Angelina et Brad vont se séparer, ou non. En tous cas, l'affaire est grave, il va falloir abattre des arbres pour sortir du papier.
Dans le genre douteux, j'ai lu que Johnny Deep était mort il y a peu dans un accident de voiture à Bordeaux. Et puis non. C'était une farce. Elle est bien bonne. Les journalistes sont désopilants. Mais on doute de tout. Tim Burton présidera-t-il le prochain festival de Cannes? Super nanny a-t-elle vraiment défunté? Faut-il inverser ces informations? Il me semblerait sage de créer, comme pour les prévisions météo, un indice de confiance pour chaque info parue dans la presse.
Avant que cette mesure de bon sens soit appliquée, je vais m'en tenir aux nouvelles bien vérifiées, auxquelles le passage des années, sinon des siècles, aura apporté tout crédit. Cette nouvelle du jour, véridique et incontestable, m'emplit d'une sourde tristesse: j'ai la plus vive douleur et le devoir de vous annoncer le décés de Mr Gerard Labrunie. Il a été retrouvé pendu à une grille d'égout de la rue Vieille-Lanterne, en plein Paris. On peut difficilement faire plus romantique sans suicider également son aimée. C'était il y a cent cinquante-cinq ans, jour pour jour.
Je n'ai jamais été très à l'aise avec Nerval. Je sais pas vous. Pourtant il a tout pour plaire. Poète maudit parmis les maudits, sa vie ne fut qu'une longue conflagration de catastrophes. D'ailleurs, dans son "Epitaphe" il demande "Pourquoi suis-je venu?"; aujourd'hui on peut le dire: pour avoir de son vivant des amitiés illustres et dans sa mort une foule d'admirateurs. Je passe sur les quelques orgasmes fuliginieux qui durent parsemer son existence en le laissant ensuite dans un état d'abattement proche de la catatonie. Chacun a droit à son intimité.
Mais je m'égare, je disais: il a tout pour plaire. Il était fou! Deux crises de démences l'envoyèrent à l'hôptial. Il s'en vantera dans "El Desdichado". Il ne fut pas, je crois, très heureux avec les femmes et souffrit son lot d'amours unilatréales. Sa mère mourut à ses huit ans, et son père était médecin, ce qui n'est pas tragique en soi, mais quand même. Il avait très jeune contemplé le soleil de l'ambition, et ses yeux brûlaient pour elle.
Nerval écrivait, il écrivait beaucoup, tout ou presque ce qui se peut écrire: nouvelles, poésies, théâtre, romans, récits, préfaces, travaillait à des anthologies, des élégies, traduisait les Allemands; je n'ai pas trouvé de grilles de mots-fléchés portant sa signature, mais je ne désespère pas. Il appartenait sûrement à la France qui se couche tard et se lève tôt.
Et malgré tout ce boulot abattu, la considération des plus grands poètes de son temps, et bien qu'il eût copieusement lustré le fessier de bronze du "Grand Hugo", Nerval connut une fin miséreuse, digne d'un ouvrier de Zola. Un de ses derniers écrits retrouvés fut une lettre où il demandait trois-cents francs pour passer l'hiver. Il ne le passa pas.
Comme la plupart des "poètes maudits", il composa l'essentiel de ses chefs-d'oeuvre lors de ses plus noires années, dans les moments de détresse, comme les fameuses "Chimères", intégrées dans les "Filles du Feu", qui ne le séparaient plus de la mort que de quelques mois.
Mais alors, puisqu'il est si sympathique, pourquoi ce malaise? C'est que sa lucidité, ses désenchantements, et pour finir sa colère sont trop tournés contre lui-même, ce lui-même qui est "l'autre" dont il espère sans doute se guerir, ou se libérer, par ce synchrétisme qu'on lui accole, et ce penchant pour l'hérmétisme, l'ésotérisme et l'alchimie. Mais ce con s'est pendu. Sa dimension comique m'echappera à jamais.