mourir cent fois à la minute
écorché par un archet posté aux meurtrières de la musique
nous voilà réunis, désunis dans la rue
flottant entre les silences
à observer les effets
sur nos petits corps palpitants
la lune, première choriste
là haut, floppe ses notes invisibles
filochées comme autant de fines volutes
de fumeur de pipe abstraite
inodore et fatale aux yeux qui savent entendre
à devenir synesthète
voyez ce violon qui vrille mes veines

  voyez comme nous mourrons cent fois à la minute
mes amis des courts instants perforés dans l'infinie solitude:
-ce que nous sommes vivants!

  défilé de soierie merveilleuse
étirée dans la cochlée

  où est-ce qu'on ira comme ça?
inventer des océans
et partir dans le vent de nos émotions outrées
vers des îles voûtées de verveine
coulées depuis nos veines
mortelles étendues venues du dedans
de nos corps liqueurs
et la mort sera là
impuissante
touchée en son coeur
par la flèche de l'archet
la mort peut-être ira se
suicider
lamento des âmes écoulées
autour des îles
sorties de l'eau
et recouvertes
par les os le sel et le temps sablier
laissons les archers sillonner, s'immiscer dans le sang
sanglot sempiternel des superbes instants.

 

 

 

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L
<br /> Inventer les océans: c'est un programme qui me plaît bien.<br /> <br /> <br />
Répondre
I
<br /> <br /> oui, soyons prétentieux.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Salut! Oui, le son du violon nous rentre dans la chair, nous étripe, de ses vigoureux coups d'archer. Que c'est bon de l'entendre. Bon de te lire.<br /> <br /> <br />
Répondre
R
<br /> Cadeau mon grand !<br /> <br /> <br /> L'Assassin de Douai<br /> <br /> <br /> Mehdi mehdi mehdi mehdi<br /> <br /> <br /> maudit maudit maudit maudit<br /> <br /> <br /> C'eut été bien beau bien agréable<br /> qu'une fringante guillotine te baise la nuque<br /> place Sainte Âme un dimanche bleu impeccable<br /> ton corps de ta tête crépue soudain eunuque<br /> s'agitant en mille spasmes clownesques<br /> oh c'eut été churrigueresque !<br /> <br /> <br /> Seigneur quelle joie éléphantesque<br /> la foule de Douai entière ou presque<br /> serait venue admirer ça<br /> soulagée comme un gangrené à<br /> qui l'on aurait retiré le membre pourri<br /> soulagés oui tous se seraient esclaffés<br /> Mehdi victorieux violeur démon fieffé<br /> <br /> ta dépouille décapitée portée triomphamment<br /> jetée dans la Scarpe sous mille applaudissements<br /> tâche de goudron sale héron bizarre mouton galeux<br /> il suffisait que l'on t'ôte comme il faut du paysage<br /> tout redevient fleuve tout redevient heureux<br /> <br /> Douai t'aurait salué crois nous en<br /> d'endosser le Mal si courageusement<br /> sur ton malheureux petit dos d'arabe<br /> voleur de pain étrangleur de fillettes<br /> assassin malfrat sorti de quelles oubliettes<br /> pour nous resignifier à quel point nous sommes beaux<br /> incapables de meurtres, nous autres les doux veaux<br /> consolidant les murailles de nos bonnes consciences<br /> <br /> mais tu n'auras même pas cette récompense<br /> avec le temps avec la tempérance<br /> les hommes ont édulcoré leur cruauté<br /> ton sort Mehdi la cour a statué<br /> ce sera 20-30 années à tuer<br /> privation de liberté c'est à dire<br /> que tu peux tirer un trait sur ta dignité d'homme<br /> entassé avec 9 fous cogneurs dans un clapier de béton et d'urine<br /> inutile de te faire un dessin tu peux déjà vomir pleurer<br /> il te restera d'admirer le ballet fou des mouches autour de l’aguicheuse ampoule<br /> les nocturnes séances de boxe avec le désespoir (ce poids lourd invaincu)<br /> te capitonner la cervelle de rêves<br /> prier un dieu qui avait pourtant guidé chacun de tes gestes<br /> <br /> ET QUAND tu sortiras<br /> <br /> le cœur démembré le corps ne battant plus<br /> tu te jetteras sagement dans la Scarpe<br /> <br /> mais surtout rassures toi<br /> <br /> il y aura bien d'autres mehdi mehdi mehdi mehdi<br /> qui seront comme toi maudits maudits maudits maudits<br /> <br /> <br /> <br /> Hazebrouck (petite la ville vaste l'ennui)<br /> <br /> <br /> Petite la ville<br /> Vaste l'Ennui<br /> tombe la pluie<br /> je suis docile<br /> <br /> c’est la Ducasse !<br /> mais le cœur gourd<br /> la gueule lasse<br /> aux joies sont sourds<br /> <br /> je ne veux être<br /> de loin en loin<br /> qu’à la fenêtre<br /> de tristes groins<br /> là sur la place<br /> bovines aux bras<br /> bâfrent des glaces<br /> et puis aboient…<br /> <br /> c’est l’indicible nausée<br /> <br /> c’est le réel démaquillé<br /> <br /> c’est le jeûne de la joie<br /> <br /> c’est l’insigne illusion du moi<br /> <br /> la vie vraiment n’est que cela ?<br /> <br /> que ce rien indétrônable<br /> <br /> ville tu es Hazebrouck<br /> <br /> Et je suis la brebis<br /> farouchement égarée<br /> <br /> J’ai toujours mis<br /> <br /> un point d’honneur<br /> <br /> à me perdre….<br /> <br /> <br /> <br /> Lycée Fénelon (Lille)<br /> <br /> <br /> <br /> C’était au temps où des aînés en jupe ou pantalon,<br /> Professeurs tous plus ou moins épouvantables,<br /> A la prison libératrice de Fénelon<br /> Devaient faire de nous des citoyens présentables<br /> On nous tendait de la civilisation le flambeau glorieux<br /> Et nous n’étions pas très sûrs d’accepter le fardeau<br /> Infliger ça à nos gamins soyons sérieux<br /> <br /> Tous n’étaient alors que singuliers personnages,<br /> Pour nos yeux adolescents grossièrement féroces<br /> Et c’était notre joie sublime les mettre en nage,<br /> Les supplicier chaque semaine de chahuts atroces.<br /> <br /> Ils s’échinaient vainement à rentrer des dictionnaires<br /> Dans nos crânes rétifs (qui n’étaient simplement pas prêts)<br /> Et notre jeune société déjà furieusement peu fraternitaire<br /> S’ébrouait dans la cour entre cigarettes et apprêts<br /> <br /> <br /> C’était au temps où j’aimais abominablement une<br /> Dans mon corps enfant La sève ardente faisait sa Commune<br /> et je prenais l’envie intarissable du corps femelle<br /> Pour l’amour. La lune n’était alors que la lune<br /> Et Une m’abandonna car j’avais besoin de leçons en cascatelles<br /> Pour grandir un peu<br /> <br /> Elles ne tardèrent pas et ces successions<br /> De gifles vitales me sauvèrent depuis je tiens à peu près droit<br /> Et me sais libre aussi libre et important disons qu’un petit pois<br /> Dans le potager du monde qui subira quatre saisons<br /> et leurs conséquences<br /> <br /> Surtout j’ai constaté que je suis en train de crever<br /> et qu’en attendant je ne sais pas quoi<br /> Faire de ces 10 doigts<br /> <br /> de ces 9 doigts<br /> <br /> de ces 8 doigts…<br /> <br /> <br /> <br /> Carnot<br /> <br /> <br /> Si L’ennui était mortel, Carnot serait un cimetière<br /> Disions-nous collégiens avec l’ironie fière<br /> Au préau déjà le divorce entre pauvres et riches<br /> Était consommé tous les idéaux étaient piétinés d’avance<br /> Par le trépidant réel que nous apportions joyeux gamins de France<br /> on découvrait comment tricher était matière à récompense<br /> et bénis étions nous<br /> le problème de la chair n’avait pas encore de consistance<br /> <br /> <br /> je me souviens si violemment de la boue dans les cartables<br /> des footballs avec des canettes écrasées des œufs dans la face<br /> à la saint Nicolas des châtiments des pions sévères des ragouillasses<br /> de la cantine il y avait de quoi peupler dix galaxies de fables<br /> j’ai plus vague souvenance de Thalès Churchill Rousseau Ronsard<br /> mais certains Homères instituteurs savaient nous happer le lard<br /> dans l’ahurissante odyssée du savoir<br /> <br /> de bonheur nous étions physiquement emportés<br /> <br /> <br /> cervelles inventeuses un peu sadiques un peu folles<br /> que l’homme de la rue semblait pauvre mais pauvre de vie<br /> devant notre vie puissance mille<br /> ce foisonnement ce magma qui débordait des grilles du collège<br /> on folâtrait dans le temple humain comme les parents pris au piège<br /> Étaient les colonnes qui soutenaient à bout de bras l’édifice<br /> <br /> j’ouvre les yeux tout cela est déjà si loin si mort c’est à n’y pas croire<br /> <br /> mais je n’ai pas le temps de nostalgiser moi qui suis maintenant colonne d’office<br /> <br /> je soutiendrai tant que je pourrai avec mes pairs ce Parthénon croulant<br /> <br /> où des enfants dansent et déploient leur ingéniosité ineffable<br /> <br /> mais je pleure de n’entendre pas à la sortie du collège que<br /> <br /> si l’ennui était Mortel, Carnot serait un cimetière<br /> <br /> <br />
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