Un étrange pâtissier est venu au milieu de la nuit saupoudrer les toits d'un épais sucre-glace que le vent soulève en volutes saccadées. C'est du plus bel effet! Surtout lorsque le soleil daigne passer quelques rayons dans le prisme de ces flocons volatiles alors illuminés des mêmes feux que le sourire de la princesse dans un Walt-Disney.
Je ne sais pas ce qui me rend si lyrique ce matin. Cette nouvelle vendeuse à la boulangerie d'en bas? Les déboires de ce pauvre Proglio peut-être? Notez que s'il devient vraiment masochiste, ce sera par la force des choses, il n'avait rien demandé au départ. C'est assez savoureux. Alors oui, sa destinée, à mettre en parallèle avec celle de von Sacher-Masoch, né un 27 janvier, m'apparaissait comme un point de départ valable pour cette chronique.
Et puis voilà, la neige dehors, un brin de soleil, un léger manque d'inspiration aussi, je ne le nierai pas, bref, tout m'invite à bifurquer tout de go dans la rédaction de cet article. Et prendre un virage, ou plutôt une courbure, émouvante comme une fesse ronde et nubile, car elle nous mène en frissonnant -il fait froid- vers les moites contrées amoureuses.
Cette chronique redevenant pornographique, je demanderai aux parents d'y réflechir à deux fois avant de faire des gosses. Pour ceux qui ont oublié de réflechir, merci de les avorter sans attendre, ou de les renvoyer dans leur chambre où ils joueront à touche-pipi sans vous.
Comme je ne suis pas Ovide et que chacun sait plus ou moins comment se faire aimer, sinon de son alter-ego, au moins d'un caniche ou d'un contact msn, je passerai sur l'aspect séduction, le considérant comme acquis. Je m'attacherai plutôt à cette grave question qui suit l'orgasme: comment supporter l'amour?
Il y a une multitude de formes d'amour, chacun en conviendra, ou alors il prendra mon pied au cul, je vais pas me laisser emmerder dès le début de ma démonstration. Il y a donc autant de types d'amours possibles qu'il y a, d'une, de sortes de rapports affectifs entre les gens, deux, du nombre d'orifices de sa ou son partenaire. Là non plus, point d'ergotage possible, à moins que l'on débatte de la possibilité, mais il faudrait être sacrement myope ou pervers, que l'oreille soit au nombre des seconds, ce qui me parait, sinon physiquement improbable, plutôt salissant, voire dégueulasse.
L'amour fait partie de ces choses, à l'instar de la démocratie, sans qui la vie serait pratiquement impossible, et avec qui elle devient vite insupportable. Je sais c'était mon titre, comme quoi, j'ai de la suite dans les idées. Céline disait de lui, que "c'est l'infini mis à la portée des caniches", c'est très beau, et assez bien vu, bien que Céline soit aussi suspect quant à la question de l'amour que Pol-Pot peut l'être vis à vis des préliminaires amoureux. Je veux dire, non, débrouillez-vous avec ça.
Mais... un affreux doute me saisit... Vous savez qui sont Céline et Pol-Pot, quand même? Me dites pas qu'on m'a foutu des auditeurs de Fun Radio? Non mais, restez, c'est pas grave, on va se mettre à votre niveau, mon habituel public d'agrégés et moi.
Céline... Comment dire? Oui, déjà on remarquera ceci: l'un comme l'autre possède un pseudo qui prète sinon à rire, du moins à confusion.
Destouches se rebaptisa du prénom de sa grand-mère, alors que Saloth Sar fut désigné par le parti communiste chinois "Political Potential"; ce qui faisait trop barbare pour un homme à l'humeur si affable, et fut abrégé en "Pol-Pot".
Céline partageait confusement son existence entre la médecine, qu'il exerçait parfois en philanthrope, la littérature, où vagabondait superbement sa mysanthropie, et un antisémitisme pathologique qui acheva de le couper définitivement du monde des vivants, près de vingt ans avant sa propre mort.
Pol-Pot quant à lui commença très mal son existence en fréquentant, dès son plus jeune âge, Jacques Vergès, futur avocat de Klaus Barbie. Parvenu au pouvoir par des moyens que j'ellipserai afin de ne pas perdre plus de lecteurs, il s'employa à exterminer son propre peuple à la machette. Quand on sait combien cet instrument est incommode, on s'extasie sur le million et demi de corps démembrés et décapités. C'est ce qui s'appelle "laisser sa trace dans l'histoire".
Et bien, l'un comme l'autre, anéanti par l'ingratitude, mourut dans l'indifférence glacée de ses contemporains survivants, l'un dans sa maison à moitié délabrée de Meudon, que seuls traversaient de sourds courants-d'air, et l'autre dans des circonstances aussi troubles que peu glorieuses.
Une fois faite l'éducation des masse, revenons-en à nos ovins, ou nos ovidicés en l'occurence. Pour aller en complète contradiction avec ma théorie initiale, sans risquer nul coup de pied au cul vu que je suis d'aussi mauvaise foi que peu souple, j'affirmerai qu'il n'existe que deux types d'amours:
1°-celles qui sont insupportables à cause de l'objet aimé, comme dans le cas de Céline, ou celui de ma belle-soeur, ou encore de Roselyne Bachelot -que ce soit pour son physique ou pour son oeuvre, ça frise la perversion- dans tous ces cas de figures, c'est la nature de l'objet qui induit une souffrance pour celui qui aura eu le malheur d'y jeter son dévolu.
2°-celles dont ce sont les conséquences de ce lien amoureux qui infligent le tourment. Comme les amours à sens unique, ou la vie de couple en général.
Dans ce cas-là, s'il n'est pas honteux comme dans les premiers, l'amour est une vraie saloperie à laquelle on s'accroche ainsi qu'à sa came, conscient des affres à venir, mais incapable de s'en passer. Pourtant, la masturbation répondrait à la moitié des besoins pour lesquels on sacrifie une vie à son couple. Mais il faut croire que de fouetter sa main, ou de l'habiller de dentelle ne suffise pas toujours à étancher nos appêtits.
Sheller posait la question, avec tact et justesse: "pourquoi les gens qui s'aiment sont-ils toujours un peu cruels?", et surtout, c'est tout de même la raison pour laquelle nous sommes là: comment le supporter cet amour parfois suintant, vicié, encombrant, lignifiant -oui comme les plantes- empapaoutant, vache, turbide -non, ça c'est juste que j'aime le mot- et j'en passe, parce qu'il est bientôt dix-huit heures et que c'est l'heure de l'apéro? Ha mais j'en sais rien moi, vous croyez que je vais démêler toutes les nodosités existentielles? à votre place?
Bon essayez ça, tout de même, dîtes à votre aimée (je mets au féminin, ça m'aide): "chérie, tu vas m'en vouloir: j'ai pas fait le lit après avoir couché avec ta meilleure amie...". Si elle répond "je ne t'ai jamais vu faire le lit que je sache!", c'est que vous êtes avec une pas chiante, et c'est un bon début.